Doom or Die, telle est la devise de ce dimanche d’Halloween, belle journée d’automne d’ailleurs. Le soleil nous fait honneur de ses quelques timides rayons, tentant de réchauffer les cœurs meurtris par le froid pour ainsi tailler des sourires sur les joues des humains. Un tableau gorgé de douceur et de bonne humeur, rien ne laisse penser que dans la petite salle du Klub, l’honneur serait plutôt aux maux, à la souffrance, à l’affliction. En effet ce soir, la 4eme édition du Doom Over Paris réunira Fatum Elisum, Aathma, Inborn Suffering, Ophis et Ataraxie qui fête ses 10 ans d’existence.
18h, ouverture des portes, la Klub laisse entrer un maigre filet de personnes, venues se délecter d’un Doom promettant d’être de qualité. 18h15, Fatum Elisum ouvre le bal. L'envoûtante intro à la basse prépare le terrain à un Death Doom parfaitement cru, hiératique et possédé, souligné par la voix criarde luciférienne d’Ende, évoquant les gouffres d’une âme torturée et d’un corps écroulé sous le poids des pleurs, de la douleur et de la consternation. Le public est partagé entre extase et suffocation, l’ambiance est lourde de peine et nous expédie à la découverte du tréfonds morbide de notre cerveau, on étouffe … Le set est efficace, carré, orné de l’excellente reprise « Gothic » de Paradise Lost qui nous délivre enfin de cette emprise hypnotique.
La salle se remplie petit à petit. C’est au tour des madrilènes d’Aathma de nous envoyer à la rencontre de nos vieux démons. Ce trio officie dans un effrayant et efficace Stoner aux exhalations Sludge. Sa prestation scénique sera sans reproche si on fait abstraction de la voix de Juan qui certain moment était vraiment inaudible. Cette formation constitue pour moi une des plus belles surprises de la soirée. Le climat qui s’y dégage est très prenant. Que c’est exaltant de fermer les yeux et se laisser aller à des riffs chargés de puissance et de mélancolie. C’est l’illusion parfaite d’une altération psychologique, suivie d’une descente aux enfers de ce qui nous sert de cerveau. Tel un schizophrène quittant toute réalité pour atterrir dans quelques endroits, avec seul comme compagnie, sa joyeuse aliénation. C’est ainsi que nous arrivons à la fin de ce set aux attraits magnétiques.
Le public grossit à vue d’œil, annonçant le groupe suivant qui n’est d’autre qu’Inborn Suffering. Ces parisiens ont déjà une base de fan bien établie, le déplacement en masse des gens en est témoin. Le set sera alimenté par de nouvelles compositions présentant ainsi leur nouvel album. La régression vers le néant peut donc commencer. Le charisme des compositions et le ton oppressant de leur exécution accentuent le talent de ces musiciens partagés entre Funeralium, Mourning Dawn et Fractal Gates. L’omniprésence de la basse donne une profondeur élégiaque aux riffs, le chant plaintif et criard quand à lui, donne une puissance émotionnelle qui prends aux trippes. L’ambiance est lourde et on a envie de s’en dépêtrer mais la musique nous retient. Seb saupoudre l’atmosphère de fines couches de lumière de par son clavier, mais il est vite étouffé par le reste des instruments. Un set bien réussi, professionnel et carré que nous a présenté ces parisiens ce soir.
Il est 22h15 et c’est l’heure pour Ophis de susurrer mort et désolation. Alliant la force du Death aux accents funéraires du Doom, ce quatuor teuton signe la prestation la plus énergique de la soirée. Les riffs de guitares sont lourds et gras, la batterie garde un tempo lent et planant mais le côté Death metal prend rapidement le dessus avec des riffs tranchants et rapides ainsi que la présence de double-pédale pour mon plus grand plaisir. La voix quand à elle, bien que bien couillue reste assez Doom. Une dualité assez surprenante qui donne une dimension extasiante au show présenté ce soir. Au niveau de l’atmosphère malgré la présence du Death la noirceur et le taedium vitae restent maître. On regrettera tout de même le petit incident survenu à l’avant dernière composition, les aléas du direct font que la guitare de Jan Baum se casse ce qui oblige Ophis à finir le set à 3, ce qui n’a pas empêché d’imposer une bonne ambiance avec le public.
C’est au tour d’Ataraxie de fouler la scène du Klub. Ces rouennais se sont imposés en 10 ans de carrière comme les maîtres absolus de la scène Doom/Death française, et ce soir ils vont fêter leur décennie d’existence aux côtés du public parisien qui ne déçoit pas, puisque la salle est à son comble. L’ambiance est très détendue et plutôt bon enfant. Une prestation impressionnante, partagé entre la sensation d’oppression et d’asphyxie lors des chansons, tel un étau invisible se resserrant sur nos esprits déjà labouré par les groupes précédents, et une sensation de délivrance à chaque fin de morceau grâce à un chanteur bassiste charismatique qui se veut très communicatif. Nous avons eu entre autre, le plaisir d’accueillir en guest Laurent, chanteur et guitariste d’Inborn Suffering pour un morceau poussé, maladif et éprouvant tant l’atmosphère qui s’en dégage est pesante. Les changements de rythme sont nombreux ce qui est très appréciable vu la longueur des compositions. Malheureusement le show se voit écourté par manque de temps, et ce malgré le rappel du public. Une prestation exemplaire qui ne fait que confirmer la place de leader qu’occupe Ataraxie.
Une poignée de bons groupes professionnels et sympathiques, une bonne dose de Doom et une grosse quantité de bonne humeur, voici les ingrédients qui nous ont fait passer une bonne petite soirée. On regrettera tout de même le son un peu trop fort, présent tout au long des sets. Il est juste temps de plier bagage, débarrasser le plancher et déserter la petite salle du Klub, afin de laisser place à la soirée gothique.






