Lundi, 06 Juillet 2009 21:08
Lilith79
Bonjour à tous ! Pour commencer, une question qui manque certes d’originalité, mais qui me parait utile pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore… Pouvez-vous vous présenter, dire chacun votre rôle au sein du groupe… et l’évolution du projet Jadallys.
Sélène : je suis Sélène et je m’occupe donc du chant.
Tino : je suis Tino, le guitariste
Olivier : moi je suis à la basse
Tibo : et moi Tibo, à la batterie…
Tino : la formation actuelle date de 2006, avec l’arrivée de Tibo à la batterie. Il y a eu un album « Le Silence », sorti en 2004, et « Labyrinthes » qui vient de sortir, c’est donc le second album.
Vous chantez en français, ce que je trouve très bien ! tous les groupes de l’Hexagone ne le font pas et cèdent à la tentation de chanter en anglais… Pouvez-vous donc nous expliquer un peu votre choix de chanter dans notre langue ? Peut-être un jour ferez-vous des chansons en anglais ?
Olivier : toutes nos chansons commencent par être en langage universel, et ensuite elles sont écrites en français pour des raisons que Tino va expliquer…
Tino : en fait c’est un choix vraiment délibéré… c’est volontaire, alors qu’en réalité on aurait très bien pu chanter en anglais dans ce groupe, car Sélène a vécu en Angleterre, et elle a un excellent accent anglais ! C’est donc tout à fait volontaire de chanter en français… car le français est une langue pleine de nuances, de littérature et de poésie, dans laquelle on peut exprimer énormément de choses. Et aussi, on pense que si on veut essayer de faire passer une idée, c’est quand même dans sa langue natale que l’on arrive le mieux à la faire passer. Alors voilà, on n’est pas les seuls à le faire, loin de là, il y a de plus en plus de groupes qui chantent en français. Et c’est très bien, car cela vaut vraiment la peine de le faire.
Dans votre Myspace, vous citez de vastes sources d’inspirations, que ce soit dans le domaine musical, cinématographique ou littéraire… Donc déjà pour la musique, est-ce que chacun d’entre vous pourrait nous parler un peu des groupes, qui vous auraient marqués, qui vous auraient donné envie de vous lancer dans l’aventure à votre tour ?
Sélène : pour ma part ce que j’aime dans la musique c’est la puissance et la mélodie… Donc il est vrai que des groupes comme Korn, System of a Down m’ont beaucoup influencée au niveau des compos ; et au niveau mélodique : Pink Floyd ou Radiohead dans l’aspect un peu plus prog, un peu plus barré…cela dit j’écoute de tout, notamment du classique. Et je suis venue à la fois grâce au jazz, les voix noires américaines comme Ella Fitzgerald etc. Donc voilà, j’écoute un peu de tout, mais pour résumer ce sont les musiques puissantes et mélodiques qui m’ont beaucoup influencée.
Olivier : Sinon on a beaucoup d’autres influences dans le groupe, notamment Tibo et moi nous aimons beaucoup la musique progressive, dont les premiers Genesis avec Peter Gabriel, jusqu’à Tool… personnellement, j’ai aussi un bon gros vécu colwave-new wave avec des groupes comme The Cure, Joy Division, Siouxsie and the Banshees et autres icônes des années 80. Pour ma part, si Cure n’existait pas, je ne serai certainement pas devenu bassiste…
Moi : tu es mon ami… je suis fan de Cure aussi !
Olivier : je savais bien que les choses étaient possibles entre nous…
Sélène : oh là là, il branche à mort ! *rires*
Olivier : Elle a l’habitude… *éclats de rire* puis, *reprenant son sérieux il poursuit* et dans la scène française aussi, malheureusement qualifiée « d’underground » puisque personne ne veut leur donner la voix au chapitre… Nous avons pleins de groupes amis ou pas que nous respectons énormément ; et il y a du monde en France… que ce soit The Old Dead Three et autres… Dornfall, non je ne les citerai pas ça leur ferait trop plaisir *rires*… et autres Drykan, Lithurgie indiquée… ou… Wargasm ! Arcane… y’en a plein.
Tibo : moi c’est assez tortueux. J’ai commencé par le jazz, puis je suis allé vers le rock. Et la révélation, ça a vraiment été les Smashing Pumpkins. Et David Bowie aussi… qui a traversé presque toutes les générations du rock, et est passé par tous les styles. Et une personnalité…
Sélène : moi j’ai peu standardisé les choses… mais mes horizons recoupent ceux des autres, on a beaucoup de points communs. On a tous écouté Black Sabbath par exemple.
Tino : oui, moi c’est pareil ; ça passe de Korn, à System, à Cure… Black Sabbath et tous les groupes qui ont suivi cette lignée là ensuite.
Bien ! A présent nous allons un peu parler de votre travail, de votre album « Labyrinthes ». J’aime ce titre… est-ce que dans votre idée cela avait un côté métaphorique, comme labyrinthe de la vie ? etc
Tino : c’est exactement ça ! C’est le nom de l’album, c’est le nom d’un passage qui est à l’intérieur de l’album, et si tu regardes il y a une chanson qui s’appelle « Enfant de personne » dans laquelle il y a une phrase qui parle de la vie…Il y est dit : « labyrinthe obscur et sans sortie ». Tout cet ensemble fait qu’on a donné ce nom à l’album. Parce que l’on parle, derrière des textes qui peuvent paraître un peu ésotériques, un peu tordus, d’une réflexion sur la vie à ses différents moments. Et chaque chanson traite d’un moment de la vie.
Olivier : ce qui nous a fascinés aussi c’est les tableaux labyrinthesques de Escher… je ne sais pas si tu vois le tableau dont on parle, c’est un gars qui faisait des tableaux avec des perspective d’escalier, qui se recoupaient toutes les unes par rapport aux autres…
Sélène : un héritier du cubisme.
