Les acteurs de l'ombre

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Cult Of Erinyes, entretien avec Corvus et Mastema

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Cult Of Erinyes est une toute nouvelle formation belge talentueuse et très prometteuse qui évolue dans la sphère bien délimitée du Black Metal Rituel. Le combo a vu le jour en 2009 et a eu l'opportunité de déjà sortir un EP trois titres intitulé "Golgotha" et enchaîné dans la foulée sur son premier véritable album nommé "A Place To Call My Unknown" au répertoire très varié et inspiré. Celui-ci est sorti le 23 avril dernier sur le label indépendant LADLO Productions. Face à cette actualité florissante et très vivante, nous nous sommes donc entretenus avec deux des membres du groupe pour mieux définir leurs projets et leur vision globale du Metal-Extrême.

Tout d'abord bonjour Cult Of Erinyes, et merci de répondre à mes quelques questions pour le webzine des Acteurs De L'Ombre.
- Pouvez-vous revenir brièvement sur les débuts du groupe pour ceux qui ne vous connaîtraient pas?


Corvus : Cult of Erinyes est un trio de Black Metal Rituel né à la fin de l’année 2009. Musicalement, nous proposons un  mélange de Black dit traditionnel, avec une dose de passages plus « osés ». Le line up est composé de Baal ( batterie), Mastema (chant) et moi-même (guitares, basse, sons étranges). Fin 2009, j’ai retapé ma vieille Gibson SG et me suis mis sérieusement à la guitare( après des années de basse), en vue de créer une entité qui serait l’exact reflet de mes goûts musicaux et de ma vision de « l’Homme ». Il n’était que logique que mon ami de toujours, Mastema, en soit le chanteur et que Baal, en qui j’ai trouvé « mon » batteur, soit le troisième membre. La cohésion fut directement de mise, et après quelques mois, nous avons accouché d’un 1er EP Golgotha, pour enregistrer peu  après notre premier vrai album, qui est sorti fin avril chez LADLO Productions

- Vous avez opté pour un nom plutôt intriguant. Quelle est l'origine du nom du trio? A-t-il une signification particulière?

Corvus : Les Erinyes, en tant qu’entités persécutrices, sont un symbole fort de notre vision de l’Homme. La société moderne a remplacé les dogmes par un manque de valeur et par le culte de la non acceptance de l’essence de chacun. C’est une première étape vers la libération de l’Homme, mais tant que celui-ci sera enchaîné à des principes dépendant des règles régissant le « fonctionnement » de la société, j’ai bien peur qu’il continuera sa chute dans  la médiocrité. Cult of Erinyes est pour ceux qui ont le courage de se regarder dans le miroir (au sens figuré) et qui seront capables de voir au-delà…

- Les Acteurs De L'Ombre Productions vous présentent comme un groupe officiant dans un Black Metal Rituel. Pouvez-vous étayer ces propos et nous confirmer votre courant musical avec votre propre définition?

Corvus : Notre approche renvoie au rituel en ce sens que la façon dont la musique est composée est pour moi un vrai rituel, et nécessite à ce titre une mise en condition mentale particulière. Par la suite, tout devient spontané et chaque note s’apparente alors à une réaction physique. Les morceaux sont construits sur un thème principal autour duquel graviteront des éléments qui peu à peu créeront une oppression en moi. L’objectif est alors chaque fois de dépasser celle-ci ; chaque titre comporte une réponse à cette oppression, ou une libération si tu préfères. Cette libération est ce qui me permet de me rapprocher de ce de quoi je dois me rapprocher. Bien que la musique soit spontanée, la démarche m’amenant à écrire les morceaux ne l’est donc pas, et remplit une mission vitale pour moi. Je pense que l’auditeur pourra ressentir ce que je viens de te décrire, surtout le sentiment d’oppression et la réponse à celle-ci. C’est particulièrement évident sur des titres comme Insignificant ou Black Eyelids.

