Les acteurs de l'ombre

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Xanopticon - Liminal Space

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Je sais bien qu’il n’est pas coutume en ces lignes de chroniquer des œuvres entièrement électroniques, mais lorsqu’il s’agit de la frange la plus extrême de la musique synthétique, à savoir le breakcore, nécessité fait loi, à forciori lorsqu’il s’agit d’une œuvre aussi inspirée, sombre et subtile, que ce premier album de Xanopticon. Le breakcore est sans doute le sous-genre de l’électro qui se nourrit le plus d’influences métal, bien que celles-ci soient systématiquement passées au rouleau compresseur d’une machinerie implacable. Prêtez une oreille aux diatribes rotoscopiques d’un DEV/NULL ou d’un Otto Von Schirach, écoutez avec attention les boucles anxiogènes du canadien schizophrène qui évolue dans l’ombre de Venetian Snares, projet polyphonique torturé qui renvoit Aphex Twin à ses jouj oux syncopés, et vous verrez de quoi je parle : la plupart des artistes breakcore ont été nourri au biberon tumescent du death metal dès leur plus tendre enfance, et leur musique n’a de cesse de redigérer ce postulat bruitiste, de l’évaluer à travers la loupe accusatrice de la rythmique inhérente au breakcore, cet espèce de monstrueuse échauffourée des sens qui répercute ses échos, malaxe le tempo, malmène jusqu’à ses propres dissonances et atomise le concept de « musique binaire ». Le cas de Xanopticon, est quelque peu différent, puisque le maître mot de cet album semble êtrte la cohérence. Là où les artistes suscités procèdent par collages, recoupements et sutures, officient dans une hétérogénéité des sons et des influences, le chef d’orchestre de Xanopticon compose un breakcore lisible, presque narratif, qui suscite immédiatement un panel d’émotions et d’images, un univers à part entière. Son « espace liminal » est une chambre d’écho constituée autour de deux caisses de résonance, de deux micro-univers qui cohabitent et tissent entre eux des liens invisibles : d’un côté, une nappe presque hermétique de synthé qui tirent les composition vers un feeling dark-ambient, sorte de notes longues contemplatives d’un monde ruiné par ses artefacts technologiques, touches subtiles, parfois interrogatives, qui laissent planer un mystère, alvéolé de mercure liquide qu’on jurerait hermétiquement closes tant elles semblent renfermer une vie autistique et confinée. De l’autre côté, intervient la rythmique breakcore, avec son double-rôle de parasite et de ciment harmonique, sorte de programme détraqué qui vampirise constamment les nappes de synthé. Le décalage est violent, mais toujours harmonieux, et la brutalité est étouffée par cette nature foncièrement dichotomique des compositions, qui laisse planer un recul idéal, la sensation que cette musique s’entend comme voilée, à travers les hexagones transparents d’un futur qui ne vient jamais, à travers une brume intemporelle, une oxydation légère mais totale. La rythmique a beau s’emballer, comme sur le deuxième morceau « These Days », qui est une véritable tuerie et qui voit les beats s’enchevêtrer et s’accumuler de façon chaotique, elle est toujours contenue par le travail d’orfèvre des synthé et autres autres sons parasitaires, micro-organismes bio-mécaniques qui évoluent en périphérie et distillent leurs grésillements précis, leurs ciselures infimes. Musique profondément imagée et imageante, bande-son hallucinée et pourtant diablement calculée d’un Blade-Runner des années 2020, ce « Liminal Space » est un album à posséder pour tout fan de musique sombre et expérimentale.


Tracklist :
1. Constant
2. These days
3. Indec
4. Drunxpla
5. Into the dark
6. Symphwrack
7. Clii
8. The slow walk down
9. Capacitd
 

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