Les acteurs de l'ombre

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Opium Dream Estate - Funeral in Narragonia

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Après avoir chroniqué par deux fois le projet néofolk de Sébastyén D., Opium Dream Estate, j’ai le plaisir de réitérer avec son nouvel album « Funeral in Narragonia ». Je l’avais découvert avec « Estranged Memories », ce qui m’avait poussée à écouter les albums et EP le précédant, et ensuite j’avais écris pour « Unveiled ». Tout ceci m’avait confirmé mon heureuse découverte : un projet darkwave/néofolk français qui tient la route, un projet créatif, beau, ambitieux d’autant que Sébastyén est seul aux commandes. Même si, comme nous allons le voir, il se trouve épaulé par de talentueuses personnes, parfois, pour certaines chansons. Dotée d’une connaissance positive sur ce projet, donc, depuis que je me suis immergée dans l’univers sombre et feutré d’Opium Dream Estate, c’est en confiance que j’aborde la découverte de « Funeral in Narragonia ». A priori, attendons-nous à quelque chose de sombre, donc, au vu du titre… Impression confirmée par une pochette presque entièrement noire, traversée d’une sorte de brume mélancolique. Apprenant à connaître le projet de mieux en mieux, il me fut toutefois donné d’entrapercevoir les éclats solaires dans cette mélancolique darkwave… poursuivons donc ce voyage.

L’introduction, « The Dream », ne laisse aucun doute quant à l’atmosphère de l’album : notes de clavier sombres et résonnantes, murmures lointains, comme perdus dans un rêve. Morceau dépouillé et déjà tellement évocateur… Une porte ouverte sur la suite,  qui arrive avec « Where the Blacks Swans die ». Le titre en lui-même, déjà, est plein de poésie sombre, la musique en est tout autant. Accords de guitare acoustique, balade néofolk nimbée de mélancolie : la voix de Sébastyén, toujours empreinte de ces émotions tristes et oniriques, nous dépend cette rivière où glissent les cygnes noirs… Ce magnifique deuxième titre achève de nous immerger dans les pages de ce nouvel album. C’est accrocheur, triste, délicieusement évocateur : de nombreuses images me traversent la tête, tableaux, films, poèmes, silhouettes fragiles… ce pouvoir d’évocation se conserve tout au long de « Funeral in Narragonia ». Sur « Visions », justement, la voix feutrée de Sébastyén nous murmure ‘’open your eyes’’, comme pour sortir d’un rêve, d’un long et triste sommeil, ou bien ouvrir nos perceptions aux beautés qui nous entourent… Ce morceau, lent, a quelque chose d’un peu languissant, d’étrange. Une escale dans un rêve perdu, avant la parenthèse instrumentale que constitue le bref titre « Lulled to Lunacy (Awaken by Death) ». Ce titre là dénote assez des autres, et s’il s’éloigne de la néofolk pour se rapprocher de l’ethereal, c’est parce que Sébastyén aime composer des tableaux musicaux variés. Et c’est très bien ainsi.

Des tableaux… Nous en trouvons dans le beau livret de ce cd. Deux artistes ont prêté leur talent à l’univers d’Opium Dream Estate, et ce fort magnifiquement. Il s’agit de Maria Labuena et Wladyslaw Podkowinski. La première, jeune peintre contemporaine, propose un univers élégant, imprégné de romantisme noir et du symbolisme du XIXeme siècle. Ses portraits reflètent à merveille l’atmosphère des titres d’ODE, tout en demi-teintes, traits noirs et couleurs sombre. Le second, peintre et illustrateur polonais du XIXeme siècle (1866-1895) a laissé au cours de sa vie brève des œuvres fortes et poignantes. Sébastyén a choisi son tableau le plus connu, intitulé « La Folie », qui évoque tout à la fois une impression de liberté et l’oppression des ténèbres. Ces deux sentiments, nous pouvons par moment la retrouver dans les titres d’ODE. L’oppression, je la ressens d’une certaine façon dans « Canto XLV (with Usura) ». Avec ce titre, écrit par Ezra Pound, on effleure le dark ambient, on se plonge dans quelque chose de vraiment froid, plus inquiétant avec ces étranges psalmodies dans le lointain…Mais la lumière, s’infiltrant entre les brumes, n’est jamais lointaine… je la retrouve, un peu, avec ce titre « Season of the Wind », plus solaire tout en conservant une certaine tristesse, et qui se trouvait sur son album d’aout 2010 «Through the White Landscape ».

Il y aurait encore beaucoup à dire… mais j’ai l’impression d’en avoir déjà presque trop dit, je ne parlerai donc pas davantage des titres de cet album. Ou si, peut-être quelques derniers mots pour « Die Toteninsel », dont les paroles ont été écrites par une musicienne croate : Sheita. C’est également elle que nous entendons chanter, sa voix éthérée et profonde bercée par une obsédante mélodie dark-folk au clavier. Ce titre est, à mon sens, hallucinant de beauté, peut-être mon préféré de l’album. Mais je ne veux pas en dire plus, j’espère déjà que ces quelques lignes vous donneront envie d’écouter cette nouvelle merveille. De vous laisser envoûter par ce nouveau joyau sombre dans le parcours d’Opium Dream Estate, dans les chemins à travers lesquels nous guide Sébastyén D. Chemins que je souhaite longs, très longs. Bon voyage, une fois de plus…

Tracklist :
1. The Dream    
2. Where The Black Swans Die    
3. Visions    
4. Lulled To Lunacy (Awaken By Death)    
5. Die Toteninsel    
6. Season Of The Wind    
7. The Day My Wish Was Gone    
8. Canto XLV (With Usura)    
9. The Widow
10. Novum Navis Stultorum
11. Song For The Dwellers

Site : http://opiumdreamestate.bandcamp.com/
Label : http://seventhcrowrecords.bandcamp.com/

 

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