Les acteurs de l'ombre

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Aezh Morvarc'h, entretien avec Arnev

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Groupe de True Breton Black Metal, Aezh Morvarc’h est la création d’un seul homme : Arnev. Une recherche Internet suffit pour constater que le sieur a jusqu’ici entouré son travail d’une aura de mystère qui s’accorde avec l’hermétisme de ses textes en breton. À l’occasion de la sortie de Mare Humorum, son premier EP, au format tape chez Emanation, Arnev nous en apprend un peu plus sur sa musique, ses projets et la langue bretonne dans cette interview-fleuve passionnée et passionnante.

 

Bonjour et merci de répondre à ces questions pour Les Acteurs de l’Ombre.
Pas de compte Facebook, rien sur les bases de données habituelles, un bandcamp minimaliste, juste une courte biographie sur le site de notre label, Aezh Morvarc’h est un groupe assez mystérieux. Pouvez-vous nous conter son histoire et présenter ses membres ?

L'histoire d'Aezh Morvarc'h ne commence pas par celle d'un groupe mais d'un projet solo. À un âge où on cherche à dire « Merde » aux adultes et au système parce qu'on sent que tout va « a-dreuz »*, où on cherche à s'évader et se rendre inutile, je dépoussiérai un piano sur lequel, quelques années auparavant, ma mère tentait vainement de m'enseigner le B-A-BA du solfège à coup de « frère Jacques ». Depuis, je milite CONTRE les méthodes de torture musicale infantile et POUR l'éducation des oreilles adultes grâce à la découverte du Métal : entre le classique « frère Jacques » et la « souris verte » d'Ultra Vomit, 'y a pas photo. Le piano avait sûrement dû souffrir autant que moi, ce qui explique qu'il nous a fallu 5 ans pour nous en remettre et recommencer à se parler. Au même moment, je découvris la langue bretonne et qu'elle avait aussi souffert (« frère Jacques » ayant été courageusement traduit par un.e anonyme toujours en cavale). Je découvris également sa littérature, son architecture et une omniprésence du surnaturel et du diabolique. Je m'attachai donc à dire « Merde » à la société dominante en faisant grincer mes touches d'ivoire désaccordées aux couleurs du Gwenn-ha-du. L'achat de mon premier synthétiseur me permit ensuite d'enregistrer pendant 4 ans des compositions qui sont encore au réfrigérateur ou dans une épave au fond de la baie des Trépassés. Fin 90, début 2000 furent les années les plus productives de ma vie musicale ; tout ce travail accumulé viendra nourrir les futurs albums d'Aezh Morvarc'h.

Vint ma première guitare, tout aussi désaccordée que mon premier piano (braderie oblige), qui créa chez moi une accoutumance.et me fit rechercher un autre mode d'accordage, plus typé et cohérent par rapport à l'univers celtique musical que j'essayais de m'approprier ; c'est alors que je pris mes premiers cours de guitare celtique en DADGAD avec un élève de Dom Duff.

Quelques amis musiciens ont croisé mon sillage, ont suggéré son nom à force de répéter que les images que leur inspirait ma musique était la mer et les chevaux : Aezh Morvarc'h était né. Je décidai de finaliser seul l'enregistrement des instruments, la batterie mise à part. C'est à Melbourne que je rencontrai Mornoz qui accepta l'année suivante d'y participer jusqu'à l'écriture de son point final. L'éloignement ne pouvait faire de lui qu'un musicien de session. Je m'arrêterai là en ce qui concerne le line-up actuel qui n'est pas celui de la sortie Tape de Mare Humorum. Ce qui est certain c'est qu'il sera amené à s'étoffer. Nous en reparlerons à la sortie du second EP prévu fin 2016.

*bretonnisme en usage du côté de Brest et signifiant « de travers » ; ami.es Brestois.es, salut !

Que signifie « Aezh Morvarc’h » ?