Olivier : quand tu suis un escalier, tu arrives forcément sur quelque chose d’illogique, c’est ça qui nous a vraiment intéressés. C’est une des choses dont on a discuté avec Eric Liberge, quand il nous a fait des propositions sur la pochette de l’album. Il a tout de suite percuté sur cette histoire de référence shamanesque, d’où la pochette avec ce shaman, ce labyrinthe qui n’en est pas vraiment un tout en en étant un… en faisant aussi référence au cerveau humain, par sa forme.
Sélène : il y a une symbolique du labyrinthe qui existe depuis la nuit des temps, avant l’antiquité même. Le labyrinthe est un chemin, soit on trouve sa vérité (j’aime pas trop ce mot vérité, enfin bon…) on trouve son chemin en tout cas au centre du labyrinthe, et on cherche son chemin en en sortant, vers l’extérieur… J’ai bien aimé cette idée, cette symbolique. Finalement l’album c’est une recherche, une recherche intérieure. La recherche de tout le monde, celle de la vie ! Cela commence par une recherche matérielle, et se termine par une plus existentialiste, spirituelle avec le morceau « Shaman ». On invoque soit Dieu, soit le Chaos !
Tino : on nous a souvent dit, pourquoi vous ne parlez pas du quotidien, dans vos textes ? Ca, c’est quelque chose qui est très souvent revenu. Et à cela on répond : mais au contraire ! Nous on parle réellement des préoccupations de fond de l’existence, celles que tout le monde, au bout du compte, se pose dans sa tête à un moment de la journée.
Sélène : genre qu’est-ce que je fous là aujourd’hui ? *rires* pourquoi j’ai bossé ? à quoi ça sert ce que je fais ? Ce ne sont pas forcément des choses dont on va parler dans les repas de travail par exemple, mais ce sont des questions de fond qui taraudent tout le monde ! Il y a des gens qui parlent de poulet-frites dans les morceaux *rires* vous voyez de qui je parle… ils traduisent les choses comme ils le sentent, hein ! J’ai du respect pour la création quelle qu’elle soit…
Tino : et puis les frites c’est bon *rires*
Sélène : oui, oui c’est super bon aussi ! Et il y a même des distributeurs de frites, j’ai vu… *rires*
Moi : ah bon, je ne savais pas !
Olivier : le réalisme n’a pas de frontières… *éclat de rire général*
Moi : en même temps, c’est vrai, tu as Mc Do…
Sélène : c’est un peu phallique comme forme… donc les Belges sont, hum, un peu tordus. *rire général*
Tino : et puis il y a les pommes noisette…
Olivier : je crois qu’on explique le passage du labyrinthe par les pommes noisette en fait… *éclats de rires*
Sélène : qui est un instrument phallique aussi…
Olivier : ça c’est normal, c’est ma préoccupation quotidienne…
Sélène : forcément, ça taraude ! *tout le monde se marre*
A présent j’aimerais bien que l’on revienne un peu à l’aspect visuel de votre album. J’aime la pochette, cette statue qui est représentée… Est-ce un symbole, une divinité ? Et aussi, qui l’a réalisée ?
Olivier : la première question on ne va pas y répondre… parce que, ce que c’est, c’est à toi de le savoir, d’avoir envie de le découvrir. Je t’ai dit deux ou trois trucs tout à l’heure, sur le shaman, tout ça… après tu mets ce que tu veux derrière.
Pour la deuxième, c’est un auteur de bandes dessinées qui s’appelle Eric Liberge, dont on est tous ultra-fans et qui a la particularité à notre avis de faire des styles totalement différents sur ses bandes dessinées et toutes ses œuvres. Moi par exemple je suis très fan de « M. Mardi-Gras des Cendres », pour Sélène c’est « Tonnerre Rampant ». Ce sont deux œuvres totalement différentes : l’une est en noir et blanc, l’autre en couleurs, très chargée avec des superpositions… Et ce que l’on a apprécié chez Eric, outre son ouverture d’esprit et son enthousiasme, c’est vraiment cette capacité à balayer tous les styles d’art graphique et vouloir tous les essayer, et il n’ayant jamais fait de pochettes d’album il était ravi de ce nouveau défi ! C’est quelque chose qui nous intéresse, car nous avons toujours aimé la multiplicité des arts. On a eu un clavier avant qui était également artiste-peintre et a réalisé des visuels pour nous… Et on a toujours aimé faire des expositions en même temps que l’on faisait des concerts, participer à des festivals pluri-disciplinaires.
Sélène : le concept d’art total, en fait…
On va se pencher un peu plus sur votre musique à présent. Nombre de fois j’imagine on vous a demandé quel style vous faites, et vous vous êtes définis vous-même comme faisant du « Fairy Rock ». Pouvez-vous nous expliquer un peu ce que vous entendez par là ?
Tino : alors c’est en effet le terme de départ, par lequel on se définissait. Parce qu’il faut (malheureusement !) bien se définir…
Sélène : oui, surtout en France !
Tino : ou définir sa différence par rapport à d’autres choses qui ne sont pas du tout dans ce que nous faisons… c’est sans doute un mélange de métal, de rock, et aussi d’influences gothiques.
Olivier : voire des touches d’electro à certains passages
Tino : en effet, cela y est aussi…
Olivier : et des touches de classiques… des mélodies « faussement fausses » à la Satie… y’a de tout.
