Le samedi sera une journée plus orientée grand public, un coup d'oeil sur le programme de la main stage 1 suffit à s'en convaincre : Marilyn Manson, Soulfly, Cradle of Filth ou Dagoba apportent avec eux leurs hordes de fans boutonneux échappés des examens du bac. Et qui dit grand public dit ... grand public : la circulation sur le site sera ce samedi la plus difficile!
11:00 / 11:30 OFFENDING
Fraîchement auréolés de leur titre de vainqueur du concours Sin session, les frenchies d’Offending viennent défendre leur couronne de bon matin sous une rock hard tent un peu dépeuplée, et profite d’ailleurs de l’occasion pour annoncer à l’assistance qu’ils cherchent un label. Et si l’on juge par la manière avec laquelle ils auront montré que leur victoire n’était pas usurpée, gageons que leur vœu devrait être rapidement exaucé et qu’on devrait entendre reparler de leur death de bonne facture très prochainement.
11:35 / 12:05 PROVIDENCE
Un concert avec Providence, c’est un peu comme un match préparatoire avant d’affronter les pitbulls de Kickback, sauf qu’en cette fin de matinée il n’y a pas grand monde dans l’arène de la terrorizer tent pour aller se frotter aux émules de Stephen et ses lascars.
Quelques courageux viennent se dégourdir les gambettes dans un pit tellement aéré qu’en moulinant ils font plus de courants d’air que de dégâts, mais qu’importe, les parisiens n’auront pas démérités en se lâchant avec la même hargne que si la tente avait été pleine à craquer.
11:35 / 12:05 GAMA BOMB
On amorce la journée avec l’explosif Gamma bomb, dont la jeunesse pétaradante ne détonne pourtant pas avec le savoir faire des vieux de la veille en matière de trash. Les irlandais savent faire parler la poudre, même si ils ne sont pas de mèche avec les sujets abordés habituellement dans le genre, et font preuve d’un second degré salvateur en optant pour l’humour.
C’est pourquoi le chanteur -avec son perfecto rouge bien glamour enfilé à va la vite derrière le drumkit comme une groupie derrière les loges- lancera une dédicace rayonnante à l’un des meilleurs humoristes qui soit, j’ai nommé l’inénarrable Jean-Claude Vandamne, pour lequel nos lurons ont donc composé le morceau « Timecrime ».
L’originalité du fond compense celle de la forme, ce qui nous fera oublier le classicisme sempiternels vocaux à consonance halfordienne entendus autant de fois que les exploits de notre comique belge préféré, et la banalité de riffs qui vont vite quand il faut aller vite et vous arrachent les oreilles quand il faut les arracher, ce qui, après tout, n’est quand même pas si mal.
12:10 / 12:50 GRAND MAGUS
Impossible en voyant le chanteur/guitariste de Grand magus de ne pas le prendre pour un jumeau de John Nödtveidt, la différence avec son illustre sosie résidant avant tout dans la cordialité indéniable de notre homme, instaurant un climat de franche détente avec un public auquel il s’adresse en toute simplicité, allant même jusqu’à nous demander à quel volume nous souhaitions voir le volume des instruments réglé.
Tombé sous le charme de la bière qui lui est servi pour se rafraîchir pendant sa prestation, le frontman plaisante entre deux gorgées en nous avouant du ton de la confidence sa crainte de ne pas terminer le set sans finir ivre du même coup, tellement il apprécie le breuvage dont il s’asperge copieusement le gosier.
Pourtant, il tient visiblement mieux l’alcool que le chanteur raide bourré d’Outlaw order, en plein coma vocalement éthylique sur la mainstage02, et enchaîne sans sourciller les titres comme les gobelets, se permettant même quelques petites dédicaces sympathiques selon les morceaux, comme « Wolf’s return » pour nos amis les lupus, ou encore un « King slayer » adressé sans complaisance à la royauté suédoise.
Immortalisé par caméra vidéo, le morceau « Iron will » sera lui l’occasion de garder un souvenir de ce concert sans cérémonial mais plein de majesté, dont les maîtres mots furent classe et paradoxalement sobriété, en majeure partie à cause de son leader éminemment sympathique, qui pour être fort gentil jouait quand même méchant.
