Les acteurs de l'ombre

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Cauchemar, entrevue avec Annick Giroux

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CauchemarLes canadiens de Cauchemar sont actuellement en tournée en Europe et seront à Paris le dimanche 13 mai lors du Doom Over Paris V. L'occasion pour les acteurs de l'ombre de poser quelques questions à leur frontwoman, Annick, passionnée de Doom, de voyages et de cuisine !


Salut Annick ! Tout d'abord, puisqu'on est là pour ça, peux-tu nous parler un peu de Cauchemar : les débuts, les motivations et les objectifs du groupe ?
Salut Rémi! CAUCHEMAR ça a commencé comme un projet entre moi et le guitariste, François. On voulait faire un groupe de Doom métal traditionnel. Au début, j’étais la bassiste – mais on ne trouvait pas de chanteur, alors j’ai décidé de chanter. Je n’avais jamais chanté auparavant et ça m’a pris des mois pour arriver à trouver mon style… Aussi, on essayait de jouer du Doom, mais finalement nos influences Heavy Métal se sont mélangées; donc ça a donné un genre de mix bâtard de Heavy/Doom!! Notre objectif c’est de jouer du métal comme on l’aime… avec de bons riffs, des paroles fantastiques et de la magie!

Vous n’avez pour l’instant sorti qu’un EP, « la Vierge Noire ». Peux-tu nous en parler plus en détail ? Est-ce que le titre fait référence à la vierge noire des gitans ?
Le EP de la Vierge Noire c’est un mini album de 5 chansons qui est sorti en 2010 sur Nuclear War Now! Productions à San Francisco. On l’a enregistré à Ottawa, en 10 heures, dans le studio d’un ami – avec de l’équipement bien vintage (amplis Orange et Sunn!!) L’album fait un tout, sans tout à fait être un album concept. « La Vierge Noire » c’est en fait Isis qui était adorée dans certaines régions d’Europe… et quand le christianisme est arrivé, les chrétiens l’ont intégrée pour attirer ses adorateurs. On en retrouve plusieurs en France, et on va aller en visiter quelques-unes lors de notre tournée!

J'ai l'impression que les groupes français préfèrent souvent écrire en anglais, mais que les Québécois hésitent moins à utiliser le français. Y a-t-il une revendication particulière, identitaire ou autre ?
Le métal canadien-français est chose assez récente. On retrouve des paroles françaises quasi uniquement dans le Black Métal! Pour notre groupe, on utilise le français parce qu’on aime le métal made in France des années ’80 (H-Bomb, Vulcain, Sortilège, Blasphème, etc…) et parce que ça a une sonorité mystique. C’est aussi notre langue, et c’est plus naturel pour nous de nous exprimer de cette façon.

D'après ce que j'ai compris, vous êtes en train de faire le tour du monde, as-tu des souvenirs amusants ou frappants à nous faire partager ? Quels pays avez-vous visités ?
Le guitariste (mon mari!) et moi faisons le tour du monde, en effet! Ça fait presque un an et demi qu’on est partis, sans retourner encore chez nous. On a visité (en ordre) ces pays : Mexique, Colombie, Chili, Argentine, Bolivie, Pérou, Japon, Corée du Sud, Chine, Vietnam, Laos, Cambodge, Thaïlande, Malaisie, Inde, Népal, Espagne, France, Allemagne, Danemark, Angleterre… et là, avec la tournée, on s’en va en Belgique, on retourne en France, ensuite on se dirige vers la Suisse, l’Italie et la Suède. On va voyager jusqu’à ce qu’il ne nous reste plus de sous! Je crois qu’après notre tournée, nous allons aller en Europe de l’Est. Mais ça dépend de l’état de notre portefeuille, haha… En tout cas, on a tellement de souvenirs, c’est vraiment fou! Je pourrais en écrire un livre. C’était vraiment cool de rencontrer des métalleux de pays éloignés. Par exemple, en Thaïlande, les jeunes métalleux saluent les plus vieux en joignant les mains ensemble – comme une prière, en signe de respect! La plupart des métalleux Malaisiens ne boivent pas à cause de leur religion, donc quand ils disent « allons boire un coup! » c’est des trucs sucrés sans alcool! Haha! À Medellin, en Colombie, tu peux boire dans la rue… et les gens boivent du rhum dans des boîtes en cartons (style litre de lait) avec une paille. On dirait qu’ils ne se saoulent jamais!! Ils rentrent dans les concerts avec leurs propre alcool, et ça ne dérange personne. Je peux dire sincèrement que la scène de Medellin en Colombie était la plus intense côté métal… j’ai eu la chance de voir WITCHTRAP en concert, et c’était comme s’ils avaient appelé le diable, et il s’avait montré la face! Il y avait tellement d’énergie ce soir là…. 150 personnes à l’intérieur de la salle, capacité pleine… et 150 personnes à l’extérieur! La sueur nous coulait tous sur le corps, et tout le monde connaissait les paroles… c’était vraiment quelque chose. C’était aussi très cool de voir ACCEPT en Bolivie à 3800 mètres d’altitude! Le pauvre chanteur a dû prendre de l’oxygène quelques fois pendant le show!