Tino : voilà, il y a à la fois cet aspect théâtral, des textes qui peuvent s’apparenter à des poésies traitant de sujets un peu magiques ou des choses comme ça… et comme en plus il y a un mélange de styles et d’influences d’ambiances gothiques, ça pouvait donner dans son ensemble une image, on va dire… à consonance plus ou moins féérique. Mais aujourd’hui on va un peu au-delà de ça je pense. Mais encore une fois c’est normal, parce que toute chose évolue… les choses ne restent pas figées. Enfin c’est ma vision des choses, après tout nous sommes quatre dans ce groupe et…
Sélène : mais tu parles très bien ! *rires*
Donc pour moi vous êtes un groupe un peu à part du fait que vos textes sont très beaux, construits un peu comme des poèmes, avec beaucoup de symbolisme, de références… pour l’écriture des textes j’aimerais savoir comme cela se passe, si quelqu’un parmi vous s’occupe plus particulièrement de cela ?
Olivier : eh bien c’est Tino ! *rires*
Sélène : oui, tu vas très bien nous en parler Tino…
Tino : oh tu réponds là je pense, non ?
Sélène : eh bien en fait les textes c’est Tino et moi, essentiellement, même si il y a une atmosphère qui correspond à celle de Tibo et Ded, hein, sinon voilà quoi… les textes sont écris comme des poèmes à la base, ce sont des préoccupations introspectives que j’ai ; c’est vrai que ce ne sont pas des préoccupations du quotidien – à priori – c’est ce que l’on disait tout à l’heure… ce sont des thèmes pas faciles à aborder en musique, que l’on aborde facilement en littérature, surtout dans la littérature française. La mort, la folie… tous ces thèmes sont très largement et superbement abordés dans la littérature française, nous, nous le faisons très maladroitement… mais en tout cas on le fait en musique, et c’est vrai que c’est rare que ce soient des thèmes abordés en musique. En musique en parle de quoi… mmm…
Moi : d’amour !
Sélène : oui d’amour… d’amour, et d’amour et…
Olivier : de politique !
Sélène : de politique ? oui, enfin quoique… tu sais, aujourd’hui on ne parle plus de politique.
Tino : il peut il avoir des groupes de style métal scandinave, qui eux vont parler de leurs forêts glacées, avec les elfes etc… c’est très beau d’ailleurs, mais non on parle de préoccupations qui ne sont pas du tout les mêmes. Il n’y a pas de magie, pas de contes et légendes, on parle de choses qui sont vraiment réelles. Par exemple pour la mort ; elle n’est pas présentée comme le fruit du grand sorcier de la mort, ou de la grande prêtresse de la mort, comme il peut y avoir dans les civilisations nordiques ou autres… ce n’est pas ça. C’est vraiment la mort dans le quotidien. Donc, c’est des sujets qui sont éloignés du quotidien habituel de ce que l’on trouve dans les chansons, et qui en fait traitent du quotidien profond de chaque individu… Et c’est pour cela que c’est difficile à aborder.
Sélène : difficile d’accès, oui… ce sont des choses dont on n’a pas forcément envie d’entendre parler. Même si on essaie d’utiliser des métaphores, des choses comme ça. Mais au bout du compte, ce sont ces préoccupations qui préoccupent tout le monde.
Tino : on a même une chanson qui va parler de façon en réalité très claire, mais ça n’apparaît pas tout de suite, de la relation de l’enfant avec sa mère possessive. C’est même la première chanson de l’album. C’est « Mer Aimante », et donc c’est « mer », non pas « mère »… et donc l’image de la mère passe à travers celle d’un océan plein de vagues qui finalement noie l’enfant.
Sélène : il y a aussi « Enfant de Personne », là aussi c’est la question du vide… la solitude, tout ça ce sont des thèmes… enfin… un bon p’tit verre de vin, tout ça, ça passe mieux ! *éclats de rire*
Tino : c’est une musique qu’il faut écouter avec un verre…
Moi : mais non, je n’ai pas déprimé quand j’ai écouté l’album !
Sélène : une corde…
Tino : voilà, on met tout sur une table et on a le choix après… *rires*
Justement, il y a des messages assez forts dans vos chansons. Il y en a notamment une qui m’a assez frappée, c’est « Rapport Sagittarius A », je l’ai ressentie comme une critique assez vive, et il faut bien le dire, justifiée, d’une certaine partie de la population. Donc dites-nous en un peu plus sur ce titre…
Tino : en fait « Sagittarius A », c’est le nom que les scientifiques ont donné au trou noir qui est au centre de notre galaxie, la voie lactée. L’histoire c’est des extraterrestres qui arrivent sur terre, et tout le texte est un rapport que les supérieurs hiérarchiques des extraterrestres leur demandent de faire sur ce qu’ils voient. C’est la description par un extraterrestre de ce qu’est la Terre et ses habitants.
Olivier : on peut dire aussi que c’est une façon d’avertir les gens ; genre « attention, essayez de regarder ce qui se passe, parce que peut-être que des trucs dangereux qui sont en train de se passer »… peut-être que le capitalisme, le libéralisme à outrance, la télé, tout ça… c’est pas la solution…
Sélène : je pense que les prochains textes de Jadallys iront encore plus en avant dans tout ça…
Olivier : on nous a beaucoup reproché de ne pas être un groupe engagé, alors que précisément on l’est… Mais comme disait Tino tout à l’heure, les choses évoluant, nous-mêmes on commence à se dire peut-être qu’il faut dire les choses de façon plus claire.
Sélène : dire les choses de façon plus évidente pour que les gens aient une prise de conscience plus claire de ce qui est en train de se passer.
Olivier : ouvrir des yeux sur certaines choses… on n’a pas la science infuse, mais on a vu des choses qui nous ont fait peur, et « Rapport… » ça fait partie de des choses là.
