Les acteurs de l'ombre

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

Arkona - Goi, Rode, Goi !

Envoyer Imprimer PDF

On aurait pu croire qu'en signant sur Napalm Records Arkona mette de l'eau dans son hydromel...après plusieurs années de méfaits on a en effet vu la horde de Masha "Scream" Arhipova opérer le passage d'un pagan metal à synthé fortement influencé par le black metal vers un pur folk metal blindé d'instruments trad, sans jamais alléger la fureur et l'inspiration de sa musique. Un souci d’indépendance que ne partagent certaines stars du pagan metal qui se transforment bien vite en musique de fond pour ambiancer les bitures de la Saint Patrick et faire les beaux jours de Tracks ( d'ailleurs Arte ne pourra bientôt plus aller se foutre de la gueule des folkeux / métalleux à la sortie de la Loco...).

Bref. Le début de ce cinquième album laisse un peu dubitatif tant il met du temps à démarrer : les hymnes épiques et patriotiques ( en tout cas slavophiles ) mettent du temps à s'installer et ne procurent pas d'emblée le bonheur immédiat d'un "Vo Slavu Velikim!" ou d'un "Lepta". Peut être est-ce dû au choix des arrangements qui laissent la part belle à des instruments encore inusités pour Arkona : accordéons qui laissent un arrière gout de Trollfest, balalaïkas ne nous épargnant pas les trilles et les doubles croches lorgnant un peu trop du côté "le folklore russe pour les nuls", sans compter l'insistance sur les voix masculines, trop évidentes dans la façon qu'elles ont de s’immiscer dans les plans les plus "power" du combo. Mais ce ne sont là que les scories d'une musique toujours plus maîtrisée, tant ans son élaboration que dans son exécution, qui a généralement besoin d'une ossature éprouvée pour pouvoir imposer sa puissance, et au final, cette qualité d’immersion presque scopique qui peut se traduire par une fuite échevelée vers les racines du passé. Au fil des albums, Arkona se fait toujours moins sombre et toujours plus élégiaque, mais n'oublie pas, dès le troisième morceau, d'imposer ces ambiances qui ont fait son succès : ascensions délétères et sauvages où la voix de Masha se fait plus narrative, ombrageuse, afin d'exploser en épiphanies païennes. Comme sur le précédent album, le tempo est moins rapide, les passages atmosphériques plus nombreux, et ici menés de main de maitre par un quintet à cordes engagé pour l’occasion ( et notamment un violoncelle épique en diable : voir le début de Nai Moei Zemle, aux ambiances fantastiques que n'aurait pas renié un Nokturnal Mortum, ) : le black metal revient ici par la petite porte, de façon presque insidieuse, en sous texte d'une musique qui privilégie par ailleurs les morceaux de bravoure, avec intervention en guest star de vocalistes d'Obtest, Menhir et de SkyForger, soit trois des meilleurs groupes actuels de "heathen metal". Un morceau qui s'impose comme une clé de voute de l'album, peut être un des meilleurs composé par Masha, ni plus ni moins, où la mélancolie tutoie les couleurs chatoyantes du national-romantisme...On regrette juste que lors des meilleurs passages du morceau ( ah cette septième minute ! ) un cri black ne crève pas la panse de ces lourds cumulus de pagan metal stratosphérique...mais foin des regrets ! Le folk metal d'Arkona ne tolère pas ou plus l'hybridation, et les quelques riffs qui pourraient encore rappeler les origines thrash ou black de leurs musiques sont soigneusement maquillés par les arrangements de cordes et les parties de batterie, vraiment excellentes, de Vlad, l’autoproclamé ( ou pas ) « Artist ».

Que dire de plus ? Si l'album démarre un peu difficilement, à partir de ce morceau clé, ce n'est qu'une succession de tubes aux ambiances multiples et enragées : V Tsepiakh Drevney Tainy, le morceau le plus folk de l'album, et ses riffs qui m'évoqueraient presque un bon vieux Isengard des familles, avec sa rengaine communicative emmenée par un choeur féminin qui pourrait soulever un stade de foot, Yarilo, un des morceaux les plus énervés, qui rappelle volontiers Solefad ou même Enslaved, notamment pour son riffing supersonique, sans oublier Liki Bessmertnykh Bogov ou Masha tire son chant vers la pure complainte, rappelant qu’elle est non seulement une excellente performeuse métal mais aussi et surtout une superbe chanteuse folk aux intonations et aux nuances parfaitement assimilées...

Avec ses influences scandinaves repassés au « Sturm und Drang » slave, avec cette tension presque solaire qui maintient la cohérence de l'album, ses audaces stylistiques discrètes, et surtout son flamboyant pouvoir d’évasion ,voilà tout simplement ce qu'Arkona a fait de mieux, au moins, depuis "Lepta". Sans aucun doute le meilleur groupe actuel de métal païen. Slava !

 

Voir les autres articles de cet auteur

Bannière

Recherche

Twitter Image
Facebook Image



Partenariat

Petites annonces du forum