1. Salut, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?Bonjour, je suis Alexandra v. Bach, également connue sous le nom de Ravendusk, infographiste, photographe et webdesigner.
2. A quel âge t’est venue cette passion pour la photographie et le dessin ? Raconte-nous tes débuts.
Je dessine depuis très longtemps, depuis l'âge de 6 ou 7 ans, au départ influencée par l'univers de la japanimation et du manga, je me suis tournée avec le temps et mon expérience vers un univers plus sombre et fantastique. Quant à la photographie cette passion m'est venue beaucoup plus tard en réalisant une session de photos pour un groupe, cela m'a vraiment plu et j'ai décidé de m'y intéresser plus sérieusement.
3. As-tu suivi une formation particulière en graphisme, photo, arts plastiques, ou es-tu autodidacte ?
J'ai suivi des études d'histoires de l'art mais en ce qui concerne mes créations, tout est venu de façon très spontanée...Quand j'ai commencé l'infographie je n'y connaissais absolument rien, j'ai tout appris à force de création et de temps.
4. Quand as-tu commencé à exposer tes oeuvres aux yeux du public ?
J'ai commencé à présenter mes créations au grand public en 2003 en devenant membre du site Deviantart, site qui permet aux artistes de tous bords de créer leur galerie et ainsi d'exposer en ligne. J'ai eu des réactions encourageantes de la part des membres de ce site, cela m'a donc encouragée à continuer et à m'améliorer.
5. As-tu déjà participé à des expositions ou tes œuvres ne sont-elles visibles que sur le net ?
Je n'ai pas encore eu l'occasion d'exposer, même si je le souhaite vraiment, je pense qu'il me faudra un jour sortir mes artworks de leur monde virtuel et les confronter au public ailleurs que sur le net. D'un autre côté, exposer sur le web est plus important qu'il n'y paraît. Cela me permet de toucher un public assez vaste. Avec des galeries en ligne sur un bon nombre de communautés artistiques internationales, comme par exemple Deviantart ou Shadowness, cela me permet des expositions permanentes. L'impact de ces sites dans la promotion des mes artworks est indéniable.
6. Quels sont les artistes qui t’inspirent au niveau visuel ? Tes influences ?
Tout d'abord, j'ai une grande admiration pour les peintres du mouvement préraphaélite, comme Leighton, Dicksee et Waterhouse, pour ne citer qu'eux. Dans nos contemporains, j'apprécie les univers particulièrement décalés des photographes Floria Sigismondi, David LaChapelle, Gerald Axelrod et Marino Parisotto Vay. En ce qui concerne les arts graphiques et ce qu'on nomme le « photographisme », j'aime beaucoup Natalie Schau, une artiste lituanienne, ainsi qu'Annika Von Holdt, Mark Ryden et Frank Fiedler.
7. Tes œuvres portent toutes des noms qui rappellent des titres de chansons ou des univers d’artistes du monde de la musique ou du cinéma. Ces arts t’inspirent beaucoup ? Quels rapports entretiens-tu avec la musique et plus particulièrement le Métal ?
La musique est sans conteste ma principale source d'inspiration, quand j'écoute un titre je visualise dans mon esprit des images, des petits films, des histoires, et donc quand je peins, tout cela prend forme, du moins j'essaye ! Mon rapport à la musique, en l'occurrence le Metal, est important, j'en écoute depuis près de quinze ans, c'est donc pour cela que ces inspirations se ressentent dans mes dessins. Quant au cinéma, j'aime quand celui-ci parvient à me transporter dans un univers baroque et d'un grand esthétisme à la fois, j'apprécie donc pour cela la filmographie de Tim Burton, le Barry Lyndon de Kubrick, Dracula de FF Coppola et bien d'autres. Mon imagerie est donc très fortement marquée par tous ces univers un peu « décalés », hors du temps.