Sélène : « Rapport » est un morceau plus immédiat, plus évident, et c’est vrai que dans les autres textes c’est plus imagé, plus indirect… on ira peut-être aussi à l’avenir vers des morceaux plus évidents, parce que finalement on en parle beaucoup entre nous… ce sont des choses qui nous préoccupent beaucoup. Je considère que le verbe est créateur, pas du tout au sens biblique des choses, mais dans le sens où il faut semer et il en reste toujours quelque chose…
Tino : et encore une fois, on n’est pas les porte-paroles de quoi que ce soit, on fait de la musique parce qu’on aime ça, parce qu’on se fait plaisir. Et les textes que l’on fait, c’est parce que c’est des choses dont on parle, qu’on ressent... et on ne fait que dire ce que nous ressentons… ce que l’on dit, c’est parce qu’on a envie de le dire, c’est vraiment là la philosophie du groupe.
Bon, enchaînement parfait sur ma question suivante ! vous avez justement une façon de dire les choses, car vous baignez dans un univers très poétique, vous utilisez les figures de style comme les métaphores. Il y a entres autres une chanson que j’ai beaucoup aimée dans cet album, c’est « Araignée ». C’est donc la métaphore d’un être humain qui se comporterait d’une certaine façon. Selon vous, en quoi ces figures de style, ces procédés de langage peuvent aussi être un moyen de faire passer un message fort sans être, comme tu le disais Sélène, trop explicite ?
Sélène : parce que l’on ne peut pas être moralisateur… c’est toujours difficile de trouver un équilibre entre dire ce que l’on pense et être complètement moralisateur. C’est un équilibre difficile à trouver. Malgré tout, on ne veut pas dire aux gens comment ils doivent être, parce qu’on a rien à dire à ce niveau là, parce qu’on n’a pas la vérité. D’ailleurs le simple mot «vérité » est un mot qui nous gêne… je parlerai de « réalité ». Nous n’avons pas la réalité, nous ne captons pas la réalité dans son entier ; on le sait… on a donc vraiment aucune prétention de ce point de vue là, mais on a envie de traduire certaines choses sans pour autant être complètement moralisateurs. Donc voilà… Ded, tu es d’accord ?
Olivier : mais absolument… toujours. Quasiment tout le temps à chaque fois que tu dis quelque chose, en public.
Moi : oooh là, mais dis donc il est bien !!! *rires*
Sélène : non mais là c’est qu’il va me demander quelque chose…
Olivier : ou alors c’est que je n’ai pas écouté ce que tu as dit… *tout le monde éclate de rire*
Moi : je vois ça…
Olivier : excuse, je fais un aparté… je discutais des yeux avec notre charmant maquilleuse ici présente, et notre charmant photographe ici présent. Ce qui me permet donc de glisser un tout petit truc sur les gens qui nous filent un coup de main depuis des années ; sans qui on ne serait pas grand-chose peut-être… en tout cas certainement. Donc Olivier et Jo qui sont nos ingés son –live –, Stéphane qui a fait un travail formidable sur l’album, Stan qui nous met en lumières depuis un nombre d’années assez incroyable, Geoffrey pareil qi nous prend en photo depuis un certain temps… et aussi les dizaines de petits amis qui nous aident sur les organisations de concert, Burdy qui nous file un énorme coup de main sur le management…
Sélène : Nan, Jen, Sybille…
Tino : et puis je voudrais rajouter, absolument, tous les mails que l’on reçoit de personnes qui correspondent avec nous d’un peu partout, et qui sont vraiment très sympas. Et si on peut les saluer, c’est génial… si tu peux le mettre…
Moi : oui bien sûr pas de problèmes, je le mettrai ! (voilà qui est fait ^^)
Sélène : ce sont des gens qui spontanément… et c’est rare en ce monde aujourd’hui… l’internet a cela de bien qu’il y a des gens qui spontanément vont te dire : j’aime ce que tu fais, surtout continuez, n’arrêtez pas… eh bien cela fait chaud au cœur.
Tino : on a une correspondance soutenue avec des gens qui sont très, très sympa et qui nous écrivent régulièrement…
Sélène : et qui n’ont rien ! tu sais, les gens dans ce monde aujourd’hui, ils ne font rien pour rien, la plupart du temps… et des gens qui, de façon altruiste te disent : on aime ce que tu fais, continue…
Olivier : des gens qui prennent leur temps pour écouter, pour dire « ça me plait »… cela, ça n’a pas de prix.
Tino : on a même jusqu’à des discussions sur les textes des chansons.
Sélène : et ils nous font réfléchir d’ailleurs…
Olivier : et on a une anecdote extraordinaire là-dessus : un de nos correspondant qui a 14 ans, et qui a demandé à son prof de français de faire une explication de texte sur l’un de nos textes… pour nous c’est quasiment aussi extraordinaire que de jouer devant 2000 personnes !
Moi : eh bien ! vous faites de la poésie, c’est ce que je disais… ^^
Sélène : on n’a pas de prétentions particulières… on aime beaucoup le milieu artistique, aussi bien au niveau peinture, mise en scène, cinéma et littérature… mais tu vois, ce n’est pas parce qu’on se prévaut de ces gens-là, qu’on les aime, qu’on les admire qu’on est à leur niveau… Surtout soyons humbles, il y a toujours plus haut que nous. Et dans le domaine artistique, c’est vraiment… si Dieu existe, c’est dans le domaine artistique ! Tu touches avec ton doigt, tu vois… tu touches Dieu du doigt grâce à l’artistique.
Olivier : les propos ci-dessus n’engagent que la chanteuse *éclats de rire*
Tino : ce qu’il faut dire c’est que, en réalité, ça revient aussi à dire qu’on ne se prend pas pour quoi que ce soit, on fait simplement quelque chose… c’est l’action de faire quelque chose. On n’est pas des poètes, on fait juste des choses, voilà…
Donc pour en revenir à l’album, je voudrais que l’on parle du dernier morceau, « Shaman »… il dénote pas mal par rapport au reste de l’album qui est assez rock, dynamique… cette chanson plus calme porte bien son nom car on dirait en effet un rituel, une espèce de cérémonie shamanique… donc voilà, pouvez-vous en dire un peu plus sur ce morceau qui est plus dépouillé, plus axé sur la voix.