Aezh Morvarc'h est une construction génitive qui indique la possession et en même temps la provenance de vapeur, « Aezh », émanant du cheval marin « Morvarc'h ». Cette vapeur représente iconographiquement son expiration et musicalement mon inspiration.
Au-delà de ce commentaire lexical, ayant le goût des téléscopages de sens et de formes, j'ai voulu y associer des références homophones, tantôt au personnage féminin de la légende de la ville d'Ys appelée Dahud mais également Ahès, tantôt à mon identité civile dont les initiales sonnent comme ces deux syllabes : A-S. Derrière ce simple titre s'amalgament ou s'imbriquent un ensemble d'éléments qui font partie du même terreau où je puise toute une symbolique à laquelle les paroles des chansons font écho.

Ce nom a été inspiré par Morvarc’h, destrier du roi Gradlon le Grand, dont on peut encore voir la statue fièrement dressée entre les flèches de la cathédrale Saint-Corentin, à Quimper. Pourquoi ce choix ?

C'est un personnage animal, non-humain, ambivalent, dont la source littéraire est inconnue, obscure, qui se noie dans la nuit des temps. Il représente ce que mes chansons véhiculent : l'évocation nébuleuse d'une source de puissance primordiale accessible en ce monde et non pas sur ce monde, une harmonie organique et élémentale mêlant le féminin, le lunaire et l'aquatique, en bref, le pré-chrétien diabolisé.

Tous vos textes sont écrits en breton, pourquoi cette décision ?

Parce que l'énergie qui se meut en moi et qui requiert tout mon potentiel vital dans mon effort de composition s'apparente à celle de la victime rebelle. C'est cette énergie que j'essaie de cristalliser dans ma musique à toutes les étapes : du choc à la résignation, du charnel au spirituel, de la fatalité à l'espoir, dans un mouvement de spirale perpétuelle. Le cheval incarne cette énergie, à la fois proie des prédateurs et outil de conquête pour l'Homme civilisateur.

Le breton est pour moi la voix de mon cœur et de ma dignité. C'est par cette langue que j'ai repris goût à la vie, cette langue qui, pour plusieurs générations de stigmatisés, a représenté la honte d'une identité négative à laquelle je me suis identifié mais qui est la seule par laquelle on m'ait appris à m'interroger au lieu d'accepter de se voir emplir la tête de réponses futiles, moyen pour le maître de ne pas laisser d'espace critique à ses esclaves intellectuellement lestés. Le breton, c'est une démarche personnelle vers une reconquête de liberté universelle à inventer, l'énergie d'un vieil et sage esprit dans un corps jeune revigoré. Aezh Morvarc'h est la bulle d'air qui me remonte, suffoquant, à la surface.

De nombreux auditeurs ne le parlent pas et le contenu des paroles est donc assez hermétique. Pouvez-vous expliquer quels y sont les sujets abordés ?

Les textes seront publiés et traduits bientôt sur le site du groupe pour l'instant en chantier mais voici ce que je peux vous en dire d'ores et déjà : la magie de Morvarc'h est de pouvoir parcourir terre et mer mais on ne sait où a commencé son périple. Le sujet par lequel Aezh Morvarc'h est entré en scène est donc la révélation de sa naissance depuis les profondeurs abyssales où le cœur magmatique de la terre en fusion rencontre la robe des eaux glaciales de l'océan primordial et de quelle manière ce choc originel résonne dans nos chairs. C'est un voyage civilisateur où l'Humain apprend à le devenir à la condition de ne pas s'y limiter. Il y est question de génération et de regénération, des épreuves que l'on traverse et de notre capacité à invoquer des figures mythiques telles Morvarc'h, clé des énergies vitales primaires qui sommeillent en chacun, comme autant d'exemples dont nous pouvons adopter les postures afin de faire levier sur le destin et, par là, de le faire basculer de l'échec à la victoire.

Envisagez-vous un jour d’écrire et de chanter en français, même ponctuellement ?

Pas dans le cadre d'Aezh Morvarc'h qui est une œuvre exclusivement dédié au génie breton. En revanche, il m'est arrivé de prêter ma voix en français à certains projets comme HORROR FREAK pour son album à sortir « Le Théâtre Des Monstres ».

Aezh Morvarc’h existe depuis 1996 mais Mare Humorum n’a vu le jour que bien des années plus tard. Comment s’est déroulée la composition des morceaux ?