- Pensez-vous garder la tradition du Black Metal du début des années 90, période où tout le monde sait, tout a débuté pour ce genre musical?

Mastema : Je ne pense pas, et ce n'est en tout cas pas notre objectif. Nous avons un respect infini pour cette période et nous sommes d'ailleurs  grands amateurs de certains groupes qui ont marqué cette époque (et qui sont souvent encore pertinents aujourd'hui). Mais pour autant, notre but n'a jamais été de singer qui que ce soit, ou même de simplement s'inscrire dans une tendance ou l'autre. Cela ne veut pas dire que nous sommes hermétiques à toute influence, c'est même tout le contraire. Nous écoutons énormément de musique, et beaucoup de styles et de groupes peuvent avoir une influence sur nous. Même dans nos groupes fétiches de black, on trouve bon nombre de formations qui sont bien loin de la "tradition" du black. Je pense par exemple à Blut Aus Nord, Solefald ou Negura Bunget. Ensuite ces influences se mélangent et laissent chacune une empreinte plus ou moins profonde sur notre musique. Mais à aucun moment de la réalisation de A Place to Call My Unknown (ni de notre EP Golgotha, d'ailleurs), nous avons eu une seule de ces influences à l'esprit, ou alors très vaguement. La musique que Corvus crée est spontanée, elle est comme un réflexe physique, une réaction épidermique, quelque chose qui n'est pas maîtrisé ou réfléchi. On ambitionne de toucher à l'expression pure. Nous avons par le passé "intellectualisé" notre musique. Tout cela est fini, nous laissons maintenant la musique s'exprimer d'elle-même, en quelque sorte. Mais, pour en revenir à ta question, il est vrai que le résultat final s'intègre dans une vision assez old-school et puriste du black metal. La raison en est que cela reflète qui nous sommes, tout simplement. Même si j'estime que notre musique ne s'enferme pas, et ne s'enfermera jamais.

- Quelles sont vos sources d'inspiration musicales et aussi extra-musicales, ces groupes qui vous ont poussé à la création de votre formation?

Corvus : Musicalement, il y a bien évidemment les grands classiques du Black (Mayhem, Dissection, Emperor etc.), qui m’ont fortement marqué lorsque j’étais adolescent. En-dehors de la mouvance Black Metal, d’autres artistes ont fait office de bande-son de ma vie, et  ont sans aucun doute, même si ce n’est pas évident à l’écoute du Culte, eu un impact sur ma vision de la musique ; là comme ça je peux te citer les Allman Brothers, Devin Townsend, et même des groupes de Heavy comme Savatage ( Mastema en est également fan). D’un point de vue extra-musical, je dirais que plus qu’un écrivain ou philosophe (même si certains ont clairement une influence sur notre style d’écriture musical et textuel), ce sont surtout les événements de la vie  qui forgent en chacun de nous une vision de l’Homme que tu retrouves dans le Culte.

- Vous avez sorti votre EP 3 titres sur un label indépendant Dunkelkunst puis vous avez signé avec LADLO productions pour sortir votre tout premier album ce mois-ci. Qu'avez-vous fait depuis "Golgotha"?

Corvus : Golgotha a été finalisé début septembre 2010, tandis que nous avons commencé l’enregistrement de A Place to Call My Unknown…deux mois plus tard. Donc pour répondre à ta question, nous avons bossé afin d’entamer l’enregistrement dans les meilleures conditions. Il n’y a pas un jour où nous ne travaillons pas sur un aspect du Culte, ce qui explique qu’il n’y a pour le moment jamais eu le moindre « break », même pas d’une semaine.

- Quels regards portez-vous sur ce premier essai? Connaissez-vous les retours qu'il a engendrés de la part des médias et des différents acteurs de la scène Metal?