12:10 / 12:50 OUTLAW ORDER
On prend les mêmes et on recommence. Enfin presque les mêmes, puisque Outlaw order c’est Eyehategod au trois quart de son line-up, avec un Mike Williams toujours hargneusement à l’Ouest, vociférant sans complaisance sa haine à l’égard du corps policier à grands renforts d’éructations sonores « Fuck the cops, fuck the pigs «, et n’épargnant même pas son public puisque les métalleux aussi se verront copieusement aspergés de vitriol vocal, alors qu’il les traitera gentiment de merde, histoire d’ajouter à une ambiance définitivement bucolique.
12:55 / 13:35 BACKFIRE
Entre deux groupes de metal, les concerts de hardcore se suivent et surtout se ressemblent quand même un peu. A l’instar d’un Backfire qui ne surprendra pas grand monde, déjà parce que de toute façon y avait pas foule pendant le concert des néerlandais sous la terrorizer tent, et puis surtout en raison d’une banalité à toute épreuve, entérinée implicitement par une dédicace à Terror sur laquelle on pouvait parier sans craindre d’y perdre ses deniers, tellement ces échanges d’amabilité virilement verbales deviennent convenus dans le cadre des concerts hardcore qui à force font parfois un peu vente de fleurs à la sauvette.
12:55 / 13:35 DAGOBA
L’affluence des festivaliers qui se pressent devant la mainstage01 est proportionnelle à la notoriété grandissante de la formation hexagonale, qui après l’incontournable intro sur fond de Starwars fait une entrée en scène impériale pour booster ses troupes sans perdre de temps.
Dagoba dispose certes de quarante minutes pour déclencher la guerre, mais il n’en faudra pas autant pour qu’elle éclate dans une fosse, sous les exhortations du chanteur demandant au Hellfest de « montrer un peu ce qu’il avait dans le ventre ! », ce qui n’est pas forcément une bonne idée quand on voit le type de nourriture vendue sur le site. ^^
Toujours est-il qu’armés des titres de leur dernier album en date, les français auront tôt fait de prendre possession des lieux, annexant l’auditoire avec leur efficacité coutumière, et si « Face the colossus » est d’une puissance de feu aussi redoutable en live que son prédécesseur, c’est sans doute parce qu’il lui ressemble quand même furieusement, à charge au public de décider si c’est un défaut ou une qualité, mais à voir l’ambiance dans le pit, le choix a été vite fait.
13:40 / 14:20 VADER
Digne représentant d’un death dans la plus pure tradition polonaise, Vader va pourtant verser dans l’expérimental à ses dépends, car le son est tellement mauvais pour leur prestation qu’on aurait presque l’impression d’entendre…du drone !!!
D’accord, la constante n’a jamais été le fort de la formation polonaise, capable aussi bien dans les meilleurs jours de raser une salle de concert sans pitié, que de provoquer dans les pires des bâillements interminables selon la forme des musiciens, mais là on touche le fond.
En parlant de musiciens, c’est d’autant plus dommage qu’on tenait aujourd’hui un line-up de première main, efficace à défaut d’avoir l’air réellement motivé, exception faite d’un Peter ravi, tout comme le public finalement, apparemment peu concerné par le fait que chaque riff sonnait à peu près comme une volée de gravier tirée depuis un boulet de canon. Pas le meilleur concert du groupe en tout cas.
13:40 / 14:20 MAD SIN
14:25 / 15:05 ALL SHALL PERISH
Après l’épisode malheureux du Batofar où le groupe, privé de son chanteur resté à quai du côté de la perfide Albion pour cause de problème logistique avec la marine locale, avait du meubler en catastrophe leur set avec quelques titres interprétés à l’arrache par le bassiste, All shall perish se devait de redorer son blason dans l’hexagone.
Finie la mauvaise ambiance parisienne avec les quolibets narquois d’une assistance peu indulgente face aux déboires des américains, qui sont cette fois en terrain conquis avec une Terrorizer tent pleine à craquer de fans n’en pouvant plus d’attendre pour voir le groupe se produire dans de bonnes conditions, des conditions optimales mêmes, à en juger par le son de balances dans l’esprit ultra-mélodique du dernier album.
