Vingt cinq ans que le groupe pionner du heavy métal en France n’avait pas refait surface. Après la claque du concert de la Loco en 2008 et du Hellfest en 2010. Blasphème a décidé de récidiver avec un troisième album Briser le silence, un titre plus qu’approprié après tant d’années mais pas seulement. Rencontre avec Philippe Guadagnino (basse) dont la franchise et l’humour démontre que Blasphème n’a pas pris une ride !
- Votre troisième album Briser le silence a rencontré pas mal de soucis tant pour l’enregistrement que pour la sortie, peux-tu nous en dire plus sur la genèse de cet album tant attendu depuis 25 ans?
Philippe (basse) : Notre problème majeur était nos situations géographiques totalement dispersées ; moi j’habite dans le Nord, Aldrick en Vendée, Pierre et Marc en Dordogne. En 2008, quand nous sommes remontés sur scène à la Loco, ça faisait 10 ans que je n’avais pas revu Pierre et nous n’avons eu que 15 jours pour répéter avant le concert ! Ce concert s’était un peu un pari, et on ne s’attendait pas à ce qu’autant de gens soient là. C’était de la folie la salle était pleine, le public, nos fans chantaient en cœur avec nous ! Alors nous avons décidé de pousser le vice et de refaire un album. L’avantage que l’on avait c’est qu’Aldrick mon fils connaissait déjà toutes les compositions. Je me souviens qu’à 8 ans il corrigeait déjà un peu Régis. Il était derrière la batterie et comptait les temps. Mais c’est aussi un excellent guitariste qui travaillait déjà dans le milieu, il a son propre groupe, ses projets, il a collaboré avec Tripalium, Gojira, Philippe Rondat. Enfin voilà, il s’y connaît le gamin ! Il se trouve que son colocataire en Vendée Fabien Galliteau est aussi ingénieur son. Pour la petite anecdote, c’est un des meilleurs amis d’enfance d’Aldrick et c’est moi qu’il lui est appris les premiers accords de Van Halen quand il était encore minot ! Ca fait drôle qu’il enregistre notre album plus de vingt après !
Après nous avons travaillés nos compositions chacun de notre côté, il a été difficile pour Pierre d’accepter de faire un album autrement que dans un studio. Finalement tout s’est bien passé, l’avantage quand tu travailles chez toi, c’est que tu es tranquille, tu n’a pas de pression, pas de planning à respecter. Les gamins se sont vraiment talentueux et l’album a un son terrible !
L’album a été repoussé parce qu’il y a eu aussi un problème avec le mastering qui ne correspondait pas aux attentes de la maison de disques donc le temps de tout revoir, ça a encore retardé la sortie de l’album.
- Vous avez donc enregistré l’album puis vous êtes allé voir les maisons de disques ? Pourquoi ?
Notre public nous a beaucoup soutenus pour que l’album voit le jour. Le problème en France, c’est qu’il n’y a pas réellement de structure concrète qui prennent en main des artistes jeunes ou vieux (Rires) qui les suivent, assurer la promo etc…quand tu commences ou quand tu recommences. On a vraiment tâté le terrain à la Loco pour être sur de ne pas se planter et comme je te l’ai déjà dit, c’était un truc de fou ! Alors nous avons enregistrés l’album et rencontrer plusieurs maisons de disques.
- Les relations tumultueuses que vous aviez dans les années 1980 avec votre maison de disque sont une des raisons de votre séparation. Faites vous aujourd’hui confiance à votre label ?
Ce qui s’est passé dans les années 1980 est qu’après que Désir de Vampyr se soient vendus à plus 20 000 vinyles, la maison de disque nous a totalement lâchés. Il y avait de quoi faire quelque chose d’énorme mais elle n’assurait pas la promo, on devait souvent se démerder seuls pour les concerts et Marc en a eu sa claque et il est parti ce que je comprends. Pourquoi ne pas soutenir un groupe qui a du succès ? Le chiffre limite des maisons de disques à l’époque pour que ça ne leur coûte pas un centime à débourser aux musiciens, c’était 3000 ventes autant dire qu’on a explosé le compteur ! Mais maintenant, c’est du passé. Aujourd’hui nous sommes chez XIII Bis Records et nous n’avons aucun problème, ils assurent au maximum : promo, concerts, interviews, même nous nous sommes surpris car nous nous n’attendions pas à un tel succès 25 ans après ! En plus, c’est le même label que nos potes de Trust, c’est un plaisir ! Ca fait tout drôle de re-signer des autographes et de retrouver nos fans qu’on n’a pas vu depuis des années !
- Vous avez toujours entretenu une relation particulière avec vos fans, l’esprit convivial de vos débuts est toujours présent ?
C’est comme ci rien n’avait changé ! Après le concert à la Loco, c’était reparti comme en quarante ! On est descendu au bar, boire des coups, discuter, signer des autographes, prendre des photos avec nos fans. Je les remercie vraiment de leur fidélité, d’être encore là après toutes ces années ! Ils ont attendus 25 ans avant le troisième album ! Au Hellfest, c’était fantastique de voir autant de monde à une heure si matinale et surtout de si bonne humeur ! Nous avons encore d’autres dates après et l’ambiance est toujours resté la même. On vit et on partage notre musique avec le public.