8. Quels sont tes groupes de Métal cultes ?
Pour faire court : Opeth, Anathema, Metallica, Dark Tranquillity, Paradise Lost et The Gathering. En général, mes groupes cultes sont ceux qui distillent des morceaux à fort potentiel émotionnel, c'est très rare qu'une journée se passe sans que je n'écoute un des groupes que je viens de citer !
9. Peux-tu être inspirée par d’autres musiques que le Métal ?
Oui très certainement, mais dans ce cas il s'agira toujours de musiques dites sombres ou d'artistes dont l'univers et la sensibilité me touchent, je pourrais citer en exemple Dead Can Dance et Lisa Gerrard, Aude, Tori Amos ou encore PJ Harvey.
10. Travailles-tu sur une œuvre en écoutant de la musique ?
Oui, je trouve le silence bien trop perturbant...Etant donné que je peux passer jusqu'à cinquante heures sur un artwork, j'essaie d'avoir tous mes albums préférés prêts pour une rotation lourde et en continu pendant le temps de la création ;)
11. Tes œuvres mêlent photo et dessin. Au final, le résultat est une image qui paraît irréelle dans laquelle il est impossible de discerner les deux. Quelles sont tes techniques ? Quels logiciels utilises-tu ?
Le photographisme n'a pas de règles définies, c'est un art très libre. En ce qui concerne ma technique c'est d'abord à la base un travail de « montage » des différents éléments, puis une phase d'harmonisation et de peinture digitale, la plus importante et intéressante à mes yeux. Au final on obtient une image qui n'est ni peinture, ni photo, mais un mélange subtil des deux. Côté matériel, j'utilise les logiciels Photoshop et Painter, ainsi qu'une palette graphique Wacom.
12. Tu fais aussi des photos de groupes de Métal. Comment choisis-tu les groupes ? Par copinage, ou ce sont eux qui font appel à tes services ?
J'ai réalisé ma première session avec le groupe Monarchia Daemonium de façon assez intuitive et dans des conditions assez basiques, mais le résultat a été intéressant et encourageant. J'aime également la photo live, j'aime à capturer l'essence d'un bon concert de Metal en images, ce n'est souvent pas évident et c'est ce qui fait le charme de l'exercice ! La plupart du temps ce sont les groupes qui font appel à moi, par connaissance ou en voyant mes photos sur des sites.
13. Que préfères-tu : la photo ou le dessin ? Pourquoi ?
La photo et le dessin sont mes deux principales formes d'expression artistiques, je ne peux pas en préférer l'une à l'autre car elles m'apportent des satisfactions différentes. La photo est une activité plus « humaine » dans le sens où je me confronte à d'autres personnes, le dessin me confronte à moi-même pendant des heures...Je dirais que les deux me sont nécessaires, même si j'ai tendance à accorder plus de temps à l'infographie qu'à la photo ces derniers temps.
14. Comment choisis-tu tes modèles ? As-tu des critères particuliers ? Sont-ils tous professionnels ?
Je choisis mes modèles en fonction de ce que je cherche à représenter, et pas forcément en fonction d'un physique avantageux. Je n'ai pas de critères particuliers, il faut juste que cette personne m'inspire. J'ai eu l'occasion de travailler avec des photos de Lady Morgana, une artiste et modèle des plus reconnues actuellement, mais également avec des parfaites inconnues qui me contactent car elles apprécient mon travail.
15. As-tu déjà été modèle ? Est-ce que certaines de tes œuvres te représentent ?
En ce qui concerne le modelling « alternatif » , j'ai eu des propositions, comme par exemple celle de poser pour Erick D. Panavières, mais je ne suis pas encore prête à sauter le pas et à devenir moi-même le support de modifications photographiques... Contrairement à de nombreux artistes dont j'apprécie l'univers, comme Natalie Schau, Lady Morgana ou encore Ingrid Burton, il m'est impossible de travailler sur ma propre image. Je n'en éprouve pas le besoin et je suis très réticente à me mettre en avant. Mes émotions sont déjà à la base de mes travaux, je ne vois pas l'intérêt d'y ajouter en plus mon image. De façon plus terre à terre je n'aime pas forcément le culte de la personnalité et je n'arrive pas à imaginer une galerie d'artworks me représentant sous toutes les coutures...certains le peuvent, moi pas, tout simplement.