Sélène : oui, sur la voix et les percussions…
Olivier : si je me souviens bien comment cela s’est passé, c’est à la fin du morceau « Expérience », puisque pour nous c’est l’outro de l’album, donc la conclusion de ce titre, mais aussi des autres chansons qui sont avant, parce que pour nous c’est vraiment un album-concept… un cheminement logique dans notre esprit tordu et malade… *rires*
Sélène : nous avons des esprits malades, c’est ça le problème !
Olivier : oui, et on est quatre en plus… et je crois donc me souvenir que, à la fin de « Expérience », Tibo nous a dit : moi je vois ça… je veux faire comme ça. C’est son apport… une illumination, comme ça. Genre : je finis « Expérience » comme ça.
Tibo : j’ai toujours été attiré par les musiques très calmes, éthérées et acoustiques. La batterie, ce n’est pas forcément un instrument très subtil… c’est peut-être à partir de cette ‘frustration’’ là que j’ai proposé d’insérer des percus.
Tino : on cherchait vraiment un truc pour finir l’album, « Expérience » c’est le morceau qui apporte une nouvelle naissance. Le disque commence par « Mer aimante », avec la première naissance, la relation à la mère etc. ; et se termine par « Expérience » qui est une nouvelle naissance, mais celle de l’esprit : on accède à une dimension plus sereine.
Sélène : tu as la mort physique avec « Morte au combat » et après tu as la renaissance avec « Expérience », mais c’est la renaissance spirituelle. Cela se termine avec « Shaman » qui est un morceau très tribal, introspectif, d’invocation…
Tino : de la nature, etc.
Olivier : oui, comme dans énormément de religions, cette idée que tu souffles un peu, que tu prends du recul par rapport aux choses… c’est un état qui nous intéresse, dans lequel on aimerait être… cet état d’émerveillement, proche du Nirvana, qui permet enfin d’être apaisé.
Tino : pour autant, les mots employés rapport à la religion ne doivent pas faire oublier que Jadallys n’a rien à voir avec la religion… bien au contraire. On est dans une optique tout à fait laïque… et on utilise, comme disait Ded, des choses qui s’apparentent à des concepts qui pourraient être vus comme presque spirituels et religieux… alors qu’il ne faut pas !
Olivier : il y a certaines religions, religieux ou penseurs qui ont repris ça… mais nous, c’est juste notre humble expérience qui dit qu’au bout d’un moment on a passé certains caps.
Tibo : le spirituel n’est pas forcément de l’ordre du religieux… le religieux est plutôt une représentation des choses spirituelles.
Sélène : voilà, tout à fait. Il faut distinguer le spirituel du religieux… c'est-à-dire que la loi de Darwin moi j’y crois profondément, et je milite en sa faveur ; parce qu’aujourd’hui avec tous les mouvements créationnistes qu’on voit aussi bien dans les milieux protestants américains que islamistes musulmans, il y a une résurgence à l’heure actuelle de mouvements qui veulent remettre en cause la loi de Darwin, et moi je pense que c’est une loi fondamentale…
Tibo : en même temps, elle n’a jamais été prouvée…
Sélène : attends ! Si tu prends les îles Galapagos, on y a prouvé précisément la loi de Darwin.
Tibo : il y a eu des éléments qui apportent des réponses, mais pas définitivement…
Sélène : en tout cas, la loi de l’évolution est une loi fondamentale ; qui est vérifiable, prouvable…
Olivier : les propos ci-dessus n’engagent que la chanteuse… * rires*
Sélène : et donc que l’homme et la femme sont arrivés sur Terre, tels quels, avec les animaux à côté… moi je ne peux pas me contenter d’images simplistes et de « Walt Disney »… je ne peux pas, on ne peut pas s’en tenir à cela.
Tibo : la loi de Darwin est une interprétation de l’évolution… au début il n’y avait rien, et peu à peu…
Sélène : tu sais, on remet en cause la loi de la relativité aussi !
Tino : le spiritualisme nie l’évolution en fait, parce que Dieu étant parfait par définition, il est immobile et figé ! il ne peut pas évoluer, parce que ce qui est parfait ne peut pas évoluer…
Sélène : si Dieu existe, il est évolution ! Parce que nous sommes évolution… déjà c’est un gros problème qui se pose à nous… enfin moi je n’ai pas ce problème là, je suis athée.
Olivier : bon, là vous êtes au courant que plus personne ne nous lit… *tout le monde éclate de rire*
Sélène : *en se marrant* bon… alors c’était quoi déjà la question ?
Moi : *pareil* eh bien sur le dernier morceau ! Plein de spiritualité mais…
Sélène : en fait ce dernier morceau inspiré par Tibo est spirituel, mais absolument pas religieux.
Moi : voilà, il y a y une différence entre le spirituel et le religieux…
Sélène : absolument, une différence importante ! Autant la religion pour moi c’est un pouvoir temporel, séculier… autant la spiritualité, c’est une autre recherche, plus intéressante. On peut penser au Big Bang tout en étant spirituel. C’est autre chose…
Tibo : je ne sais plus si c’est de Bernard Werber ou s’il l’a repris de quelqu’un d’autre… mais il disait que la religion, c’était le prêt-à-porter de la spiritualité.