J'ai commencé à composer en 1996 mais le concept Aezh Morvarc'h ne date que de 2008. C'est sous cette bannière que toutes mes musiques sont désormais retravaillées. Les morceaux figurant sur Mare Humorum et sur l'EP suivant ont donc été pensés et composés entre 2008 et 2010 de manière discontinue. Sans que je puisse me l'expliquer, j'ai consacré mes dernières compositions en date aux premières sorties officielles du projet.

Où a eu lieu l’enregistrement ? Comment s’est-il passé ? Qui s’est chargé de la production ?

Ces 2 EPS ont été enregistrés à la maison familiale pour les guitares, à l'aide d'un tracker, tout comme le faisait Valfar de Windir, et ce à la veille de mon premier départ pour l'Australie en octobre 2010. J'y ai consacré des journées entières de 8 à 10 heures, oubliant souvent de me nourrir et même de boire. C'est dans la sueur, de manière artisanale, sous les combles, que Mare Humorum et sa suite ont été immortalisés. Pour moi, c'est ça la musique extrême, une expérience qui porte jusqu'aux limites d'abstraction de la fatigue physique, tant le travail de finalisation est obsédant.

C'est Justin « Mornoz » MIN, bassiste et chanteur actuel d'Oligarch, qui s'est chargé de la production, du mixage et du mastering. C'est à Melbourne que j'ai fait sa connaissance, il connaissait pas mal de groupes français de Black Metal qu'il appréciait et s'est montré très enthousiaste et personnellement impliqué du début à la fin de notre collaboration. C'est chez lui que les parties vocales et les lignes de batterie ont été enregistrées, entre mai et juillet 2012, deux ans après que les guitares aient été enregistrées et presque quatre ans après le début du processus de composition ; mais ce qui me permet de tenir la route malgré des échéances lointaines et des sessions de travail très éloignées les unes des autres est l'extrême détermination qui m'anime et la netteté de l'image à laquelle mon travail doit ressembler au final et ce, dès les premières étapes.

Cherchiez-vous à obtenir une atmosphère bien particulière ou s’est-elle mise en place naturellement au fil de l’écriture et de l’enregistrement ?

Ma boussole est l'instinct. J'ai voulu qu'Aezh Morvarc'h transpire un feeling chargé de subconscient, quelque chose qui vous fasse traverser un paysage où la même vague sonore est omniprésente, mais où le développement mélodique non répétitif berce le sentiment d'avoir parcouru du chemin au travers de mers démontées et vers des rivages déchirés.

Mare Humorum cover artComment le public a-t-il accueilli ce premier EP ?

Mare Humorum n'a joui que d'une distribution microscopique et tout le monde ne s'exprime pas nécessairement. Mais les quelques chroniques parues, si tant est qu'elles traduisent un avis collectif, témoignent d'une sensibilité à la démarche.

Mare Humorum est disponible depuis peu au format cassette. Qu’est-ce qui vous a séduit chez ce support que la plupart ont enterré depuis bien longtemps à une époque où le CD peine déjà à survivre ?

Le choix du type de support ne m'a pas été proposé. C'est LADLO qui en a décidé mais j'ai accepté de rentrer par cette fenêtre étroite qu'est la Tape pour avoir gardé un bon souvenir qui sent la madeleine de mes premiers achats Métal dans ce format, au début des années 90.

Cette cassette est d’ailleurs le fruit de votre collaboration avec Emanations, la jeune division de LADLO Productions. Comment en êtes-vous venu à travailler avec elle ?

C'est Romain « Ictus » Lupino d'In Cauda Venenum qui, travaillant pour LADLO et me connaissant, a pensé que faire partie de la première sortie Tape d'Emanations pouvait m'intéresser. J'ai accueilli cette coïncidence comme un signe du destin.

L’EP et la cassette sont parés de très beaux artworks réalisés conjointement avec Romain Lupino. Comment s’est déroulée leur élaboration ?

Étant un grand fan de l'artwork Death Metal du début des années 90, avec des « copier-coller » grossiers mais foisonnants de détails et sémantiquement riches, je lui ai demandé de me filer un coup de main technique pour utiliser directement une matière première numérique. Nous les avons travaillés ensemble et son savoir-faire technique a servi à polir les contours de mes idées pour aboutir au rendu actuel dont la finition est très fidèle au style et aux prétentions d'Aezh Morvarc'h.