Résolument moins direct que ce à quoi le combo nous avait habitué, on pouvait craindre que ses circonvolutions instrumentales aux frontières du progressif manquent d’impact en live, mais c’était sous-estimer la hargne de la formation californienne, animée sur scène d’une volonté d’en découdre qui fait toute la différence.
Ajoutez à cela une ambiance survoltée, la performance irréprochable d’instrumentistes virtuoses, un vrai hurleur aux cordes vocales de compétitions épaulé au chant par un bassiste n’intervenant plus seulement pour cacher la misère, et vous obtenez rien de moins que l’un des concerts les plus réussis du festivals.
14:25 / 15:05 KORITNI
15:10 / 15:50 SKINLESS
Réputés autant pour la brutalité de leur death que pour la causticité des paroles de leurs morceaux, les ricains de Skinless ne feront pas dans la dentelle, au propre comme au figuré, à l’image de leur roublard chanteur qui n’hésitera pas à se payer ouvertement la fiole de Papa roach, en demandant au public de la rock hard tent si il avait vu leur concert, et quand celui-ci répondra « non », le vocaliste déclarera avec un sourire en coin « bonne réponse ».
Et d’en remettre une couche en se moquant du ridicule de leur Wall of death, prétexte humoristiquement fallacieux pour lancer le leur, dont les fans connaissent bien évidemment les caractéristiques par cœur. Le tubesque « Thriller » de Mickael Jackson en musique de fond, collision au ralenti entre les deux camps, démarche de zombis des protagonistes, pour le sacrosaint « Zombie wall of death », moment culte et incontournable de tout bon concert de Skinless qui se respecte.
Encore que, le moment le plus culte de ce qu’on peut sans problème qualifier de spectacle, ce fut la séance de stage diving anthologique survenue en fin de set, avec une vague de slammers déchainés déferlant littéralement sur la scène, jusqu’à remplir le décor à un point tel qu’on se demandait où les musiciens se cachaient dans ce beau bordel. Y a des fois, ça doit être dure d’assurer la sécurité en concert au Hellfest, quand même…
15:10 / 15:50 PAIN
15:55 / 16:35 TERROR
15:55 / 16:35 DEVILDRIVER
Après Skinless, la finesse ne sera pas non plus au rendez-vous avec Dez fafara et ses boys, l’arrogant frontman nous gratifiant après un premier tour de chant stéroidé d’une déclaration qui mérite assurément un prix nobel de poésie : » Je me sens mieux que n’importe quelle chatte ».
Inutile de préciser qu’il n’est point question de la gent féline, même si sur scène le chanteur, effectivement inondé mais de sueur, rugit comme un tigre, et associe la sauvagerie de ses rugissements vocales bien virils à la souplesse fauve de guitares acérés, qui entre deux coups de griffes rythmiques bien sentis feulent délicatement à la suédoise sur certains étirements mélodiques.
C’est vrai que certaines compos ont des faux airs frelatés de Pantera pour culturiste coupé avec du Dark tranquillity à l’ancienne ou du In flames du bon vieux temps, mais Devil driver est un band made in US, qu’on reconnaît rien qu’à cette attitude typiquement « larger than life » comme on dit chez l’oncle Sam, et le fougueux Fafara occupe la scène avec la même efficacité que celle du gouvernement américain en matière d’ingérence chez les pays voisins.
Reconnaissons, de fait, qu’on a connu pire sur le plan de l’occupation, et qu’on peut s’avouer conquis par le concert, ou pas, selon affinité avec le style pratiqué par ce diable de Dez.
16:40 / 17:20 AURA NOIR
Alors disons le tout de suite, Aura noir c’est cool, Aura noir c’est culte, mais c’est surtout beaucoup de bruit, et de l’humble avis de votre serviteur, pour pas grand-chose, tout du moins de ce que j’ai pu entendre sur pièce, puisqu’il fallait pouvoir en entendre un petit peu pour juger, et accessoirement dire « j’y étais », ça fait toujours classe en soirée.
Le black/thrash sciemment salopé de ce combo à la réputation salement établie est incontestablement idéal pour véroler les tympans avec virulence à grands coups d’expectorations sonores bien dégueulasse, on ne dira pas le contraire.
