« The deadly sunrise » ou « l’aube mortelle », interprété dans notre belle langue de Molière. Tel est l’intitulé de cet effort musical des manceaux de Yarblock, qui à la poésie des mots ajoutent celle des images, grâce à l’apport visuel d’une pochette sobrement illustrée mais en symbiose thématique harmonieuse avec l’atmosphère suggérée par le titre de l’album.
De la poésie oui, tiens, pourquoi pas ? La blessure créatrice encore brûlante du préfixe « post » et qui a forgé un nouveau hardcore au fer rouge, se referme progressivement chez les uns alors qu’elle reste grande ouverte chez les autres. Continuer à porter le flambeau alors que la flamme de l’inspiration commence à vaciller, ou souffler la bougie pour passer à autre chose ?
Entre deux feux, Yarblock panse toujours ses plaies, touché par les ravages dogmatiques de l’incendie comme tout le monde, mais essaye d’apprivoiser tant bien que mal cette flamme qui s’efforce de brûler fiévreusement, quand bien même certains déclarent qu’il faut l’éteindre car toute originalité s’est consumée depuis longtemps. Pour l’instant on reste dans la fournaise, celle la même révolutionnaire qui s’est propagée dans l’âtre d’un conservatisme où crépitent désormais le bruit et la fureur métallique, qui ont gagné le foyer sonore de ce « Deadly sunrise » donc, où reposent huit titres sur des charbons musicalement ardents.
La voix expire les brûlures de l’âme, carbonise l’auditeur, le médiator se fait tison, chauffe les cordes de la guitare, incandescentes, le batteur lui forge la rythmique sur son enclume, la basse rougeoyante garde les émotions à température, et on fait monter le mercure instrumental jusqu’à ce qu’il éclate pour ne laisser que des cendres. Alors seulement, la température retombe et l’atmosphère se fait plus clémente. La voix retrouve un second souffle, plus tiède, et chuchote même parfois, plus qu’elle ne suffoque.
L’âme essaye de reposer en paix entre les cendres, mais quelques braises mélodiques encore vivaces irradient, attisent la flamme, rallument l’étincelle, et ravivent finalement une colère qui reprend feu sur des charbons toujours plus ardents.
Faire souffler le chaud et le froid donc, un procédé qui a fait ses preuves, et que les manceaux connaissent bien pour le maîtriser sur le bout des doigts. Mais l’efficacité de la chose n’est évidemment pas inextinguible, et à brûler la chandelle par les deux bouts comme ça, sur la longueur on peut aussi s’y brûler les doigts. En dépit d’une extinction des feux qu’on aurait voulu peut-être un peu plus rapide, l’ardeur que provoque l’écoute de ce « Deadly sunrise » ne refroidit en rien et on ne peut que le recommander chaudement, en espérant que les musiciens continuent à en entretenir la flamme avec une intensité redoublée pour leur prochaine flambée.
Tracklist :
1.Inceste
2.La honte
3.Thunder
4.Perdre son âme
5.Dernière sommation
6.Touch
7.Paraître
8.La paix