Sélène : Oui, bien sûr… mais bon, nous avons une recherche parce que en même temps, si tu veux, on est peut-être un petit peu dans les questions existentialistes, c’est vrai ; mais on se pose aussi des questions de fond. C’est vrai que tous les gens qui se les posent n’ont pas forcément envie de se les poser au quotidien…
Tino : c’est aussi ces préoccupations-là qui font que le groupe ensuite ne peut qu’avoir, par rapport à toutes les tendances qui existent, une certaine originalité… parce que comme tu peux le voir les discussions peuvent aller dans des sens assez tordus ; et forcément ce que l’on fait va être imprégné de ces choses-là.
Sélène : mais, en fait, ce que je voulais dire c’est que le dernier morceau « Shaman », est un morceau qui clôt l’album, mais en même temps c’est le recommencement. C'est-à-dire que tu peux recommencer par « Mer aimante »… c’est cyclique.
Merci ! eh bien à présent, j’ai une question pour toi Sélène… j’aime beaucoup ta voix, ta façon de chanter dans les graves. Je trouve que ton chant dénote assez avec celui de beaucoup d’autres filles qui chantent dans des groupes de métal, qui ont des voix plus soprano. Tu as un chant assez atypique donc, en plus tu joues de la guitare et tu fais du chant hurlé aussi, tu maîtrises différentes choses. Je voulais donc savoir – tu as déjà un peu répondu cela dit en début d’interview – avant que tu ne te mettes à chanter, quels sont les chanteurs ou les chanteuses qui t’auraient donnée envie de te lancer à ton tour ? Que ce soit dans le milieu rock ou jazz… des voix qui t’auraient assez marquée.
Sélène : j’ai chanté… je ne sais pas à quand ça remonte, j’ai assez peu de chronologie de mon enfance, donc je ne sais pas exactement. Mais en fait je sais que quand j’étais petite, ma mère m’avait offert un appareil enregistreur, style un peu ça, tu vois… *elle désigne le dictaphone sur la table* ; et en fait dès que j’entendais un morceau je l’enregistrai, et je rechantai par-dessus. Ca pouvait être Sardou, ça pouvait être… tu vois, j’étais gamine, j’écoutais RTL. Et puis à l’adolescence, j’ai découvert FIP. Et j’ai découvert le jazz avec, et là, ça a été un tournant majeur. Puis j’ai eu Higelin, Lalanne… *les autres se marrent, elle poursuit en souriant* non mais c’est parce que j’avais un cousin plus âgé que moi qui écoutait ça… alors tu sais que, quand tu es gamin, tu usurpes un petit peu ce que les plus grands écoutent, et tu t’en sens valorisé… Donc Higelin, Lalanne… et il y avait aussi le mec qui se maquille, là… un peu dans le même courant qu’Higelin, dans la chanson française alternative…
Tino : Thiéfaine ?
Sélène : oui voilà, Thiéfaine ! alors j’avais ma famille qui écoutait beaucoup de musique style Brel, Brassens… toute la chanson française. Ils écoutaient aussi la musique sud-américaine. Et en même temps j’allais en Angleterre pour écouter du rock. Et bien sûr les voix noires américaines, notamment Ella Fitzgerald qui m’a beaucoup, beaucoup marquée… Après, je me suis entraînée sur les gens qui avaient une bonne technique de voix jazz. Puis j’ai écouté du hard-rock, en empruntant des albums de mes cousins, style Led Zep, Deep Purple, et aussi Pink Floyd, beaucoup… Et puis voilà, j’ai fait mes choix moi-même. Je me suis même entraînée sur Barbra Streisand ! Donc comme tu le vois, c’est très large, varié…
Moi : des voix toujours très typiques en tout cas…
Sélène : oui, très fortes… tu vois ce que j’aime c’est la puissance de la voix, des voix fortes, de caractère. Donc les petites voix fluettes – que je respecte, hein ! – m’ont moins influencée.
Donc pour finir on va parler un peu de vos concerts… passés et à venir ! Pour ma part, je vous ai vus à la Maroquinerie et à la Loco. Mais vous avez fait beaucoup de scènes. J’aimerais donc savoir parmi ces spectacles quels sont vos meilleurs souvenirs, et aussi dans un deuxième temps –si je peux vous le demander, si vous pouvez en rire maintenant ! – les pires souvenirs ; s’il y en a…
Olivier : on peut justement en rire maintenant…
Pour les moments de joie, on a eu quasiment à chaque fois que l’on a joué, parce que c’est un moment très privilégié pour nous. Je pense que nos morceaux ‘maturent’’ sur scène… c’est pour cela qu’il nous arrive de faire des petits arrangements spontanés, comme au dernier concert, sur une fin de morceau que l’on n’avait jamais expérimentée. C’est un effet de ‘laboratoire’’ assez intéressant. Des fois ça se passe bien, des fois c’est pas des idées forcément extraordinaires… et donc ça peut donner les pires souvenirs comme les meilleurs ! Après, dans les bons souvenirs… on se remémorait tout à l’heure le concert que l’on avait fait en première partie des The Old Dead Tree à la Loco, un moment assez magique avec un public assez extraordinaire. Il réagissait au quart de tour, en communion parfaite avec tous les groupes de l’affiche. Après je pourrais t’en citer des tas, de bons souvenirs… mmm qu’est-ce qu’on a comme anecdote ? La crue de la Seine sur le Batofar par exemple.