On peut lire sur votre bandcamp que vous êtes l’auteur du logo du groupe. On y reconnaît bien sûr le cheval au centre, pouvez-vous nous éclairer sur la signification des autres éléments ?

Je ne vois d'éléments nécessitant un éclairage que la frise séparant le titre du blason qui est un élément iconographique de l'édition de 1926 d'un ouvrage de Camille Le Mercier d'Erm, pionnier du nationalisme breton, intitulé « La Chanson Des Siècles Bretons ». On peut lire, en sus de la devise en latin, une devise en breton : « Bepred Breizhad », Breton toujours ; en effet, je suis un ardent défenseur de l'idée qui consiste à nourrir la mémoire et à s'interdire d'oublier, de déprécier la culture locale sous prétexte de l'extension des échanges humains à des ensembles de plus en plus grands. Aezh Morvarc'h n'est pas que la simple fantaisie de remettre au goût du jour un patrimoine artistique d'un autre âge, c'est aussi utiliser un potentiel d'évocation onirique à des fins culturelles dont l'existence des valeurs qui y sont liées est le fruit d'un combat encore quotidien.

Pour le reste, tout est figuratif et le sens des différents éléments se révélera à quiconque s'attardera à en regarder les détails.

Sur le site de LADLO Productions, la page du groupe mentionne un nouvel EP qui devrait sortir prochainement. Pouvez-vous nous révéler quelques informations à ce sujet ?

Le second EP, intitulé Lacus Oblivionis, clôturera le cycle des maturations de Morvarc'h. Comme son nom l'indique, il sera de moins grande envergure mais non moins essentiel. Si Mare Humorum se situe sur la face éclairée de la lune, Lacus Oblivionis en exploitera quant à lui la face cachée, ce qu'il est difficile de s'avouer, consciemment ou pas, et des petites morts à s'imposer permettant de briser les schémas prédictibles ; l'oubli étant l'allégorie bretonne du personnage de l'Ankou il renseigne également sur la condition du fonctionnement de la mémoire : ce qui résiste au temps est le plus important, ce à quoi on revient tôt ou tard.

Les parties de batterie ont été enregistrées par Isarnos (OXXO XOOX, Anus Mundi, Lugnasad, Wormfood). Quel a été le point de départ de votre collaboration ?

La chance. C'est Myrme le Bossu, auteur du clip de PESTE NOIRE « Dans ma nuit » et rebaptisé Izelvor pour le travail qu'il s'apprête à réaliser dans le cadre de ce second EP, qui glissa un mot du projet à Isarnos le soir de son anniversaire. Les lignes de batterie sont à ce jour achevées. Je m'estime très chanceux d'avoir pu bénéficier de sa participation car Isarnos est à mes yeux un musicien à part, humble et en même temps extrêmement exigent de lui-même, recherchant sans cesse à se dépasser. J'ai donc apprécié qu'à son initiative il demande à être imprégné de toutes les impressions et descriptions figuratives dont je pouvais lui faire part afin qu'il exprime ce que Lacus Oblivionis contiendra d'énergie sombre.

Le bandcamp du groupe indique que vous êtes à la recherche de nouveaux membres. Une fois le line-up complet, aura-t-on le plaisir de vous voir sur scène ?

Je l'espère, surtout qu'Aezh Morvarc'h ne proposera pas seulement une interprétation live de sa musique mais pensera également ses prestations comme une réelle traversée visuelle des mers celtiques.

Dans le monde du métal français, la Bretagne est notamment connue comme le berceau de Belenos, dont l’album Yen Sonn Gardis est écrit intégralement en breton. Que pensez-vous de la scène bretonne ?