- Au-delà du public, les critiques aussi applaudissent Briser le silence où vous avez su habilement garder votre identité musicale des années 1980 tout en modernisant le son et en apportant quelques touches d’innovations !
Pour tout avouer, pour l’enregistrement nous avions testé « The Crow » et « Cœur d’enfant » en analogique dans un studio privé, et on a pris une claque parce qu’on s’est retrouvé 25 ans en arrière ! On devait bien sûr rester fidèle à nous même dans les compositions pour ne pas deçevoir nos fans. Mais il fallait aussi qu’on avance, qu’on apporte quelque chose de plus. Alors nous sommes revenus au numérique et c’est sûr que la qualité du son n’est pas la même ! Aldrick et Fabien nous ont vraiment enregistré et mixé un bijou ! Mais attention, ce n’est que le fond qui est numérique ! Nous avons tout de même travaillé tous nos morceaux en studio, à l’ancienne. On n’a pas mis de capteur sur la batterie ou d’autres trucs dans le genre, sinon c’est trop facile et c’est tricher. Non, là les gamins nous ont fait une petite merveille avec les pointes d’arrangements qu’il faut, les amplifications au poil, du bon boulot quoi !
En ce qui concerne les critiques, certains étaient sceptiques au début, le public lui nous a toujours soutenus. Dès que l’album est sorti, on a eu des mots de remerciements, de compliments à tout va, aussi bien des critiques que du public et ça fait vraiment chaud au cœur. J’en reçois encore tous les jours.
Briser le silence est directement entrer à la cinquième puis à la quatrième place des meilleures ventes de la Fnac dès sa sortie et pendant plusieurs semaines, aujourd’hui nous sommes deuxièmes ! Après 25 ans, wouhou! (Rires).
- Les paroles sont plutôt sombres, elles tournent beaucoup autour de l’existence, je pense notamment à « qui suis-je » et « Cœur d’enfant », peux-tu nous en dire plus sur ses choix, un peu à l’opposé de Désir de Vampyr ?
Oui c’est sûr que l’on s’est un peu calmés, Désir de Vampyr était un peu plus sataniste dirons nous (Rires). Lorsque qu’on s’est concertés pour composer avec Marc, on a eu envie de pousser un gros coup de gueule sur les inégalités qui règnent dans le monde. Ça rejoint, comme tu l’as souligné notre propre existence mais nous voulions vraiment insister sur tous les trucs dégueulasses qui se passent autour de toi à chaque seconde. « Cœur d’enfants » parlent de ces pauvres gamins de 5-6 ans en Chine, en Inde, en Afrique qui crèvent la dalle et qui creusent toute la journée pour rien avec leurs petites mains pour trouver des diamants qu’une grande pétasse bourgeoise portera à son coup à un soi-disant gala de charité. Mon frère, qui est journaliste, reporter d’image, a tourné le clip de cette chanson qui devrait sortir d’ici peu. Les images sont à pleurer, ce sont les diamants du sang et des larmes. La souffrance de ces gosses est tout simplement inacceptable. Briser le silence c’est notre coup de gueule contre to
utes ces injustices à cause de nos propres attitudes parfois ou bien de ces cons de politiciens qui ne comprendront jamais rien de toute façon.
- Le succès de Briser le silence, vous a déjà poussé à écrire un futur album ?
Absolument, je travaille actuellement sur mes compositions, j’ébauche beaucoup, je revois je corrige tout sera prêt de mon côté d’ici un mois. Mais avant je pense un autre album, je pense que nous sortirons un CD-DVD live du concert allons faire à Paris. Il y a une très forte demande des fans pour un album live.
- Vous reviendrez donc bien à la capitale en 2011 ? Vous avez d’autres dates de prévus, une tournée ?
Oui, alors la date parisienne se concrétise en ce moment, ça sera sans doute au mois de mars dans une grande salle parisienne. Ce week end, on part en Belgique et dans quelques autres pays d’Europe, avant Paris, nous reviendrons en Province. Et après Paris rebelotte, tournée européenne, française, puis les festivals. On va tenter de faire quelques premières parties notamment des Saxons.
- Et un concert avec vos frères d’armes du heavy métal Vulcain, c’est une idée qui pourrait se concrétiser ?
Disons que c’est une possibilité, un vrai concert dans une vraie salle etc etc, je ne sais pas si ça pourra se faire. Mais en tout cas une grosse fiesta avec plusieurs groupes dont Vulcain est entrain de s’organiser !
- A bon entendeur !
Merci en tout cas à toi, au public, à nos fans tout ceux qui nous soutiennent depuis le début, du fond du cœur, Merci !
Merci à Philippe pour son accueil, son humour, sa gentillesse et sa disponibilité pour les acteurs de l’ombre.