Mais après quelques minutes d’intoxication consentante au contact de ces compositions infectées par le germe de la monotonie et d’un crade presque trop propre pour être honnête, on se dit que n’importe quel groupe glaviotant ce genre de brûlots bourrins aurait donné le même résultat, la supériorité de l’effet sur l’inconscient métalliquement collectif résidant surtout dans la notoriété d’Aura noir.
16:40 / 17:20 HEAVEN SHALL BURN
17:25 / 18:10 THE BUSINESS
17:25 / 18:10 CRADLE OF FILTH
Les maîtres britanniques du black metal grand guignol et grand public sont de retours pour assurer le spectacle avec le talent qu’on leur connaît, sauf que pour Cradle of filth le talent réside dans cet art de l’imprévisible du à la qualité versatile de leurs prestations scéniques, qui varie du bon au mauvais, en passant par le totalement lamentable dans le pire des cas de figure.
Heureusement, le pire n’est semble t’il pas au rendez-vous aujourd’hui, remplacé par une notion incertaine entre le bon et le mauvais mais qui ne correspond pas non plus tout à fait au moyen, sur laquelle votre serviteur ne préférera pas réfléchir, pour se concentrer plutôt sur la bonne idée du Hellfest, l’écran géant retransmettant en direct le concert du moment.
Ne serait-ce que parce que c’est l’occasion avouée de se faire un petit plaisir coupable en contemplant l’atout scénique majeur de la formation anglaise, tout du moins pour tout mâle qui aime à s’extasier sur la gent joliment féminine, en l’occurrence la claviériste du combo, meublant aussi bien les titres au clavier que la scène de sa présence, avec une vénusté décorative que les esthètes apprécieront.
Il y aurait de quoi prendre au moins 666 photos des différentes postures que la succube du symphonique prendra au cours de la prestation, mais hormis la recrudescence des opportunités photographiques, accordons lui tout de même que quand elle n’est pas occupée à soigner ses poses avec une langueur consommée, la tanagra enténébrée agrémente joliment certains passage de sa voix, et remplit très professionnellement son office sonore, allant dans le sens global d’une prestation elle-même assez « pro », à défaut d’être bono, uh uh.
18:15 / 19:00 MOONSORROW
Pendant que Clutch fait son grand retour sur la grande scène, les finlandais de Moonsorrow nous emmènent avec eux en voyage dans les terres musicalement imaginaires que leur black épique dessine au gré d’hymnes sur lequel l’auditoire a l’air tout disposé à laisser son imagination vagabonder. On serait bien parti à l’aventure jusqu’à la fin du concert, mais Clutch oblige il aura bien fallu quitter le convoi de spectateur cheminant mentalement
18:15 / 19:00 CLUTCH
L’an dernier c’était les ricains lurons de No fx qui dévoyaient avec jubilation la coda atmosphérique en vigueur pour faire patienter les foules avant leur entrée en scène au son du « Don’t believe the hype » de Public ennemy, cette année c’est les revenants de Clutch qui s’y collent, en nous faisant poireauter gaiement sur le générique du « Prince de bel air ».
En dépit de l’enjeu considérable -Clutch c’est quand même Clutch comme aurait pu dire Lapalisse- bonne humeur et décontraction sont au programme, surtout après cette introductive cure musicale de jouvence jubilatoire, et les membres du groupe débarquent débonnaires sous les clameurs de la foule, pour une quarantaine de minutes placées sous le signe d’un rock’n’roll au groove cultissime.
Encore plus culte que culte puisque le chanteur de Saint vitus, Scott Wenrich viendra même pousser la chansonnette sur le dernier morceau, épaulé par un Neil Fallon très en voix mais qui prendra aussi la guitare pour l’occasion. Comme quoi, quand on vous dit que c’était culte, y a pas besoin d’autres explications !
19:05 / 19:55 BETRAYED
19:05 / 19:55 SOULFLY
20:00 / 20:45 IMMOLATION
20:00 / 20:45 AMEBIX
Difficile de résister à l’envie d’aller voir pour la énième fois Ross Dolan secouer sa monumentale crinière au son sacrosaint de l’un des dieux du death metal, j’ai nommé Immolation, mais une autre divinité de l’olympe de l’extrême étant descendue nous rendre musicalement visite, faute d’avoir le don d’ubiquité j’ai du me résoudre à choisir.