Je pense que Belenos a pris une sage décision en décidant de faire traduire ses textes en breton par des gens instruits, car jusqu'alors nous n'avions droit qu'à du plaquage de mots bretons sur de la grammaire française par des personnes qui avaient plus le souci du vernis que de la profondeur ; en témoignent des traductions maladroites comme Beleg Eus Fall (le groupe a splité, il y a donc prescription). Je ne citerai pas d'autres groupes du même acabit car je ne veux pas prendre cette interview en otage pour témoigner de ma déception au sujet de démarches très superficielles qui réduisent le Black Metal à un style musical finalement très facile d'accès dans lequel l'hermétisme est souvent l'alibi de la coquille vide. Au niveau de la démarche générale, le Black Métal est pour moi une expérience alchimique qui requiert d'évoluer à chaque étape et pour cela, demande de s'instruire. Si l'auteur d'une œuvre ne s'est pas servi de l'occasion de la produire pour se transformer intérieurement, que peut-il avoir la prétention de communiquer ou de transmettre ? Utiliser des mots d'une langue dont on ne sait rien est comme poser pour une photo, une épée à la main, sans connaître l'art de s'en servir ; c'est typique de l'orgueil du paresseux et du parasitisme culturel : prendre des raccourcis pour flatter l'ego sans effort. Si vous êtes saturé.e.s de ce genre de sous-produits marketing, un geste à faire : faites péter un bon Sadistik Exekution ou un vieux Carpathian Forest et Fuck You All !!!

Que pouvez-vous nous dire sur la place du breton dans le métal ? Avez-vous l’impression qu’il connaît un regain d’intérêt ou Aezh Morvarc’h fait-il figure d’exception ?

Je ne me tiens pas au courant de ce genre d'information. À mon avis, il y aurait matière mais la sauce peine à prendre. Les groupes se comptent toujours sur les doigts de la main car, depuis Operarcane et son live au Mondo Bizarro de Rennes, en passant par Anken, il n'y a guère, à ma connaissance, que Burtul et Belenos qui s'y soient mis. Le groupe Sentinelles en a persillé frileusement ses textes et le chanteur guitariste de Morkelvyz n'a pas encore franchi le pas bien qu'il le parle, tout comme Corven de Nehëmah (tout du moins jusqu'à il y a 20 ans). Je suis d'ailleurs toujours à la recherche de musicien.nes bretonnant.es... visiblement très très discrets. J'espère que les quelques albums qu'Aezh Morvarc'h fera paraître dans les années à venir seront autant de coups de pied au cul des consciences métalleuses en Bretagne et qu'elles s'intéresseront de plus en plus à la défense de cette belle langue voire iront s'inscrire en cours du soir ou en formation intensive.

De votre point de vue, quelle est la situation du breton en Bretagne ?

On est dans la situation contradictoire, d'une part de sa présence croissante dans la vie publique, d'une reconnaissance assumée et positivement connotée, fruit du combat quotidien de tous les gens qui se mobilisent pour elle et, d'autre part, d'une baisse proportionnelle de ses locuteurs. Parallèlement à cela, le gouvernement français aidé de Bretons gagnés à sa cause, loin d'avoir changé son fusil d'épaule, déguise sa politique d'éradication des langues de son territoire autre que le français de Paris, héritée de la Révolution, par une offre publique dans les écoles, qui est trop faible pour être autre chose que de la poudre aux yeux et assurer une relève de bilingues.

Ma position à ce sujet est que je laisse aux analystes de faire des pronostics sur sa survie. Ce qui m'importe à mon échelle est de faire du breton une langue de mon quotidien, ici et maintenant, et d'incarner ainsi le changement que j'aimerais voir à l'échelle de mon pays ; c'est-à-dire ne pas attendre que les choses se fassent. Il faut se responsabiliser en prenant des décisions concrètes et choisir la vie qu'on veut mener sans attendre quoi que ce soit de nos représentants légaux qui sont à maints égards non légitimes et travaillent pour leurs carrières.

Croyez-vous qu’il y ait un lien privilégié entre la scène black et les « langues régionales » en général ? Je pense par exemple à des groupes comme Numen, qui chante en basque.

Il n'y a de lien que ceux qu'on crée. C'est encore notre liberté que de l'inventer. Le Black Métal exprime pour moi, par ses sonorités, cette énergie de défense agressive primaire qui force une stratégie tyrannique à relativiser son omnipotence fasse à l'imminence d'un danger physique inattendu. Le Black Metal reste une arme pour qui sait l'employer. Je mets celui d'Aezh Morvarc'h au service de valeurs ancestrales : cultiver les forces vitales pour protéger et rechercher du savoir authentique pour progresser, contre le conformisme lâche et le formatage asservissant.

