Vétérans de la scène Underground, Grazed produit un death/thrash puissant et efficace avec un brin d’humour ! Le groupe viendra présenter son premier album « Dragonsneeze » en ouverture de la date au Klub du 16 Janvier 2011. Le batteur, Lol', nous a accordé un peu de son temps pour répondre à quelques questions.
Tout d'abord, bonjour et merci de répondre à mes quelques questions.
- Pouvez-vous revenir brièvement sur les débuts du groupe pour ceux qui ne vous connaîtraient pas?
Lol’ (batterie): Le groupe a été fondé par Chris (basse/chant) et Raph (batterie) en 1997, sous le nom d’YSYSSY. Après de nombreuses démos, concerts et participations à des compil’, le groupe décide de se renommer « Grazed » et sort son premier album, « Every end » en 2000. La musique de l’époque était très marquée par le vieux thrash allemand type « Kreator/Sodom » et quelques influences « Overkill ». Pas mal de guitaristes sont passés dans nos rangs, mais aucun ne faisait l’affaire, jusqu’à ce que Chris rencontre Le Fab en 2004, un magicien du riff thrash qui a été élevé au « Slayer » et au « Morbid Angel ». La musique s’est naturellement durcie, ce qui nous mène en 2005, année de la sortie du « Laughing to death EP », plus orienté death metal, sans pour autant renier les racines thrash. Suite à de nombreux allers et venues de Raph, ce dernier finit par quitter le navire. Je connaissais Chris depuis un bon bout de temps vu qu’il était l’un de mes meilleurs potes. Il m’a donc naturellement appelé pour assurer la batterie. C’est à ce moment là que le groupe a vraiment commencé à se stabiliser autours d’un noyau dur, Chris, Le Fab et moi-même. Je vous passe les galères dans notre quête de guitariste soliste et d’un chanteur à la hauteur de nos espérances. (Le Fab a assuré l’intérim pendant un temps, mais le fait d’assurer ses parties de gratt ‘ et hurler ne l’enchantait guère). Fort heureusement, nous avons fait la connaissance il y a un an d’un gars qui est né pour hurler. Il se nomme Cigalou. Il jouait à l’époque dans un groupe de Black nommé Esus. Il a tout de suite montré un intérêt pour notre musique et est devenu notre plus grand fan. De plus, sa voix se situe quelque part entre Chris Barnes et Barney Greenway, donc pas très adaptée au black pur et dur d’Esus. Nous lui avons donc demandé de nous rejoindre et tout se passe à merveille, ce qui nous amène en juillet 2010, date de la sortie de notre troisième production : « Dragonsneeze ».
- Quelle est l'origine du nom du groupe? A-t-il une signification particulière?
C’est l’ancien batteur Raph qui a suggéré ce nom là. Grazed veut dire « écorché ». Il est court, efficace et bien approprié à l’orientation fixée par le groupe, à savoir un durcissement de la musique.
- Pouvez-vous décrire votre musique avec vos propres mots?
Il faut savoir que le Grazed de « Every end » n’a rien à voir avec le Grazed de « Dragonsneeze ». Il s’agit pour ainsi d’une musique différente. « Every end » était thrash avec des voix hurlées mais claires. « Lauging to death » assure la transition en se dirigeant vers quelque chose de plus dur. Notre style actuel est un mix de thrash à la Metallica et de Morbid Angel/Cannibal Corpse, le tout surplombé par un chant death old school, hyper guttural, et sans aucun effet, un peu comme Avulsed ou les premiers Six Feet Under, sans oublier les voix criardes à la Mitch Harris, chères à notre Cigalou national. Ce dernier alterne avec une grande aisance les growls les plus profonds et les voix les plus stridentes.
- Quelles sont vos inspirations ?
Nous avons une culture de la musique metal au sens large. Cela va du heavy à la « Maiden/Judas » au punk/Thrash en passante par tous les intermédiaires. Rien ne nous rebute tant que cela fait partie de la famille metal.
- Vous avez sorti une démo en 2002. Quels retours aviez vous reçu à l'époque de la part des médias, du public et votre entourage ?
Le groupe a reçu des réactions assez bonnes. Les nombreux contacts de Chris, qui gérait un fanzine à l’époque, ont permis de placer de nombreux titres sur des compilations. Mais le groupe étant en auto production, on ne peut pas dire que la portée ait dépassé nos frontières. Mais avec Dragonsneeze et la multiplication des petites boîtes de mailorder de part le monde, la distribution est bien meilleure.
- Votre premier album "Dragonsneeze" est sorti cet été. Connaissez-vous les réactions qu'ils suscitent? Des chroniques ont-elles vu le jour ?