16. Tu travailles principalement avec des modèles femmes. Est-ce un choix délibéré ? Cela correspond mieux à ce que tu veux évoquer dans tes œuvres ?
A vrai dire, ce n'est pas un choix, cela s'impose à moi. Je dirais que lorsque j'imagine un futur artwork ou dessin, c'est tout naturellement des personnages féminins qui en sont les sujets. Je pense qu'il s'agit tout simplement des meilleurs vecteurs possibles pour mes idées et représentations : la symbolique autour de la femme est tellement riche que toutes les interprétations et variations sont possibles. La femme est pour moi hautement complexe, paradoxale, fascinante, et j'aime vraiment en faire le support de mes dessins...Et d'une façon plus simple, il y a tellement de moi-même dans mes images...qu'en représentant des hommes ça ne « collerait » tout simplement pas.
17. Penses-tu un jour travailler avec des modèles hommes ? Cela changera-t-il quelque chose à ton univers ?
J'ai eu l'occasion de réaliser des artworks avec des modèles masculins par le passé, c'est une expérience différente, où une autre forme de sensibilité entre en jeu, c'est beaucoup plus impersonnel. J'ai du beaucoup plus y travailler que sur mes manipulations traditionnelles. En ce moment je réalise les illustrations d'un recueil de nouvelles dont certaines sont centrées sur des personnages masculins. C'est une sorte de challenge pour moi, cela me pousse à explorer d'autres univers, à me sortir de mon style habituel.
18. Tu es aussi webmaster. Pardon, « webmistress » !! Comment es-tu venue à la réalisation de sites Internet ? D’où tes venue cette idée de coupler cette activité à ton art ?
J'ai commencé à réaliser des sites web il y a trois ans, avec un petit site personnel « à l'américaine », donc centré autour de ma personne et de mes centres d'intérêts divers. J'en ai rapidement fait le tour, vu que ce style de site est peu adapté à ma personnalité relativement discrète, c'est pour cela que j'ai créé quelques sites sur des groupes. Et tout s'est enchaîné, le bouche à oreille a fait son oeuvre, j'ai réalisé le site de Fornication et au vu de tout les retours positifs que j'en ai eu, j'ai tout naturellement songé à en faire une activité...et aujourd’hui elle me prend beaucoup de temps !
19. D’ailleurs, pourquoi l’emploi du terme « webmistress »? Pour marquer ta féminité dans ce monde très masculin de l’informatique ?
Le terme webmistress, à l'instar d'écrivaine ou de professeure, est juste la version féminisée de webmaster...et quitte à avoir un « titre » autant qu'il me convienne et me corresponde, histoire que mes interlocuteurs sachent à qui ils ont affaire. Je ne cherche toutefois pas à revendiquer quoi que ce soit. Ce n'est pas mon but. Je tiens à mettre en avant mes travaux, le reste est plus anecdotique selon moi.
20. J’ai découvert ton travail par le biais du site web du groupe de black/death français FORNICATION dont tu as réalisé la nouvelle version. Comment se passe ton travail dans ce cas-là ? Comment choisis-tu les groupes avec qui tu bosses ? Il s’agit le plus souvent de demandes de leur part ou de propositions de ta part ?
Ma rencontre avec le groupe Fornication a été vraiment très simple.... Sabbat (chant) est entré en contact avec moi après avoir visité mon site et m'a proposé de redonner meilleure apparence au site officiel de Fornication. J'avais entendu parler d'eux à maintes reprises et j'avais tout autant été intriguée par leur univers musical que marquée par le visuel de leur album Sectanik Neocide. C'est donc naturellement que j'ai accepté de travailler avec eux. De manière générale je choisis donc les groupes avec qui je vais collaborer en fonction de leur intérêt pour mon travail et de la « compatibilité » de nos sensibilités et de nos univers. Pour leur site, ils m'ont expliqué ce qu'ils recherchaient, j'ai réalisé deux ou trois versions différentes et l'on s'est mis d'accord sur la version rouge actuellement online. Pour l'instant je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller proposer mes services, ce sont les groupes qui font la démarche de « venir vers moi ».