Mastema : Il est encore un peu tôt pour se faire un avis général de la réaction des médias, mais jusqu'à présent les choses que j'ai lues sont extrêmement positives, à tel point que cela nous a surpris. Encore une fois, nous avons créé cet album sans penser à ce qui pourrait plaire à qui, etc. Toutes ces choses ne polluent pas le processus créatif. Par conséquent, je pense que nous ne sommes pas réellement conscients des qualités et défauts de ce disque aux yeux du public et des médias. La seule chose qui compte est la façon dont nous-mêmes appréhendons ce disque. Et nous sommes très satisfaits du résultat. Il y aura toujours des détails qu'on aimerait refaire, mais globalement nous sommes très contents de cet album. Bien entendu, il est toujours agréable de constater que cet avis est partagé par d'autres. Si notre musique plait à d'autres, c'est évidemment un bonus important, mais ce n'est pas essentiel.

- Avec qui et où avez-vous enregistré votre premier LP? Comment se sont déroulées les sessions d'enregistrements?

Corvus : Nous avons enregistré A Place to Call My Unknown au Blackout Studio à Bruxelles, avec Phorgath, le bassiste d’Enthroned et d’Emptiness en tant qu’ingé son. Nous connaissions sa façon de travailler, on y a donc  été en terrain connu. Dans un premier temps, nous avons fait tous les instruments, ce qui a pris 4 jours. C’est très peu selon les normes, mais nous étions très bien préparés et parfaitement à l’aise. Par la suite, Mastema a fait l’équivalent d’un morceau de chant par soir. Phorgath nous a ensuite proposé un mix, que nous avons corrigé ensemble afin qu’il colle parfaitement à l’ambiance que nous voulions créer. Il en fut de même pour le mastering. Le fait que Phorgath nous ait assuré qu’il arrêterait de bosser sur l’album lorsque nous serions entièrement satisfaits nous a ôté toute forme de pression, et cela nous a permis d’obtenir un résultat qui colle pour ainsi dire à 100% à la vision que je me faisais du son que nous devions avoir avant d’entrer en studio.

- Cult Of Erinyes est donc un trio qui nous vient de Bruxelles. Qui compose et comment cela se passe très concrètement? Est-ce un travail d'équipe?

Mastema : Chacun a son rôle. Corvus compose d'abord toute la musique, seul dans son coin, et en réalise des maquettes qu'il nous soumet. Ensuite tous les arrangements sont réalisés à deux (avec Baal) puis à trois. Baal reste strictement dans un rôle de musicien, mais c'est ce qui lui convient. C'est un batteur avec un esprit très professionnel, toujours en quête de perfection. Il préfère garder toute sa concentration sur son instrument plutôt que s'éparpiller. Ca ne l'intéresse pas. C'est moi qui m'occupe de l'écriture des paroles. Tout ce qui est extra-musical est globalement géré par Corvus, même s'il y a de nombreux échanges et dicussions avec moi.

Corvus : Baal est en quelque sorte le musicien du groupe. C’est une véritable éponge. Sa formation académique me permet d’appréhender certains aspects des morceaux différemment (je n’ai AUCUNE connaissance théorique de la musique). Le fait de bosser avec un tel batteur me permet de ne placer aucune limite rythmique lorsque je compose les morceaux. C’est là un sacré luxe !

- Votre tout premier album " A Place To Call My Unknown" vient juste de sortir. C'est une expérience unique et surprenante pour tout amateur de bon Black Metal. Le son est d'ailleurs tout à fait honorable. Que pensez-vous de ces combos qui s'appliquent à ressortir un son nécro à la Dark Throne période "Transylvanian Hunger"?