Moi : ah, cela fait partie des mauvais souvenirs justement ^^ … je parlais avec Jane tout à l’heure et elle m’a raconté ça (NDLR : Jane est la jeune femme qui les aide lors des concerts) ; elle m’a dit aussi quelque chose d’intéressant : il y a des comédiens qui participent à vos concerts…
Olivier : oui en effet, comme on le disait tout à l’heure, comme on aime bien le mélange culturel : on a joué là-dessus. Là on a eu une expérience avec une troupe qui s’appelle les Puck, et qui ne viennent pas du tout du milieu rock… c’est une troupe d’animation et de jonglerie pour enfants. On avait fait une création unique à la base, pour le festival de l’Erèbe, deuxième édition. On avait un morceau sur le deuxième album qui convenait pour mettre une sorte d’interlude au milieu de notre set. On s’était dit qu’il y avait quelque chose à y rajouter. J’en ai parlé avec les Puck, qui m’ont dit qu’à l’écoute ils avaient trouvé cela très gothique, tout ça… et du coup je ne sais plus qui a eu l’idée de faire cette sorte de sorcière médiévale. Et puis après on s’est dit : oh oui tiens, on va faire une procession, et puis il y aura un gourou, et tout… c’est parti comme ça en délire. Ensuite on s’est rappelés après le festival de l’Erèbe, parce que ça nous avait bien fait marrer. On a réfléchit à d’autres choses que l’on pouvait faire, réfléchir sur une espèce de magie à travers les âges… en dialoguant, peu à peu, on a monté des choses. Ce ne sont pas des chorégraphies ; il n’y a rien de calculé. C’est très spontané : il y a une trame qui est écrite, et après c’est improvisé avec leurs capacités : la jonglerie, les costumes, les déclamations etc. Ca nous faisait rire, à la dernière Loco : ce n’est pas nous qui avons commencé, c’est eux. Ils se baladaient dans la salle en criant une phrase d’un de nos morceaux…On s’est dit que c’était marrant de commencer le concert sans nous. C’est avec des petites expériences comme ça que des idées nous viennent.
Moi : vous allez continuer avec eux dans vos prochaines dates ?
Olivier : rien n’est définitif, rien n’est fermé, tout est ouvert : nous verrons bien ! On ne sait pas encore aujourd’hui si on continuera à faire un spectacle de ce même type ou pas… on a même des idées sur le prochain album avec d’autres intervenants.
Moi : ok. Et donc à présent, peut-on évoquer l’incident du Batofar si ce n’est pas un trop mauvais souvenir ? ^^
Olivier : eh bien on était en train de jouer, et je ne sais plus qui est venu nous dire qu’il fallait évacuer…
Sélène : y’a un mec qui est venu me voir en me disant en gros « t’arrête de chanter »… Quoi ? *rires* en gros lui ai répondu d’aller se faire voir ! J’étais en plein morceau, lui dis « j’ai dépassé le temps ou quoi ? » ; il répond non, et quelqu’un de notre équipe est venu nous dire « c’est sérieux, il fait sortir, il y a un raz-de-marée sur la Seine ! » ; bon d’accord, apocalypse, je veux bien sortir de la scène…
Olivier : on a vidé tout le Batofar sur les quais de Seine pour soi-disant une digue rompue à 100 kms de Paris, qui n’est jamais arrivée…
Sélène : je me demande quand même si…
Tino : enfin, apparemment c’était réel.
Olivier : enfin l’anecdote… voilà. On a continué le concert après, c’était assez surréaliste…
Tino : il y a aussi d’autres souvenirs savoureux ! Du style quand on jouait dans un bar à putes *rires* ; et puis un autre endroit aussi avec un grand écran derrière, où passait un film porno en même temps… *rires*
Sélène : du coup plus personne ne nous écoutait, tout le monde regardait le film !
Tino : bon il y a aussi eu des concerts très sympa, comme celui avec After Forever par exemple…
Sélène : il y a eu aussi la Champagne-Ardenne ; dehors avec les merguez…
Moi : ah oui, ambiance très champêtre !
Sélène : champêtre, oui ! mais une très bonne ambiance…
Olivier : faut pas toujours se fier à ce que disent les parisiens… on a terminé la soirée avec une partie du public, à boire des coups de vodka. C’était super sympa, vraiment, on a passé une super soirée !
Sélène : en province le public est très gentil et spontané, ce qui n’est pas toujours le cas à Paris… ils sont peut-être un peu plus blasés. Ce n’est pas forcément toujours facile…
Moi : le problème, peut-être en province, c’est qu’il n’y a pas assez de concerts de ce type-là… moi j’ai vécu un certain temps en Normandie, et pour ce qui est des concerts rock et métal… hum. Pas grand-chose de proposé.
Sélène : et du coup quand il y a un truc, les gens sont contents et viennent…
Moi : oui… enfin, le problème tu vois, c’est que nous par exemple à Caen on a un zenith… cependant la plupart du temps c’étaient des artistes de variétés que j’ai vus y passer. Et quand je suis arrivée sur Paris, j’ai vu toute la scène rock qui était offerte, et là, waaah, ça changeait !
Sélène : on trouve aujourd’hui que c’est difficile de jouer en province, parce que d’une part les salles ne veulent plus prendre de risques sur des artistes qu’ils ne connaissent pas ; ils font la promotion des groupes locaux, ce que l’on comprend… et en même temps il faut passer par des associations locales, que nous, nous ne connaissons pas puisque nous sommes de Paris. Donc c’est vrai que cela devient un deal un peu compliqué…
Bien ! voilà qui enchaîne parfaitement sur la question que je voulais vous poser à propos de la scène métal en France… alors selon vous, qu’est-ce qui va, qu’est-ce qui ne va pas ? Le problème serait peut-être que cette scène reste un peu centralisée sur Paris, alors qu’il y a pourtant des groupes en région…
Sélène : eh oui ! pourtant il y en a… tu vas dans le Nord Pas-de-Calais, la Picardie… Mais surtout le Nord Pas-de-Calais et la Bretagne. L’Alsace-Lorraine aussi… il y a beaucoup de choses ! beaucoup de choses qui se passent, mais on n’est pas au courant.
