Les acteurs de l'ombre

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

09/03/2014 - Oranssi Pazuzu + Glorior Belli + Phazm + Bast @ Glazart

Envoyer Imprimer PDF

FlyerHasard malheureux des programmations métalliques parisiennes une fois encore, puisqu’en ce dimanche les parrains de la scène mélodeath de Gothenburg se trouvaient sur le même créneau dominical que la valeur psychédéliquement montante du black metal finlandais, et si le retour des travailleurs du sol sur nos terres après une longue absence avait de quoi en réjouir plus d’un, votre serviteur en fan de la première heure inclus, on pouvait craindre, toutefois, que leur notoriété fasse de l’ombre à la concurrence en matière de metal extrême.

 

 

Bast

BAST

Comme pour abonder dans le funeste sens de cette hypothèse, c’est dans un Glazart quelque peu clairsemé que le trio de furieux en provenance de la perfide Albion va se fendre d’un set ténébreusement tonitruant et sans répit ni pitié pour les tympans. Pour une première partie Bast va taper en plein dans le 666 avec son mélange magmatique de black à la barbarie volcanique, de marasme sludge poisseux et d’éphémères effervescences psychédéliques.

Bast

Les groupes d’ouverture d’une telle qualité sont assez rares pour être signalés, force de frappe et puissance d’attraction sont telles que l’assistance est rapidement happée par la pression hypnotique que les musiciens exercent sans discontinuer, Bast fait l’effet d’une boule de nerf bestiale prête à frapper de partout à tout moment et on ne sait jamais trop à quoi s’attendre si ce n’est à s’en prendre plein les oreilles en permanence.

 

Phazm

PHAZM

On ne s’attendait en tout cas point à ce que le spectacle prenne prématurément fin, sur forfait d’un batteur dont le poignet n’a visiblement pas supporté la pression impérieuse que son propriétaire lui infligeait pour tenir la furie de la créature anglo-saxonne en respect rythmique, premier tracas d’une longue série d’impondérables mineurs qui va frapper discrètement tous les groupes de la soirée,  Phazm en fera aussi les frais un peu plus tard.

Pour le moment, l’heure est aux retrouvailles, les black’n’rollers du bayou n’avaient pas foulé les planches parisiennes depuis belle lurette, comme leur leader ne manquera pas de le souligner non sans une certaine émotion, et des deux côtés de la scène le plaisir de retrouver l’autre est palpable, par ailleurs l’auditoire se fait nettement plus dense pour l’occasion.

Phazm

On retrouve nos nancéens nécrophiles comme on les avait laissé, conciliateurs téméraires de l’esprit rock’n’roll  et du black nécromantique éclaboussé de blues boueux, amoureux de gros riffs et de carcasses putréfiées, de préférence facticement exposées à la vue de tous sur le bord de la scène en un simulacre décoratif digne d’un vestiaire de sfx pour zédards horrifiques.

Enfin presque comme on les avait laissé, l’ami Pierrick ayant troqué sa flamboyante chevelure flavescente pour un sobre bonnet dans lequel ses restes de tignasses se sont réfugiés, détail plus digne d’un magazine de mode que d’un webzine musique, certes, mais quand on a vu notre homme un nombre incalculable de fois donner furieusement de la crinière en concert, on ne peut s’empêcher d’avoir la kératine nostalgique devant cette débâcle capillaire.

Phazm

Heureusement, pour l’essentiel la recette demeure aussi ragoûtante sur le plan sonore, Phazm a toujours dans sa marmite en ébullition musicale les mêmes ingrédients imparables qui ont fait la recette de son succès et cette tambouille intempestive prend toujours aussi facilement, c’est même encore meilleur quand on en avait pas eu depuis longtemps, faut bien l’avouer.

On aura même droit à du nouveau, avec l’interprétation d’un titre tiré d’un futur répertoire et intitulé « Hunger », inspiré par un certain Gollum, nous fait savoir mystérieusement Pierrick, moi j’aurais plutôt pensé en cinéphile facétieux à un hommage à Steeve Mac Queen, mais enfin, chacun ses références, le refrain « we love the dead » entonné à l’unisson par l’assistance en restera une manifestement que tout le monde partage ce soir.

 

Glorior Belli

GLORIOR BELLI

Autre groupe rare qui distille ses apparitions au compte-goutte comme un brasseur de houblon clandestin le ferait de sa production à l’époque de la prohibition, les nouveaux clients du saloon rock sudiste et leur black qui n’en est pas tout à fait constituent la transition parfaite avec leurs prédécesseurs eux-mêmes bâtards débridés de l’art noir, un vent de poussière et de braise se lève à mesure que les premières notes s’égrènent avec une langueur aride.

Un peu trop de langueur au goût de Gozmul d’ailleurs, notre camarade qui s’éveille pour la toute première fois aux arcanes de la formation française sera en proie à une léthargie sensiblement similaire à celle du malheureux errant trop longtemps dans le désert en plein soleil, vient toujours cet instant fatidique où le malheureux en question se retrouve fatalement victimes d’insolations hallucinatoires, ici sous la forme de cette interrogation désabusée :

« C’est du black metal, ça ? »

Eh oui, après quelques pérégrinations introductives d’usage où la troupe parisienne allait bon train dans les royaumes souterrains du grand cornu et ses copains, la voilà qui remonte à la surface pour faire le plein de particules fines et de poussière à l’américaine, fini les promenades à cheminer au milieu des ombres et créatures à fourches.