Merci d'avoir répondu à ces questions, je vous laisse le dernier mot....

Aezh Morvarc'h a zo True Breton Black Metal !

Ma revr gant an drevadennourien ! Breizh da viken !*

*Aezh Morvarc'h est du True Breton Black Metal !

Colonialistes, je vous emmerde ! La Bretagne à jamais !

 

Bandcamp : https://ladlo.bandcamp.com/album/mare-humorum

Page sur le label Les Acteurs de l'Ombre Productions : http://www.lesacteursdelombre.net/productions/v2/?page_id=2692

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Groupe de True Breton Black Metal, Aezh Morvarc’h est la création d’un seul homme : Arnev. Une recherche Internet suffit pour constater que le sieur a jusqu’ici entouré son travail d’une aura de mystère qui s’accorde avec l’hermétisme de ses textes en breton. À l’occasion de la sortie de Mare Humorum, son premier EP, au format tape chez Emanation, Arnev nous en apprend un peu plus sur sa musique, ses projets et la langue bretonne dans cette interview-fleuve passionnée et passionnante.

 

Bonjour et merci de répondre à ces questions pour Les Acteurs de l’Ombre.

 

Pas de compte Facebook, rien sur les bases de données habituelles, un bandcamp minimaliste, juste une courte biographie sur le site de notre label, Aezh Morvarc’h est un groupe assez mystérieux. Pouvez-vous nous conter son histoire et présenter ses membres ?
L'histoire d'Aezh Morvarc'h ne commence pas par celle d'un groupe mais d'un projet solo. À un âge où on cherche à dire « Merde » aux adultes et au système parce qu'on sent que tout va « a-dreuz »*, où on cherche à s'évader et se rendre inutile, je dépoussiérai un piano sur lequel, quelques années auparavant, ma mère tentait vainement de m'enseigner le B-A-BA du solfège à coup de « frère Jacques ». Depuis, je milite CONTRE les méthodes de torture musicale infantile et POUR l'éducation des oreilles adultes grâce à la découverte du Métal : entre le classique « frère Jacques » et la « souris verte » d'Ultra Vomit, 'y a pas photo. Le piano avait sûrement dû souffrir autant que moi, ce qui explique qu'il nous a fallu 5 ans pour nous en remettre et recommencer à se parler. Au même moment, je découvris la langue bretonne et qu'elle avait aussi souffert (« frère Jacques » ayant été courageusement traduit par un.e anonyme toujours en cavale). Je découvris également sa littérature, son architecture et une omniprésence du surnaturel et du diabolique. Je m'attachai donc à dire « Merde » à la société dominante en faisant grincer mes touches d'ivoire désaccordées aux couleurs du Gwenn-ha-du. L'achat de mon premier synthétiseur me permit ensuite d'enregistrer pendant 4 ans des compositions qui sont encore au réfrigérateur ou dans une épave au fond de la baie des Trépassés. Fin 90, début 2000 furent les années les plus productives de ma vie musicale ; tout ce travail accumulé viendra nourrir les futurs albums d'Aezh Morvarc'h.

Vint ma première guitare, tout aussi désaccordée que mon premier piano (braderie oblige), qui créa chez moi une accoutumance.et me fit rechercher un autre mode d'accordage, plus typé et cohérent par rapport à l'univers celtique musical que j'essayais de m'approprier ; c'est alors que je pris mes premiers cours de guitare celtique en DADGAD avec un élève de Dom Duff.

Quelques amis musiciens ont croisé mon sillage, ont suggéré son nom à force de répéter que les images que leur inspirait ma musique était la mer et les chevaux : Aezh Morvarc'h était né. Je décidai de finaliser seul l'enregistrement des instruments, la batterie mise à part. C'est à Melbourne que je rencontrai Mornoz qui accepta l'année suivante d'y participer jusqu'à l'écriture de son point final. L'éloignement ne pouvait faire de lui qu'un musicien de session. Je m'arrêterai là en ce qui concerne le line-up actuel qui n'est pas celui de la sortie Tape de Mare Humorum. Ce qui est certain c'est qu'il sera amené à s'étoffer. Nous en reparlerons à la sortie du second EP prévu fin 2016.