Tibo : le gros problème c’est l’accès à l’information. Rock, métal… c’est la scène ‘undergroud’’ en général, quel que soit le type de musique, qui n’a pas un accès suffisant aux médias. Il n’y a pas de chaîne de télé métal thématique, pas de chaîne rock thématique… n’importe quel spot de pub à la radio ça te coûte les yeux de la tête… T’as pas, ou très peu (à part le Net) de magazines qui vont être ouverts à ça. Encore pour les annonces de concerts ça va, mais pour le rédactionnel… il y a tellement de groupes ! Tout est tellement compliqué qu’effectivement je pense que le gros problème ce n’est pas qu’il n’y a pas de groupes de qualité, c’est qu’il n’y a pas assez d’information autour d’eux pour le public… On devrait pouvoir facilement écouter le groupe, gratuitement, aimer et avoir envie d’acheter sa place de concert ! Moi j’hallucine : je suis dans ce milieu-là, je ne suis pas au courant de la moitié des concerts de France… Je ne trouve pas ça normal qu’on ne puisse pas avoir des endroits où des groupes de qualité puissent se faire connaître. Par exemple, dans l’émission « Taratata » : pourquoi n’y a-t-il pas la place pour deux groupes inconnus à chaque fois ?
Sélène : je rends à grâce à Nagui, car c’est une des seules émissions où il y du live, où il y ait des gens qui ne sont pas forcément chez Drucker ou ailleurs…
Tibo : oui… mais pourquoi sinon Ray Cocks qui est un animateur extraordinaire réussit à faire deux pauvres émissions sur le métal sur une chaîne câblée ?
Tino : et ce n’est pas le public qui manque… la réalité, c’est que le show-biz, ne laisse la place qu’à certains artistes. Le public est là, c’est le système qui n’accepte pas ce style de musique.
Olivier : alors que oui il y a le public… bon, prenons l’exemple de Tokio Hotel. Il y a 12000 ou 17000 gamins de quatorze ans qui écoutent ça plutôt que la Star Academy !
Sélène : d’un autre côté je comprends la profession. Ils ne veulent pas se faire chier, ils se disent : bon alors avec Johnny Halliday je gagne tant, j’assure, je fais mon petit boulot de fonctionnaire… avec tout le respect que j’ai pour les fonctionnaires ! ^^ Et voilà… je sais que je ferai tant, qu’est-ce que je vais aller m’emmerder à prendre un risque sur un groupe nouveau ? Le mec, il ne fait plus de l’artistique, il fait du commercial.
Et parmi les groupes rock et métal de l’Hexagone, est-ce qu’il y en a certains que vous aimez particulièrement, avec qui vous avez joué, ou avec qui vous aimeriez jouer plus tard ?
Tino : il y a plein de groupes avec qui on a joué… je qu’il y en a 200 ou 250 depuis le début ! Il y en a beaucoup qui n’existent plus, d’autres existent encore. Il y en a plein que l’on aime énormément parce qu’il y a beaucoup de talent !
Sélène : on aime bien tous Watcha, par exemple…Il y a beaucoup de choses qui se passent en France, mais le grand public n’a pas la formation. En même temps, il manque aussi un petit peu de curiosité. Mais je me dis aussi : quand tu rentres du boulot, que t’as fait ton heure de métro, que t’as les gamins à t’occuper, tout ça… comment tu veux être curieux au niveau artistique si tu n’es pas particulièrement disponible… et voilà, tout ça est un peu compliqué, je comprends aussi les gens.
Tino : il faut essayer d’inciter tout le monde à l’esprit de découverte, c’est très important.
Sélène : oui, faut qu’on essaie de garder l’esprit découverte… mais bon, est-ce que moi-même je l’ai dans des domaines que j’aborde pas forcément… Donc, c’est se faire un peu violence au début, et puis finalement trouver des choses qui nous plaisent et s’enrichir des autres… On s’enrichit toujours des autres.
On arrive bientôt à la fin… une dernière question, sur la vidéo que j’ai pu voir sur votre site. Je la trouve très bien. Qui l’a faite ?
Sélène : eh bien c’est Tibo ! *rires et applaudissement généraux*
Tibo : et pourtant je ne maîtrise pas vraiment le montage…
Moi : eh bien on ne dirait pas !
Tibo : enfin je tâtonne… c’est la troisième ou quatrième vidéo que j’ai faite. Je sais mettre en valeur la musique, après j’essaie de faire que mon montage d’image donne de la vie à la musique.
Sélène : Tibo a un réel talent au niveau montage cinématographique. Le montage est un domaine particulier au cinéma : tu peux filmer tout ce que tu veux, si tu n’as pas un bon monteur, t’as un film de merde ! Donc le montage est quelque chose d’essentiel en cinéma… et Tibo a quelque chose dans ce domaine là.
Et à partir de là, est-ce que vous pensez faire des clips vidéos ?
Sélène : oui, tout à fait. On aime beaucoup le cinéma, tous… underground et innovant, pas consensuel… oui, donc je pense qu’on ira vers des choses innovantes, j’espère.
Eh bien nous arrivons à la fin, je vais vous laisser le mot de la fin !
Sélène : merci à toi, et excuse-nous d’avoir été un peu bavards !
Moi : non mais au contraire c’est très bien ! Je vous remercie pour vos réponses très complètes… je vous souhaite beaucoup de bonnes choses pour la suite.
Tous : merci ! et à bientôt à l’occasion de nos concerts…
- J'ai écorché des noms - désolée - l'enregistrement sur la K7 était pas toujours très net ^^ donc la jeune femme qui les aide en tournée c'est Jenn et non pas Jane, et le photographe s'appelle Geoffroy et pas Geoffrey
- Birdy n'est plus leur manageuse à l'heure d'aujourd'hui.
- Arkan, Dry Can et Liturgy of Decay sont les groupes cités par Olivier, je les avais mal retranscrits, mea culpa !
Voili voilou...