L’album a suscité de nombreuses réactions positives. Notre musique est bien entrainante et les riffs vraiment accrocheurs. Mais les gens ont pu remarquer un certain décalage dans notre humour. Nous sommes loin de l’imagerie sérieuse et parfois sanglante du death metal. Nous avons même une tendance à cultiver cet humour décalé qui devrait quand même s’estomper pour le prochain album. Toujours est-il que tout dans « Dragonsneeze » n’est que délire. Déjà, le titre veut dire : « l’éternuement du dragon ». Et puis nos paroles, tout en traitant de sujets graves, n’en sont pas moins burlesques avec une écriture volontairement en franglais. Par exemple, « Boulamgator » traite du chien monstrueux et dévastateur de notre ex guitariste, un mix entre le bulldog américain et l’alligator. « Pope after death » est un manifeste contre l’église catholique. Il traite de la mort du Pape, qui se réincarne en lunette de toilette pour avoir une vision du monde différente. « I lost » relate les expériences cosmiques de notre guitariste, qui a tout perdu, son esprit, sa maison, ses clés de bagnole… Un morceau dédié à tous les fumeurs de shit réguliers et autres drogués qui ne tiennent plus que par un neurone. Quant à « Beuaarglll », il s’agit d’une expérience du Fab qui voulait tester la vocalise ultime en mélangeant le pastis et le whiskey. Ce morceau traite clairement de l’alcoolisme et de la descente aux enfers qu’il implique. Tous nos morceaux sont de cet acabit, à la fois drôles et graves, et leur ton décalé dérange parfois, ce dont nous nous fichons. Les gens qui n’y voient un délire de potache n’ont pas pris la peine d’aller au fond du sujet. Nous sommes en auto production. Nous n’avons aucun manager sur le dos et aucun label. Personne n’attend après nous, donc nous assumons nos choix. Et puis, mieux vaut faire transparaitre nos vraies personnalités, plutôt que de paraitre comme un nième ersatz de Cannibal Corpse.
- Où a-t-il été enregistré?
L’album a été enregistré chez nous, avec nos propres moyens. Un bon samaritain nous a prêté son Tascam huit pistes pendant une semaine pour faire les prises batterie. Les gratt, la basse et le chant ont été fait directement sur PC. De nos jours, il n’est pas si difficile d’assumer la phase d’enregistrement. Par contre, nous voulions absolument que la production soit prise en charge par un professionnel.
- Etes-vous satisfait du résultat final ?
Lorsque nous voyons d’où nous venons avec notre enregistrement « Maison » et le résultat final, nous sommes pleinement satisfaits, et cela, nous le devons à la compétence, à la patience et au professionnalisme du Walnut Groove Studio. Notre production est à la fois limpide et brute de fonderie. C’est exactement ce que nous recherchions. Il n’y a rien de pire que les standards actuels de prod’, hyper lisses, polis, sans aucune nuance. Nous n’avons donné que deux consignes principales à Axel, faire en sorte que toutes les nuances de jeu restent telles quelles et ne pas surcompresser l’album au mastering. Je recommande ce studio à tous les groupes qui souhaitent une bonne production pour un prix très abordable.
- Votre premier album a été mixé au Walnut Groove Studio par Axel Wursthorn. Sur cet lp vous avez en guest Sami Yli-Sirnio (Waltari/ Kreator) sur le titre "Coffee My Master". Comment s'est passé cette collaboration?
Pour Axel, nous nous sommes basés sur sa réputation. Nous sommes potes avec le groupe Hürlement, et ces derniers avaient fait des prises de sons de leur album un peu dans les mêmes conditions que les nôtres, en auto gestion. Axel a eu le don de transformer leurs prises de base en une prod’ très professionnel. Voyant le résultat avec Hürlement, il s’est imposé comme la personne la plus indiquée pour mixer et masteriser « Dragonsneeze ». Nous ne le regrettons pas. Quant à Sami, il faut savoir qu’il joue aussi dans Waltari et que je suis le plus grand fan de Waltari au monde. Nous avons vite lié amitié. Lorsqu’est venu le moment d’enregistrer, nous avons tout de suite vu que des morceaux comme « Pope after death » ou « Coffee my master » nécessitaient des chorus et des soli plus légers, plus subtils… Sami a un feeling incroyable. Ce qu’il a joué pour nous est techniquement d’une grande simplicité, mais les notes qu’il a choisies sont divinement bien placées. Les bonnes notes aus bons endroits, telle est notre définition du talent. Axel a quant à lui fait une intervention acoustique sur « Laughing to death ». Nous connaissions ses capacités d’arrangeur dans Carnival In Coal. Nous lui avons donc dit : « Choisis le morceau tu veux et joue ce que bon te semble» . Dès le début de son intervention, le morceau a l’air de passer dans une autre dimension. Il interpelle l’auditeur. Jamais nous n’aurions pensé à ce type d’ambiance. C’est l’avantage de confier son travail à un regard extérieur...
- Comment se passe le travail de composition au sein du groupe? Qui s'occupe des lyrics?
La base des compos est faite par Le Fab. Par la suite, nous développons la musique en répétition et chacun y met sa sauce. Les maquettes de base sont très figées car programmées à la boîte à rythme. Le fait de les retravailler ensemble permet d’y apporter plus d’humanité, de favoriser la jouabilité. Par exemple, la décélération extrême et progressive de la partie doom de « Pope after death » ne figurait clairement pas dans la version d’origine. Elle a été mise en place en live par tout le groupe. Les lyrics sont également composées par Le Fab et sont entièrement auto biographiques. Il faut dire que Le Fab a longtemps été un aventurier et des textes sur sa vision du monde, il peut en pondre treize à la douzaine. Alors nous le laissons faire…
- Vous êtes actuellement à la recherche d'un label? Avez-vous eu des contacts, des propositions?