Tu es aussi impliquée dans un fanzine dédié au doom metal, peux-tu nous en parler ? Et puis c'est quoi cette fascination des doom-metalleux pour les templiers ?
Le fanzine de doom métal, Les Templiers, fut conçu par moi-même et François en 2010. On a sorti deux numéros avant de partir en voyage. Au début, je voulais seulement faire des pamphlets de propagande anonymes avec des biographies de groupes de Doom traditionnel, mais finalement on a décidé de faire un zine francophone qu’on donnait gratuitement dans des magasins de disques et dans des concerts. On a décidé de faire ça, car les gens locaux croient que le Doom c’est du Death-Doom ou bien du Stoner… et on voulait un peu éduquer la masse, hahaha… ça a finalement pas mal fonctionné! On a aussi organisé un mini festival avec Pagan Altar/Revelation/Blood Ceremony qui a été un bon succès!!! Je ne savais pas que les doom-métalleux étaient aussi fascinés que ça avec les templiers, mais pour nous c’est un peu un truc pour «protéger la route des pèlerins… du Doom! ». On va déménager à Ottawa après notre voyage autour du monde, et vu que la scène locale est surtout anglophone là-bas, on va continuer le fanzine en anglais. Cependant, on va continuer à vendre nos anciens numéros en français… on va en avoir au show de Paris si vous êtes intéressés!

Pour toi, le doom metal, c'est quoi ? J'ai parfois entendu des avis très tranchés de la part d'"intégristes" du doom trad'... En tant que spécialiste, que penses-tu de tous les courants qui se revendiquent issus du doom, comme le funeral doom par exemple ?
Pour moi, le Doom, c’est tout ce qui est influencé par Black Sabbath. Je n’entends pas d’influences Sabbathiennes dans le funeral ou le death-doom, donc je ne considère pas vraiment pas ça du Doom… en fait, j’en écoute pas du tout, haha! C’est quasiment comme si ça n’existait pas pour moi!

Tu es aussi l'auteur d'un livre de cuisine (Hellbent for cooking) qui recense les recettes préférées des groupes de metal. Comment as-tu eu cette idée et a-t-elle été difficile à mettre en œuvre ?
J’ai eu cette idée un dimanche matin il y a quelques années, en allant faire du magasinage de disques. Le dimanche, je suis souvent pas mal amochée parce que j’ai trop bu la veille (chez nous, on appelle ça le « lendemain de la veille! ») et mes idées sont tout croches. Dans ce temps là, j’achetais souvent des livres de recettes usagés en allant faire mon magasinage de disques. J’ai donc eu la semi-brillante idée de combiner les deux… demander à mes groupes préférés de métal leurs propres recettes, et les combiner pour en faire un livre!! En revenant chez moi, j’ai contacté plein de groupes et j’ai reçu une vingtaine de recettes, qui se sont retrouvées dans mon fanzine de métal, Morbid Tales. Quand Morbid Tales est sorti, Ian de la maison d’édition Bazillion Points m’a contacté et m’a proposé de faire un livre en couleur… ce que j’ai fait… en 6 mois! J’ai contacté plus de 400 groupes, j’ai recueilli une centaine de recettes, fait les recettes et pris les plats en photo, j’ai fait le design, de la recherche, de l’écriture, etc… c’était pas mal de travail. J’ai dû laisser faire ma vie sociale pour un bon bout de temps, mais ça a valu la peine! Je crois que le plus difficile c’était de trouver certains ingrédients… et de faire les recettes avant que le soleil se couche pour que la lumière soit bonne sur les photos. Je n’ai pas de studio de photographie donc j’ai pris presque toutes les photos dehors sur ma terrasse. Difficile quand on travaille…

 
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