*bretonnisme en usage du côté de Brest et signifiant « de travers » ; ami.es Brestois.es, salut !

 

Que signifie « Aezh Morvarc’h » ?

Aezh Morvarc'h est une construction génitive qui indique la possession et en même temps la provenance de vapeur, « Aezh », émanant du cheval marin « Morvarc'h ». Cette vapeur représente iconographiquement son expiration et musicalement mon inspiration.

Au-delà de ce commentaire lexical, ayant le goût des téléscopages de sens et de formes, j'ai voulu y associer des références homophones, tantôt au personnage féminin de la légende de la ville d'Ys appelée Dahud mais également Ahès, tantôt à mon identité civile dont les initiales sonnent comme ces deux syllabes : A-S. Derrière ce simple titre s'amalgament ou s'imbriquent un ensemble d'éléments qui font partie du même terreau où je puise toute une symbolique à laquelle les paroles des chansons font écho.

 

Ce nom a été inspiré par Morvarc’h, destrier du roi Gradlon le Grand, dont on peut encore voir la statue fièrement dressée entre les flèches de la cathédrale Saint-Corentin, à Quimper. Pourquoi ce choix ?
C'est un personnage animal, non-humain, ambivalent, dont la source littéraire est inconnue, obscure, qui se noie dans la nuit des temps. Il représente ce que mes chansons véhiculent : l'évocation nébuleuse d'une source de puissance primordiale accessible en ce monde et non pas sur ce monde, une harmonie organique et élémentale mêlant le féminin, le lunaire et l'aquatique, en bref, le pré-chrétien diabolisé.

 

Tous vos textes sont écrits en breton, pourquoi cette décision ?
Parce que l'énergie qui se meut en moi et qui requiert tout mon potentiel vital dans mon effort de composition s'apparente à celle de la victime rebelle. C'est cette énergie que j'essaie de cristalliser dans ma musique à toutes les étapes : du choc à la résignation, du charnel au spirituel, de la fatalité à l'espoir, dans un mouvement de spirale perpétuelle. Le cheval incarne cette énergie, à la fois proie des prédateurs et outil de conquête pour l'Homme civilisateur.

Le breton est pour moi la voix de mon cœur et de ma dignité. C'est par cette langue que j'ai repris goût à la vie, cette langue qui, pour plusieurs générations de stigmatisés, a représenté la honte d'une identité négative à laquelle je me suis identifié mais qui est la seule par laquelle on m'ait appris à m'interroger au lieu d'accepter de se voir emplir la tête de réponses futiles, moyen pour le maître de ne pas laisser d'espace critique à ses esclaves intellectuellement lestés. Le breton, c'est une démarche personnelle vers une reconquête de liberté universelle à inventer, l'énergie d'un vieil et sage esprit dans un corps jeune revigoré. Aezh Morvarc'h est la bulle d'air qui me remonte, suffoquant, à la surface.

 

De nombreux auditeurs ne le parlent pas et le contenu des paroles est donc assez hermétique. Pouvez-vous expliquer quels y sont les sujets abordés ?
Les textes seront publiés et traduits bientôt sur le site du groupe pour l'instant en chantier mais voici ce que je peux vous en dire d'ores et déjà : la magie de Morvarc'h est de pouvoir parcourir terre et mer mais on ne sait où a commencé son périple. Le sujet par lequel Aezh Morvarc'h est entré en scène est donc la révélation de sa naissance depuis les profondeurs abyssales où le cœur magmatique de la terre en fusion rencontre la robe des eaux glaciales de l'océan primordial et de quelle manière ce choc originel résonne dans nos chairs. C'est un voyage civilisateur où l'Humain apprend à le devenir à la condition de ne pas s'y limiter. Il y est question de génération et de regénération, des épreuves que l'on traverse et de notre capacité à invoquer des figures mythiques telles Morvarc'h, clé des énergies vitales primaires qui sommeillent en chacun, comme autant d'exemples dont nous pouvons adopter les postures afin de faire levier sur le destin et, par là, de le faire basculer de l'échec à la victoire.