Corvus : Je pense que le son nécro, c’est un peu comme « le bon et le mauvais chasseur ». Plus sérieusement, il ne faut pas faire du nécro pour faire du nécro. Chaque groupe a un son qui lui correspond mieux. Il est très dur d’avoir un son nécro ou raw qui renforce l’atmosphère d’un groupe. Blutvial récemment y est parvenu, avec une distorsion assez « burzumienne ». Chacun est libre de faire ce qu’il veut. Mais pour répondre à ta question, je pense que 9 groupes sur 10 ayant un son nécro l’ont par manque de moyen ; ils revendiqueront alors ce son comme trophée, car c’est tout ce qu’ils pourront revendiquer, puisque la pauvreté musicale d’une chiée de ces groupes ne leur permettra pas de mettre en avant une caractéristique intéressante. Le son nécro demande une bien plus grande maîtrise qu’il n’y paraît, et si tu n’as pas derrière ce son des chansons solides et une interprétation sans faille, autant s’abstenir…

- Dans quel état d'esprit êtes-vous quelques jours après  la parution de votre opus?

Mastema : Comme je l'ai dit, encore un peu incrédules face aux réactions souvent très élogieuses que provoque ce disque. Mais on se sent surtout très satisfaits de pouvoir dire que ce projet a été concrétisé, car il nous tenait à cœur. Je pense que bon nombre de formations de black sortent "traditionnellement" un premier essai bien dégueu (volontairement ou non). Nous voulions aller à l'encontre de ça et proposer un premier disque avec un esprit et un style déjà affirmés, un caractère fort. J'estime que nous avons concrétisé cette volonté.

- Vous jouez également dans Psalm un groupe de Metalcore. Quels expériences retirez-vous de cette autre formation ayant un style musical très éloigné de ce que pratique Cult Of Erinyes?

Corvus : Le premier album de Psalm  est un désastre total, car enregistré avec un ingénieur du son nous ayant pris pour des gentils snuls que nous étions et parce que, il faut le dire, très faible musicalement ( dans un style Metal chaotique, dans tous les sens du terme) et mal interprété. Le mcd Manifest, par contre, est de qualité, dans un style Death-Thrash teinté de quelques éléments Black. Psalm a eu beaucoup de line up différents, certains bons, d’autres invivables. Psalm n’était pas un groupe sérieux dans le sens où il n’y avait pas d’identité musicale et idéologique-spirituelle forte dès le départ. Le groupe est en hiatus, pour ne pas dire mort, puisque Mastema, Baal et moi avons enfin trouvé notre façon de nous exprimer, et que Baron, le guitariste, n’a plus le temps ou l’envie de continuer. Là , je parle pour moi, mais je crois que Psalm m’a surtout permis de me rendre compte que quand tu veux quelque chose musicalement, fais-le toi-même, car un « groupe », en tant que démocratie, c’est un bordel incontrôlable dépendant du bon vouloir de chacun. Il suffit d’un élément démotivé pour que le ver s’installe dans la pomme. C’est pour ça que Cult of Erinyes fonctionne totalement différemment, et repose en grande partie sur mes épaules. Le fait d’avoir pu créer un EP et un cd en si peu de temps me fait dire que cette façon de fonctionner est bien plus saine. Et aussi, je dois dire que le fait d’enfin jouer une musique qui me correspond à 100% est une véritable libération.

- Mieux encore, comment s'est effectuée la transition entre le Metalcore et le Black Metal Rituel?

Corvus : Psalm a été catalogué Metalcore parce que les cd sont sortis sur un label publiant du hardcore et du Metal. Mais le mcd Manifest est un condensé de Metal extrême avec un gros son( j’invite le lecteur à aller tendre une oreille sur myspace pour se rendre compte que cette étiquette metalcore est totalement inappropriée). Je n’ai pas ressenti de « transition », car quand les guitaristes de Psalm ont montré des signes de démotivation, Baal et moi avons tout simplement continué de répéter à deux, sans se poser de question. D’autant plus que l’idée de créer une entité de Black Metal Rituel remonte pour ma part à 2001-2002, donc bien avant Psalm. Mais je n’étais pas prêt à l’époque et je savais qu’il me faudrait d’abord rejoindre un groupe qui me permettrait d’apprendre quelque peu à jouer correctement. Et je dois dire que des guitaristes comme Baron pour ses lead, ou Algol pour ses rythmiques, m’ont permis de beaucoup apprendre et d’avoir un certain niveau d’exigence par rapport à mon jeu de guitare.

