Les acteurs de l'ombre

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Rigor Sardonicus - Valaas Ex Umbra De Mortuus

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Contrairement aux stéréotypes socioculturels qu’un slogan aussi risible que « Extreme music for extreme people » contribue allègrement à véhiculer, la plupart des musiciens évoluant dans le métal extrême insistent souvent sur l’absence de lien de cause à effet dans la relation qu’ils entretiennent avec l’art qui les a fait connaître aux yeux du public.
S’entend par là qu’on peut vouer sa vie à une musique dont la nature ne reflète pas nécessairement la personnalité de son interprète. Par exemple, les mecs de Macabre ont beau aimer les histoires gentiment glauques de tueurs en série et s’éclater à éclabousser leurs auditeurs de riffs bien gores, c’est pas pour autant qu’ils vont tourner psychopates sanguinaires à tendances meurtrières compulsives en assassinant leurs fans dans la foulée.

Il y en a pourtant quelques uns pour qui la réalité de la vie quotidienne rejoint parfois la fiction créatrice de l’oeuvre, à l’exemple de Joseph Fogarazzo, dont les activités professionnelles l’ont amené à bosser dans une morgue, après avoir suivi des études pour devenir croque-mort. On peut donc difficilement s’étonner que notre homme ait décidé par la suite d’aller au bout des choses en s’adonnant alors aux joies du doom funéraire, qu’il concrétise musicalement en tant que chanteur/guitariste chez Rigor sardonicus.
Pas étonnant non plus qu’hormis cette intro médiévale à la flûte étonnamment guillerette pour le genre, l’atmosphère habitant le quatrième album de ce duo New-yorkais et qui s’intitule « Vallis ex umbra de mortuus » soit aussi hospitalière que celle d’un cimetière, lieu emblématique dont le groupe a comme par hasard choisi la symbolique visuelle pour illustrer les pages du livret de l’album.
Pages dans lesquelles s’oppose à la comédie d’une mascotte squelettique photoshoppée qui se ballade presque avec humour au milieu des tombes, le sérieux du repos sereinement tragique d’une jeune défunte, dont le sommeil mortuaire nous est détaillé à maintes photographiques reprises.
Une atmosphère dense et lourde, suggérée par une production très home-studio et d’un low-fi rigoureusement caverneux, contribuant ainsi à mettre en valeur une guitare accordée plus bas que terre pour expirer piteusement des riffs qui se traînent comme un mourant à l’agonie, avant de finir par se désagréger en un suffocant nuage de poussière sonore bourdonnante.
La basse est dans la même veine de suffocation granuleuse, avec des riffs aussi lourd que le poids du monde sur nos épaules, et la voix torturée par des effets à la Mortician grésille à l’apathique unisson du reste des instruments. Il arrive parfois que la section rythmique moribonde abandonne sa rigidité presque cadavérique en quelques occasions, mais la plupart du temps le sablier semble condamné à s’écouler à la même vitesse que cette boite à rythme lympathique qui fait lourdement office de batterie.
Une vitesse faisant des secondes des heures, des minutes des jours, des heures des années, et non content de révolutionner la notion d’ennui en faisant que la terre même semble s’arrêter de tourner quand on écoute cet album, Rigor sardonicus élève la monotonie au rang d’art. La question qui se pose après -pour rester dans la thématique évoquée en début de chronique sur le rapport d’influence qu’entretient la musique sur la personnalité de son interprète- est de savoir si la vie des membres du groupe est aussi monotone que peut l’être leur musique...

 

Tracklist :

1.Mane de maeroris
2.Silens somnium
3.Uncompertus quod anon
4.Laudare apocalypsis
5.Alveus de somnus
6.Prophecies – Preapocaylptia
7.Agony
8.Rex regis fortuna

CD bonus/live videos :

-Human rot
-Souless extinction
-Jewish massacre

Line-up :

Joseph Fogarazzo-Chant/Guitare
Glen Hampton-Basse

www.smilingdeath.com  www.myspace.com/rigorsardonicus

 

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