Icône figurant au panthéon du crust depuis belle lurette, Amebix nous fait l’honneur d’une prestation qui ressemble plutôt à un concentré sous amphét’ de post punk trashisant, avec un set sous tension dont l’exécution impeccable doit certes au savoir faire de The Baron à la basse et au chant ainsi qu’aux riffs de Stig à la guitare, mais aussi au renfort inattendu d’un Roy Mayorga beaucoup plus utile ici qu’à faire le clown derrière les fûts pour la tribal joke de Soulfly.
Sans se forcer, le trio va enchaîner dans une ambiance de speed primitif et cradingue les titres qui tuent, « Axeman », « Largactyl », « Chain reaction » ou encore « Nobody’s driving », et justifier par l’excellence du concert une reformation à ranger sans conteste au côté de celle de Vision of disorder dans la rubrique sans faute.
20:50 / 21:50 KICKBACK
Leur premier concert odieusement mémorable lors de l’édition 2007 du Hellfest ayant presque fait figure d’évènement dans l’évènement, l’attente était grande du côté des amateurs de sensations fortes de voir les mauvais garçons parisiens récidiver lors de la saison 2009, pour conforter en beauté leur réputation de provocateurs sulfureux.
Après un soundcheck bestial où Stephen vocifère derrière son micro en roulant les « r » comme un fauve enragé, notre bête de scène nargue la faune de l’assemblée d’un air d’hyène féroce et déclare alors, comme si il s’adressait déjà à des carcasses dont il allait se repaître :
« Ca va, mes petits putes ?! »
Le ton est donné, Satan merci nos affreux jojos n’ont pas mal tournés et ne se sont pas convertis en enfants de chœur. Même si il y a comme un petit côté bac à sable dans la gaminerie haineuse du guitariste, qui surenchérit en ajoutant sans ménagement « on va encore vous baiser », pendant qu’une intro noise nous cherche déjà des noises.
La manifeste de délinquance bruitiste va crescendo, jusqu’à l’explosion finale lançant l’émeute introductive, qui quelques riffs molotofs et secondes plus tard, soulève une fosse furieuse dans un mouvement d’insurrection enragée où chacun fait valoir ses droits à la castagne avec les arguments évidemment les plus virils possible dans un contexte aussi musclé.
Difficile de se défendre dans le pit même, déjà, et il faut en plus résister aux assauts du vocaliste déchaîné qui attaque directement les tympans à coups de hurlements vicieusement suraigus, tandis que ses acolytes passent l’auditoire à tabac en distribuant les riffs comme des baffes.
Les moins masochistes ont trouvé une solution de fortune pour endurer l’épreuve, et pendant que les hommes, les vrais, roulent eux virilement des mécaniques dans la fosse principale, une fosse supplémentaire, plus petite celle-là, se forme en parallèle, où tous ceux qui préfèrent ne pas courir le risque de devoir mettre leur assurance vie à contribution jouent aux gros bras sans danger en moulinant dans leur coin, au rythme impérieux dicté par notre association de malfaiteurs.
Malgré l’effervescence corsée des ébats entre hommes brutalement consentant qui se déroule sous ses yeux, le frontman affiche une mine insatisfaite et toise sans mot dire les participants, pour finalement ironiser avec la morgue canaille dont il est coutumier, et déclarer sourire chafouin aux lèvres :
« Vous tapez pas trop fort dans le pit, vous pourriez vous faire mal ! »
Notre poil à gratter sur pattes n’hésite pas à venir démanger son public de près pour lui faire profiter au mieux de ses allusions urticantes, mais la confrontation épidermique ne donne néanmoins pas lieu à des altercations dignes de ce nom.
Tout au plus notre méchant du micro se contente t’il de vanner en feintant l’auditoire qu’il fait semblant de ménager « hey, hey, hey… » pour finalement l’apostropher d’un lapidaire (tu sais quoi) »TA GUEULE », pendant que notre guitariste adepte de poésie vénérienne synthétise radicalement sa prose lui, en prenant le micro pour se fendre avec brio d’un « PD » qui a le mérite de la brièveté à défaut de celui de la subtilité.