- Revenons à votre premier album. Pouvez-vous nous dire de quels sujets traitent vos textes, y-a-t-il une ou plusieurs thématiques récurrentes, un concept, une idée directrice?

Mastema : Il n'y a pas de concept, et plusieurs thématiques différentes sont abordées sur cet album. Mais il y a clairement quelques idées directrices, oui, qu'on retrouve comme un fil rouge dans la majorité des paroles. Le refus des vérités et des principes (moraux ou autres) imposés, la distance critique, l'individualisme dans le sens de la quête et de la poursuite d'un idéal personnel, le refus du compromis, etc. Souvent, il y a un cadre général ou du moins un point de départ d'ordre historique car cela fait partie de mes passions. Ce qui n'empêche, par ailleurs, ni de traiter de certains vices très actuels ni de verser parfois dans un certain onirisme, comme je l'ai fait sur "Ísland" par exemple. Bref je ne m'interdis aucun sujet mais il y aura toujours ces idées récurrentes qui traversent les morceaux. C'est un processus inconscient, je n'identifie ces fils rouges qu'a posteriori.

- Que pensez-vous des idéologies satanistes proposées par A.Szandor Lavey et Aleister Crowley? Y attachez-vous de l'importance ou pas?


Corvus : Le satanisme est un sujet vaste, et il y a autant de satanismes qu’il y a de satanistes. Tu trouveras donc énormément d’imbéciles mal dans leur peau s’autoproclamant satanistes, parce qu’ils ont lu 3 livres ressemblant à des grimoires, et parce qu’ils n’aiment pas les gens et la société. D’autre part, limiter le satanisme à Lavey et Crowley est à mon avis une erreur que font bien des non avertis, même si Lavey et Crowley ont chacun soulevé des points intéressants. Certains, par mon fonctionnement et ma vision de la vie, me qualifieraient de sataniste, mais je ne ressens nullement le besoin de mettre une étiquette sur ce que je suis. Ce qui m’importe plus que tout, c’est le développement de mon « essence », et Cult of Erinyes est ce qui me permet de grandir ; je le ressens à chaque fois que je compose la musique, car cette composition me renvoie à ma face la plus sombre, que je me dois d’accepter, de cristalliser et ensuite dépasser.  A partir du moment où le satanisme est organisé et basé sur une structure, il ne remplit plus sa mission. C’est un système de pensée bien plus personnel que les religions,  car orienté sur l’Homme en tant qu’individu et non sur l’Homme en tant que membre d’une organisation sociale. D’autre part, ce cheminement intérieur se doit  d’être basé sur une construction personnelle et en aucun cas sur un modèle ou un idéal à atteindre.

- Vous proposez de magnifiques artworks. Ces derniers apparaissent bien énigmatiques pour la plupart d'entre nous. que représentent exactement les deux covers de vos réalisations?

Mastema : Notre vision de l'aspect "graphique" du groupe est, pour l'heure, extrêmement simple. Nous essayons de trouver des images qui reflètent tout simplement l'esprit et l'atmosphère qui se dégagent de la musique. Les deux artworks sont très différents mais ils poursuivent chacun le même but. Et nous serions bien incapables d'en dire beaucoup plus. Par exemple, pour l'artwork de A Place to Call My Unknown, j'ai senti immédiatement que certaines de mes photos d'Islande, où je me suis rendu l'an dernier, collaient à notre musique. Pourquoi ? Aucune idée, ça s'imposait, c'est tout. Ensuite, nous avons immédiatement senti la façon dont ces images devaient être traitées. Tous les choix graphiques se sont faits de façon très naturelle. Comme pour la musique, en somme. Certains verront dans nos artworks, nos photos, etc. des projets très réfléchis et travaillés, mais vraiment, ce n'est pas le cas du tout. Généralement, l'une ou l'autre idée nous vient spontanément car cela correspond à ce que dégage notre musique, et cette idée ne fait souvent pas débat. Elle s'impose à tous comme une évidence. Il faut pouvoir lâcher prise sur ce que tu crées, ne pas vouloir infléchir ta création selon un processus intellectuel. A ce moment-là, les choses s'imposent naturellement.

