Bien qu’elle n’ait pas connu un grand succès du vivant de son créateur, l’œuvre d’Howard Phillips Lovecraft perdure depuis des décennies, inspirant, entre autres, les musiciens. Parmi ces derniers, on peut citer Metallica (The Kall Of Ktulu, The Thing that should not Be, All Nightmare Long ) ou encore Black Sabbath (Behind The Wall Of Sleep). Mais, loin de se satisfaire d’un ou deux morceaux, d’autres vont jusqu’à consacrer un album entier à leur fascination pour les travaux du célèbre écrivain d’horreur, The Great Old Ones sont de ceux-là. Formé en 2009 à Bordeaux, ce qui était d’abord le projet solo de Benjamin Guerry (chant, guitare) s’est enrichi de 4 autres membres avant de sortir chez LADLO Productions son premier album : Al Azif.
Du noir, un peu de bleu glacial, quelques touches de vert glauque, la pochette d’Al-Azif illustre à merveille l’univers où nous nous apprêtons à entrer. L’angoisse y est indéniablement présente, mais aussi indéfinissable que les formes rampant au bas de ladite pochette. Personnellement, elles m’évoquent des tentacules qui happeraient l’auditeur dans l’atmosphère pesante et mystérieuse de l’opus. Car ce que distillent les Bordelais, ce sont des ambiances où les ténèbres sont à la fois omniprésentes et polymorphes, fidèles à ce que dégagent les écrits de Lovecraft. Pour arriver à ce résultat, les 3 guitares offrent une large palette de nuances qui permettent aux titres de tenir sur la durée sans jamais lasser l’oreille. Tout aussi efficace, l’impeccable voix black est en osmose avec des paroles où l’Homme est le jouet de forces, intérieures et extérieures, qui le dépassent et le brisent.
Si une chronique linéaire dissonerait avec l’homogénéité d’Al-Azif, je m’arrêterai néanmoins sur l’excellent duo qui forme le cœur de l’album : Jonas et Rue d’Auseil.
Tel le prophète éponyme, nous sommes jetés par le premier de ces titres dans une mer froide et menaçante. Puis, après un ralentissement oppressant en milieu de morceau, le monstre nous engloutit dans ses entrailles abyssales où nous sommes broyés à grands coups de blasts.
Une fois recrachés par l’aquatique créature, nous sommes charmés par le violoncelle qui nous accueille dans la rue d’Auseil. Celle-ci s’avère être la chanson la plus diversifiée de l’album, notamment agrémentée d’un pont mélodique surprenant, proche du jazz. Inspirée de la nouvelle The Music Of Erich Zann, Rue d’Auseil nous invite à contempler l’abîme aux côtés du violiste éponyme et à nous laisser emporter par les étranges créatures qui en sortent.
Cerise sur le gâteau, la production équilibre parfaitement les éléments de la musique de TGOO et magnifie les atmosphères mises en place.
Al-Azif est l’un de ces opus capables de vous faire oublier le monde extérieur pour vous plonger dans son chaos personnel et plusieurs écoutes n’auront pas raison de la puissance hypnotique des chansons. Le black ambient de TGOO a quelque chose d’aérien et de sophistiqué fort différent du style viscéral et quasi impénétrable de certaines autres formations. C’est cette accessibilité qui permet même au néophyte de s’ouvrir totalement à cette musique et de profiter de sa richesse émotionnelle. Ce premier album est une belle réussite pour les Bordelais, espérons qu’ils continuent d’arpenter les voie de l’excellence pour leurs prochains travaux.
Tracklist :
01 - Al Azif
02 - Visions of R'lyeh
03 - Jonas
04 - Rue d'Auseil
05 - The Truth
06 - My Love for the Stars (Cthulhu Fhtagn)
Line-up :
Jeff Grimal – chant, guitare
Benjamin Guerry - chant, guitare
Xavier Godart - guitare
Sébastien Lalanne - basse
Léo Isnard - batterie
Label : Ladlo prod
Site : http://thegreatoldonesband.com/
Myspace : http://www.myspace.com/thegreatoldonesband