A la décharge de nos grincheux garnements, il faut comprendre, comme nous l’expliquera Monsieur Bessac avec une didactique délicatesse, que ce soir le groupe n’est pas là pour se donner en spectacle mais pour jouer, jouer pour ses fans « hardcore » avant tout, et que ce serait donc la musique qui primerait par conséquent, l’orageux orateur enfonçant le clou d’un punitif « si t’aimes pas, tu remballe on est pas des clowns » pour embrayer juste après sur « Forever one ».
Ceux qui seraient frustrés de la tournure un peu trop politiquement correct des évènements auront droit à un joli petit lot de consolation, puisque le groupe nous collera un nouveau titre en pleine poire avec « If I die tonight », avant-première meurtrière d’un nouvel album qui devrait permettre aux parisiens de faire nombreuses victimes dans les bacs, à défaut d’en avoir fait ce soir, même si on est rassuré, Kickback aime toujours ruer dans les brancards !
20:50 / 21:50 GOJIRA
21:55 / 22:45 ENSLAVED
21:55 / 22:45 THE MISFITS
22:50 / 23:50 VISION OF DISORDER
Pendant que Machine head fait dans le clientélisme sirupeux, Vision of disorder est, mine de rien, en train de créer un mini séisme sous la Terrorizer tent, avec une prestation cataclysmique qui balaye toute velléité de résistance sur son passage. Le groupe ne fait pas les choses à moitié pour sa reformation, dégageant une énergie absolument dévastatrice, relayée au chant par un Tim William performant au possible.
Impossible de résister à ce hardcore metal singulier à la puissance peu commune, et après une telle déflagration sonore, on attend avec impatience la sortie du prochain album annoncé par le chanteur quand il n’était pas occupé à faire trempette dans une fosse bouillonnante, pour ce qui fut probablement l’un de concerts les plus effervescents du festival.
22:50 / 23:50 MACHINE HEAD
Quiconque a déjà vu Machine head en concert lors de la tournée Supercharger se souviendra sans doute d’un Rob Flynn halluciné, l’air bestial et la bave aux lèvres dégoulinant en longs filets sur son tee-shirt The cure, comme si le frontman avait chopé la rage et menaçait de bouffer tout ce qui se présentait sur son passage.
Triste contrepoint que la prestation de ce soir, avec un Robby qui bave toujours à grosses gouttes, mais de la guimauve, cette fois, bien dégoulinante aussi, mais surtout bien sucrée, à l’image de ses discours de remerciements mielleux à souhaits qui fileraient le diabète à une fosse entière.
Alors forcément, les titres du dernier album ont beau être bien méchants en live, voir le chanteur jouer les gentils suce-boules sur scène en multipliant les courbettes interchangeables qu’il répète d’un set à l’autre en adaptant son discours selon le lieu où il joue, on a beau n’être que samedi, ça nous donne l’impression d’être déjà dans « Vivement dimanche »…
23:55 / 00:55 SACRED REICH
Pendant que Killing joke convoque les spectres du passé en hypnotisant les foules avec ses vieux mantras postpunk incantatoires, les américains de Sacred reich nous tiennent au contraire fermement éveillés, avec leur thrash roboratif qui n’a rien perdu de sa vigueur d’antan.
On aurait pu croire qu’ils se seraient empâtés, à l’avenant du débonnaire Phil Rudd qui a du forcer un peu trop sur le Mac Do, surtout quand le frontman déclare, mi-sérieux mi-amusé, « ça fait tellement longtemps qu’on a pas joué, j’espère qu’on est pas à chier ».
Mais il n’en est rien, et des hymnes comme « Surf nicaraga », « Americain », sont toujours de nature à vous faire brûler métalliquement des calories, et voir le batteur lancer ses baguettes en l’air et manquer rattrapage une fois sur deux, est plus amusant qu’inquiétant.
On aura même droit à la séquence nostalgie avec la présence de leur ex-batteur Dave Mc lain, qui, se produisant avec Machine head ce soir, profitera de l’occasion pour faire un petit coup de canif au contrat en venant marteler les fûts sur « Independant ».
23:55 / 00:55 KILLING JOKE
Déjà à part sur album, Killing joke l’est encore plus sur scène et sera assurément l’un des extraterrestres du festival, avec une prestation hallucinée qui tient plus de la messe que du concert. Une messe à l’initiative de laquelle Jazz Coleman et les siens célèbreront les débuts de leur carrière, en choisissant des titres définitivement peu adaptés à un « environnement » métal. Ambiance post punk de fin du monde donc, sous l’égide d’un maître de cérémonie qui mène la (war)dance façon gourou de l’apocalypse et s’agite avec un calme fiévreux, comme en proie à des visions qu’il serait le seul à voir, convoquées sur fond de « The wait », « Love like blood », « Eighties », ou encore le dyptique conclusif « Psyche / Pandemonium » pour la révélation finale.