- Pensez-vous qu'elles coïncident totalement avec votre musique?

Mastema : Comme je viens de le dire, c'était même notre unique critère...

- Vos pochettes sont à l'opposé de ce qui se pratique le plus souvent dans le microcosme du Black Metal. Es-ce un choix délibéré?

Corvus : Les pochettes sont simplement le reflet de notre vision de la musique, au-delà de la vision du Black Metal. Nous ne faisons pas du Black Metal pour faire du Black Metal ; nous jouons la musique qui nous correspond le mieux, au-delà des étiquettes ou des clichés souvent utilisés par ceux et celles qui n’ont rien à proposer de spécial.

- Au sein de "A Place To Call My Unknown" avez-vous tout particulièrement un titre de prédilection et pourquoi celui-là?

Mastema : Personnellement il s'agit de "Black Eyelids". Je pense que c'est notre titre le plus personnel, celui sur lequel nous nous sommes exprimés le plus librement de tous. J'aime le fait que nous ayons proposé un titre plus lent et suffocant, et je pense que c'est une idée à creuser pour le prochain album. J'aime sortir des codes traditionnels du black metal pour mieux exploiter les ambiances que ce style peut dégager. Des parties lourdes et lentes, des riffs au contraire accrocheurs, des passages instrumentaux éthérés,... Tout cela peut vraiment apporter une richesse supplémentaire et améliorer l'atmosphère globale d'un disque.

Corvus : Black Eyelids est également mon titre préféré, pour les mêmes raisons. Sous son début Doom à souhait se cache un final particulièrement oppressant et libérateur. Il est je pense le titre le mieux écrit de l’album, et j’en suis particulièrement fier.

- La variété est omniprésente pour cet album : je pense notamment à "Permafrost", ce morceau instrumental acoustique, à l'utilisation des voix claires sur "Velvet Oppression" et "Black Eyelids" se rapprochant du Doom, ainsi que l'utilisation des arpèges sur "Last Light Fading". Y Avez-vous songé avant la conception du LP?

Corvus : Pas vraiment. Car malgré cette variété, il y a un esprit commun à chaque chanson. D’ailleurs peut-être auras-tu remarqué que Permafrost est en fait la version acoustique du titre le précédant. Ce sont les mêmes émotions transmises à travers différentes sonorités. Cependant, étant donné la présence de passages assez radicaux, je dois dire qu’avec du recul, les passages ambiants arrivent régulièrement au moment opportun et permettent de reprendre quelque peu son souffle.

- Quelles sont vos attentes respectives avec la sortie de votre album?

Corvus : Je n’ai pas d’attentes précises car ce que Cult of Erinyes m’apporte ne dépend pas de bonnes chroniques, de bonnes ventes, et de bons concerts. La sortie de l’album représente la cristallisation d’un processus qui m’a enrichi dans mon cheminement, mais nullement une fin en soi. Cependant, je suis bien sûr heureux de la tournure des événements et le fait que LADLO Productions soit à fond derrière le Culte me pousse à me donner encore plus pour cette entité qui prend de plus en plus de place dans mon esprit.

- Comment voyez-vous l'avenir proche et/ou lointain de Cult Of Erinyes?

Pour ma part, je pense que nous sommes partis pour les 15 prochaines années, et plus si la santé le permet. Il n’est pas illusoire que nous retournions en studio en 2012 puisque les chansons s’accumulent de semaine en semaine. Mais il me semble essentiel que le prochain album ne soit pas une copie de A Place to Call My Unknown, donc ça demandera du travail, d’autant plus que l’effet de surprise dont on bénéficie pour le moment sera derrière au moment de la prochaine sortie.