Au début oui, nous recherchions un label. Mais lorsque nous avons vu les conditions merdiques qu’ils proposaient, et l’argent que nous devions débourser, nous nous sommes dits qu’avec internet, nous pourrions faire aussi bien qu’eux en étant certains que tout l’argent récolté reviendrait dans notre poche. Certes, la phase de commercialisation nous a demandé d’énormes efforts (surtout à Chris), mais au moins nous contrôlons le processus de A à Z. « Dragonseeze » est sorti sur notre propre label, « Fuck The Majors Records ». Le message est clair : « Nous ne fermons pas la porte aux labels, mais nous ne courrons pas non plus après » .
- Comment voyez-vous l'avenir proche et/ou lointain de Grazed ?
Nous comptons développer l’aspect concerts, mais notre répertoire actuel a déjà trois ans d’âge. Nous ne sommes pas du genre à nous endormir sur nos Lauriers. Le Fab a déjà mis prémaquetté 9 morceaux et j’en ai composé un. Il nous faut trouver le temps de tout fignoler en répétition et nous envisagerons une entrée en studio. A noter que le prochain album comportera plus de solos mélodiques et techniques car nous avons recruté un Max, un très grand technicien de la guitare. Cela fait suite au souhait du Fab qui a composé des morceaux qui fonctionnent à deux gratt.
- Pouvez-vous dire trois mots qui symboliseraient le mieux la personnalité du groupe ?
Amis, Extrêmes et Décalés
- Vous avez joué dernièrement avec Detoxed. Quels expériences et souvenirs retirez-vous de ces moments passés live ?
Plus nous jouons et plus nous nous sentons à l’aise en concert. Ce derniers temps, nous avons remarqué des facilités à nous mettre en place sur scène. Nous savons exactement ce que nous volons et nos balances ne durent en général que 5 minutes. La base musicale en trio est maintenant bien rodée. Nous avons tous nos codes, nos réflexes et chacun se comprend en un regard. Quant à Detoxed, ce sont des musiciens de la scène locale que nous avons souvent croisés. L’entente entre les groupes était parfaite.
- Avez-vous une préférence entre le studio et la scène? Ou bien est-ce les deux à la fois ?
Notre truc, c’est vraiment la scène. Nous n’aimons pas enregistrer, mais au final, lorsque vient le moment de la concrétisation de mois d’efforts, l’émotion est vive et la joie s’installe car c’est le groupe lui-même qui prend tout son sens.
- Que pensez-vous de la scène Death Metal et Thrash Metal? Pouvez-vous nous citer des groupes que vous jugez dignes d'intérêt ?
Le death et le thrash sont la base de notre culture metal. Nous sommes tous fans d’Overkill, Testament, Death Angel, Morbid Angel, Cannibal Corpse, Kreator, Exodus... Mais j’ai récemment vu certains groupes de la nouvelle génération comme Municipal Waste, Bonded By Blood, Evile ou Fueled By Fire. Ils sont incroyables !! Ses protagonistes étaient à peine nés en 1985, et pourtant, on a l’impression qu’ils sont figés dans le temps. Ils sont exactement comme les groupes précités à la grand époque. Epatant !!
- Mieux encore avez-vous eu récemment un coup de cœur musical?
J’ai flashé sur le dernier Avenged Sevenfold, « Nightmare ». Mais je crois bien que la dernière révélation du Fab est Satyricon.
- Le 16 janvier vous allez participer à l'affiche de Corrosive Elements avec Kause 4 Konflict, Aazylium et Acyl. Ensuite le 5 mars vous jouerez à Clermont Ferrand au Rubens avec Esus et Endless Agony. Comment appréhendez-vous ces deux concerts futurs ?
Nous Habitons tous dans des régions différentes. Notre groupe nécessite pas mal de travail perso, les répétitions n’étant que des formalités. Nous aborderons ces concerts comme d’habitude, du mieux que nous pouvons avec la ferme intention du tout dévaster sur notre passage. Alors préparez les bouchons anti-bruits et planquez les godes ceintures, on arrive!
- Pour finir, je vous remercie d'avoir consacré du temps aux acteurs de l'ombre et à moi même. Je vous laisse l'honneur du mot de la fin.
Nous remercions Rachid Trabelsi (batteur de Corrosive Elements) et les acteurs de l’ombre de nous permettre de faire notre premier concert parisien. Nous attendons beaucoup de ce petit festival de death underground, en termes de fun et d’opportunités. Des structures telles que la votre tendent la main à des petites formations comme la notre, et nous apprécions ce geste à sa juste valeur. Donc un grand merci à vous et à tous ceux qui se déplaceront au concert.