01:00 / 02:00 CRO-MAGS
Après une intro funéraire au bontempi électrique un peu space, le vétéran John Joseph bondit sur scène et lance la machine Crow-mags à toute vitesse, pour ce qui va être un voyage retour en arrière dans la discographie du groupe, puisque les deux premiers albums seulement serviront de base au répertoire du set, avec entre autres « Seekers of the truth », « Crush the demoniac », « Street justice », ou encore « We gotta know », épicé par une reprise bien troussée du « Attitude » des Bad brains.
Seul rescapé de la formation originelle, ce brave John est l’antithèse même du vénéneux Stephen, et en apôtre convaincu d’un positivisme rutilant il n’a de cesse de nous la jouer Lorie en version j’ai des biceps, se remémorant le bon vieux temps avec un grand sourire, et plus particulièrement le premier concert de Cro-mags en France, en ouverture de Motörhead, rien que ça !
01:00 / …… MARILYN MANSON
Preuve que les savants calculs de rentabilités qui entrent en compte dans l’établissement périlleux du budget d’un festival ne sont jamais une science exacte, la venue du révérend Manson qui n’était pas forcément l’évènement le plus onéreux du cahier des charges aura paradoxalement généré les plus gros chiffres de vente.
A voir la configuration de la foule, il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre la raison d’un tel succès, puisque la plupart des ados enamourés des excès de notre roi de la provoc’ présents sur le site sont jalousement encadrés par l’autorité parentale, et on imagine aisément que si Papa et Maman ont du acheter un billet en plus de celui de leur progéniture pour faire la police, pas étonnant que Manowar et Motley Crue aient fait moins d’entrée.
C’est une foule conséquente qui se presse donc devant la Mainstage01, et qu’on fait patienter sagement sur un tube en duo avec Lady gaga, dernier prototype en date d’allumeuse du dancefloor pour clubbers en chaleur, avant qu’une intro horrifique ne nous prévienne de l’arrivée imminente de la star de la soirée.
Grésillement langoureux, puis la batterie donne le tempo alors que le rideau tombe et que la scène se drape d’un voile de lumière rouge, bientôt transpercé de parts en parts par les flashs furieux d’appareils en folie qui crépitent comme à une avant-première au festival de Cannes, et c’est à celui qui réussira à capturer la plus belle image du poseur en chef.
Oui, poseur, parce que le mégalomaniaque Herr manson remporte haut la main la palme en la matière, transformant les lieux en plateau de tournage, entouré d’assistants aux petits soins qui gravitent autour de lui comme un essaim d’abeilles entre chaque titre, et même si l’on présume qu’il y a une part consistante de second degré dans tout cela, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il y a aussi un minimum de sérieux.
Occultée par toute cette mise en scène, la musique passerait presque au second plan, et plutôt qu’une set-lit qui n’a finalement plus grande importance (mention spécial à « The love song » quand même.), on retiendra surtout ce momentum bizarroïde où le chanteur s’enfermera dans une cage avec des parois en plastique bâché blanc, pour jouer avec des halogènes en se contorsionnant comme une créature sortie de Hellraiser.
Quoique, s’il y avait vraiment un moment à retenir de ce concert, ce serait une scène marginale qui s’est déroulée à l’abri des regards, en bordure de la fosse, durant laquelle un père quelque peu excédé chaperonnait deux gamines surexcitées, auxquelles il intima l’ordre de rester sur place pendant qu’il s’absentait momentanément.
Bien sûr, nos petites demoiselles opinèrent sagement du chef à ces recommandations en lui jetant chacune un regard d’enfant de chœur, et sitôt la figure paternelle hors du périmètre de surveillance, la jeunesse étant ce qu’elle est nos deux jeunes rebelles s’empressèrent de détaler à toute vitesse vers la fosse en piaillant comme des hystériques.
Smell like teen spirit ?