Glorior Belli

Bienvenu aux grands espaces sans espoirs, vastes prairies à la broussaille saumâtre, réserves à ruminants mononeuronés et autres détours dans la fournaise de plaines à l’infini infernal. Glorior Belli a remis son inspiration en selle pour faire trotter sans contrainte de style ses compositions le nez dans le sol brûlant, un peu comme du stoner traînant et tête ténébreusement brûlé.

On aime ou on aime pas, forcément le rythme s’en ressent un peu, quand bien même les incursions rétrospectives dans le répertoire de l’époque blacker than black redonne le frisson des secousses bien sales que « Manifesting the Raging Beast » filait à l’épine dorsale par sombres intermittences, ça blaste comme on donnerait des coups de cravaches à un taureau en rodéo.

Seul semblant de bémol à ce set somme toute respectable, la décontraction de redneck qui s’en carre le coquillard avec laquelle l’ami Infestus à l’air de prendre les choses et surtout le public à parti, un peu comme un vieux paysan à deux de tension en pleine foire aux bestiaux lors du salon de l’agriculture, ses sollicitations à l’assistance sonnent genre : « ça va la noireaude, tu aimes le concert ? Bieeeen, gentille, ma noireaude, geeeentiiille ! »

Glorior Belli

Le ressenti est possiblement exagéré, mais le côté brave gars près de son public tranche un peu avec les compositions scénographiques usuelles des frontmen du fond de l’enfer, savamment méchants et à l’aise dans la maîtrise de leur sujet mais pas non plus trop proches de l’auditeur, ce manque de mystère déconsidère un peu l’aura racée de Glorior Belli.

Cela étant dit, difficile de leur faire un quelconque reproche tant un bref coup d’œil à la set list et son humour potache teinté de jeux de mots qui tachent laisse à penser que ne pas se prendre au sérieux semble être une seconde nature chez nos amis, plutôt qu’un manque d’implication dans leurs œuvres live, ce qui est un choix tout à fait honorable, mais la prochaine fois un peu de malévolence bénévole serait bienvenue.

 

Oranssi Pazuzu

ORANSSI PAZUZU

Nos finlandais de fin de soirée ont fait en ce qui les concerne le choix de prendre beaucoup plus au sérieux leur statut de tête d’affiche à la réputation exponentielle, non seulement leur prestation sera des plus professionnelles, avec un panel de lights d’une virulence visuelle avisée assorti d’un son véritablement monstrueux, mais encore et surtout d’une implication impeccable sur les planches, on monte radicalement en grade sur le plan de l’intensité.

Une intensité qui tient en grande partie à la puissance cosmique de sonorisation utilisée pour l’occasion, gare aux malheureux dépourvus de protections sonores adéquates (je sais de quoi je parle ^^), affronter la folie instrumentale du phénomène from Finland sans les précautions d’usage c’est comme regarder le soleil dans les yeux, voire même plus encore, se prendre une super nova en pleine tronche, crémation intersidérale garantie.

Oranssi Pazuzu

En grands voyageurs musicaux versés dans les expérimentations sans frontières, les membres du groupe se livrent toujours avec une versatilité virevoltante à des allers-retours instrumentalement haletants entre les hauteurs bariolées de l’empyrée psychédélique et les sombres souterrains de l’outre-monde menaçant, embarquant l’auditeur peut-être un peu déboussolé dans leur vaisseau sonore pour des titres exploratoires qui frisent autant la traversée chamanique que la messe noire exaltée.

L’exaltation la plus tangible toutefois étant celle perceptible à l’écoute des imprécations hargneuses expectorées dans la langue du Nazaréen empalé et du Karjalanpiirakka par un frontman six-cordiste d’une classe effrontée, lequel se permet et de nous vomir sa vindicte avec conviction et d’infuser sans riff férir la foule de volutes guitaristiques à faire danser un gang de hippies sur la tombe de Jimmy Hendrix en invoquant les mânes de Jim Morrison.

Oranssi Pazuzu

CONCLUSION

Un rappel volcanique et quelques déluges d’applaudissements plus tard, Oranssi Pazuzu s’évanouira dans la nature au terme d’un dernier momentum de tension écarlate, comme les lueurs rougeoyantes d’un feu sur la fin qui se meurent discrètement dans la cendre, triste sort qu’aura connu une de nos infortunées consœurs en cette ardente soirée, puisse-t-elle continuer à faire des étincelles dans le cœur de ceux qui l’auront connue.

Oranssi Pazuzu

 

(Galeries Photos)

Report par BHC, Photos par Gozmul

 
Bannière

Recherche

Prochain concert de l'asso

Pas de concerts.
Twitter Image
Facebook Image



Partenariat

Petites annonces du forum