- Comptez-vous donner des concerts? Ou alors, est-ce juste un projet studio?

Corvus : Nous donnerons des concerts, mais il est important que chaque concert soit spécial à nos yeux. Tu ne nous verras pas arpenter les routes tous les week end, car cela n’aurait aucun sens ni pour nous ni pour le public. On travaille avec un line up live pour être prêt lorsqu’une bonne opportunité se présentera et, parallèlement, on travaille sur des projections qui seront diffusées pendant nos concerts.

- Que pensez-vous de la scène Black Metal actuelle en Belgique et en dehors de vos frontières? Y-a-t-il des groupes que vous jugez dignes d'intérêt?


Corvus : Si j’ai un nom à conseilleur aux lecteurs, c’est Winterblind. Leur premier album est en téléchargement libre soit dit en passant. Ils ont moins de 20 ans de moyenne d’âge, et la maturité musicale de leur album me fait dire qu’ils vont au devant d’une carrière intéressante ! Il y a d’autre part les valeurs sûres que sont Enthroned et Gorath, mais également Sanctus Nex (à moitié belge) et Trancelike Void, dans un style aujourd’hui plus acoustique. La scène française est intéressante (BAN, Glorio Belli, Nehemah etc.) et l’Europe de l’Est possède vraiment des perles, à l’image des groupes de Roman Saenko.

- A votre sens, qu'est-ce qui différencie Cult Of Erinyes des autres combos de black qui apparaissent en masse?

Corvus :Je ne prête pas trop attention aux autres groupes, donc je ne suis pas certain de pouvoir répondre à ta question. D’autre part, je ne me situe pas par rapport à la masse. Le Black Metal n’est à mes yeux pas une compétition. Néanmoins, la pureté de notre démarche se ressent, je pense, dans notre musique, et cet aspect pur pourra plaire à certains.

Mastema : Question difficile. En fait pour être honnête, ça ne m'intéresse pas. Même si nous sonnions comme mille autres groupes, je n'aurais pas de regrets car cette musique reflète vraiment ce que nous sommes. Mais je pense néanmoins que nous avons une personnalité propre qui nous distingue de beaucoup de groupes. Je dis ça parce que j'entends énormément de formations qui jouent toujours la même chose, et c'est terriblement ennuyeux. Je n'ai pas la même impression quand j'écoute notre album. Bien sûr je manque de distance critique. Mais je constate, pour l'instant, que notre impression sur l'album est partagée par bien d'autres gens, auditeurs ou médias.

- Quelles seront vos nouvelles missions, plans d'attaque maintenant que votre LP est sorti?

Corvus : Nous serions des imbéciles si on se reposait sur les bonnes chroniques dont bénéficie l’album. Nous travaillons donc déjà sur le prochain album, avec la volonté de proposer une musique plus noire et intense. Bien des groupes se ramollissent au fil des années, mais je peux t’affirmer que le prochain album sera plus extrême.

- Pouvez-vous nous citer trois qualificatifs qui symboliseraient le mieux la personnalité du groupe?

Corvus : Envoûtant, oppressant, dégoûtant.

Mastema : Liberté, anti-conformisme, esprit critique. Ces trois choses n'en forment en réalité qu'une seule.

- Pour finir, je vous remercie d'avoir consacré du temps à moi-même et au webzine des Acteurs De L'Ombre. Je vous laisse l'honneur du mot de la fin…

Corvus: merci à toi pour cette longue interview. « Loin de la place publique et de la gloire demeurèrent en tout temps les inventeurs de valeurs nouvelles ». Voilà une phrase qui colle selon moi aux acteurs de l’ombre, au sens large du terme…

Mastema :
Merci à toi pour cet entretien.

 

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