21. Aujourd’hui, tu viens de relooker le site web d’un autre groupe français : Anorexia Nervosa. Comment s’est faite ta rencontre avec eux ? Comment es-tu arrivée à devenir leur webmaster ?
J'ai tout d'abord assisté à l'un de leurs concerts en 2002, je ne les connaissais alors que de nom et j'ai vraiment été impressionnée par leur prestation ainsi que par la qualité de leurs morceaux. Quelques temps plus tard, j'ai ouvert un petit site non officiel, Le Portail de la Vierge, juste pour mon plaisir et sans penser la moindre seconde qu'ils pourraient un jour en avoir connaissance. C'est seulement en Juin dernier que Hreidmarr m'a envoyé un mail pour me féliciter de mon travail. Au fur et à mesure de nos contacts, il m'a naturellement demandé de m'occuper du site officiel, ce que j'ai accepté avec beaucoup d'enthousiasme.
22. As-tu d’autres travaux de ce type en prévision ou en cours de réalisation pour des groupes de Métal ou Gothiques ?
J'ai en effet beaucoup de demandes, mais il m'est impossible de répondre favorablement à toutes. Je travaille donc en ce moment sur le nouveau site officiel du groupe Monarchia Daemonium, le side project de Black Messiah (actuel chanteur de Seth), je viens de finir le site officiel français du groupe finlandais ShamRain, et je pense que je vais également refaire celui du groupe canadien Seasons of Sorrow. J'aime également me diversifier et ne pas toujours travailler uniquement pour des groupes : je viens justement de réaliser le site officiel de la chanteuse lyrique Madeline, celui du photographe Yves Scherrer et je vais réaliser le site d'un modèle gothique américain, Shadowia.
23. Que t’apporte la création de sites web ? Un plaisir différent de celui apporté par la création d’une image ?
Lorsque je conçois un site, je me dois de correspondre aux attentes de ceux pour qui je le réalise, il me faut être en osmose avec leur univers, leur musique, leurs images et mettre mes propres influences un peu de côté, ce qui n'arrive jamais évidemment quand je crée un artwork « pour moi ». Mais c'est toujours et de toute façon très enrichissant.
24. Vois-tu ces deux activités comme complémentaires ? Comme deux facettes révélatrices de ton art ?
C'est le cas en effet. Quand je crée un site, j'accorde autant d'importance à son design et à son originalité qu'à sa fonctionnalité. Souvent les sites (de groupes, ou autres) sont très tristes, pas très recherchés. J'essaie de créer des sites esthétiques, et pour cela je travaille sur leurs designs avec autant de perfectionnisme que pour mes infographies. Ces deux « facettes » sont pour moi indissociables.
25. Réalises-tu d’autres travaux tels que des covers pour des groupes ? Si non, cela t’intéresserait-il ?
Oui, évidemment. En ce moment je travaille sur la couverture et les illustrations d'un recueil de nouvelles qui va sortir à la fin de l'année. C'est important pour moi de sortir un peu du milieu Metal et de travailler avec des artistes et auteurs venus d'autres horizons.
26. Si certaines personnes sont intéressées pour travailler avec toi ou s’offrir tes services, comment peuvent-elles te contacter ? Quelles sont tes conditions ?
On peut me contacter tout simplement par l'intermédiaire de mon site. Je n'ai pas de conditions, je privilégie toutefois les collaborations avec des personnes passionnées et intéressées par mon univers. Je te remercie beaucoup pour cette interview très intéressante et conseille à tout le monde d’aller jeter un coup d’œil sur ton site http://www.ravendusk.com car il est fréquemment réactualisé.