 

Envisagez-vous un jour d’écrire et de chanter en français, même ponctuellement ?
Pas dans le cadre d'Aezh Morvarc'h qui est une œuvre exclusivement dédié au génie breton. En revanche, il m'est arrivé de prêter ma voix en français à certains projets comme HORROR FREAK pour son album à sortir « Le Théâtre Des Monstres ».

 

Aezh Morvarc’h existe depuis 1996 mais Mare Humorum n’a vu le jour que bien des années plus tard. Comment s’est déroulée la composition des morceaux ?
J'ai commencé à composer en 1996 mais le concept Aezh Morvarc'h ne date que de 2008. C'est sous cette bannière que toutes mes musiques sont désormais retravaillées. Les morceaux figurant sur Mare Humorum et sur l'EP suivant ont donc été pensés et composés entre 2008 et 2010 de manière discontinue. Sans que je puisse me l'expliquer, j'ai consacré mes dernières compositions en date aux premières sorties officielles du projet.

 

Où a eu lieu l’enregistrement ? Comment s’est-il passé ? Qui s’est chargé de la production ?
Ces 2 EPS ont été enregistrés à la maison familiale pour les guitares, à l'aide d'un tracker, tout comme le faisait Valfar de Windir, et ce à la veille de mon premier départ pour l'Australie en octobre 2010. J'y ai consacré des journées entières de 8 à 10 heures, oubliant souvent de me nourrir et même de boire. C'est dans la sueur, de manière artisanale, sous les combles, que Mare Humorum et sa suite ont été immortalisés. Pour moi, c'est ça la musique extrême, une expérience qui porte jusqu'aux limites d'abstraction de la fatigue physique, tant le travail de finalisation est obsédant.

C'est Justin « Mornoz » MIN, bassiste et chanteur actuel d'Oligarch, qui s'est chargé de la production, du mixage et du mastering. C'est à Melbourne que j'ai fait sa connaissance, il connaissait pas mal de groupes français de Black Metal qu'il appréciait et s'est montré très enthousiaste et personnellement impliqué du début à la fin de notre collaboration. C'est chez lui que les parties vocales et les lignes de batterie ont été enregistrées, entre mai et juillet 2012, deux ans après que les guitares aient été enregistrées et presque quatre ans après le début du processus de composition ; mais ce qui me permet de tenir la route malgré des échéances lointaines et des sessions de travail très éloignées les unes des autres est l'extrême détermination qui m'anime et la netteté de l'image à laquelle mon travail doit ressembler au final et ce, dès les premières étapes.

 

Cherchiez-vous à obtenir une atmosphère bien particulière ou s’est-elle mise en place naturellement au fil de l’écriture et de l’enregistrement ?
Ma boussole est l'instinct. J'ai voulu qu'Aezh Morvarc'h transpire un feeling chargé de subconscient, quelque chose qui vous fasse traverser un paysage où la même vague sonore est omniprésente, mais où le développement mélodique non répétitif berce le sentiment d'avoir parcouru du chemin au travers de mers démontées et vers des rivages déchirés.

 

Comment le public a-t-il accueilli ce premier EP ?
Mare Humorum n'a joui que d'une distribution microscopique et tout le monde ne s'exprime pas nécessairement. Mais les quelques chroniques parues, si tant est qu'elles traduisent un avis collectif, témoignent d'une sensibilité à la démarche.

 

Mare Humorum est disponible depuis peu au format cassette. Qu’est-ce qui vous a séduit chez ce support que la plupart ont enterré depuis bien longtemps à une époque où le CD peine déjà à survivre ?
Le choix du type de support ne m'a pas été proposé. C'est LADLO qui en a décidé mais j'ai accepté de rentrer par cette fenêtre étroite qu'est la Tape pour avoir gardé un bon souvenir qui sent la madeleine de mes premiers achats Métal dans ce format, au début des années 90.

 

Cette cassette est d’ailleurs le fruit de votre collaboration avec Emanations, la jeune division de LADLO Productions. Comment en êtes-vous venu à travailler avec elle ? C'est Romain « Ictus » Lupino d'In Cauda Venenum qui, travaillant pour LADLO et me connaissant, a pensé que faire partie de la première sortie Tape d'Emanations pouvait m'intéresser. J'ai accueilli cette coïncidence comme un signe du destin.

 

L’EP et la cassette sont parés de très beaux artworks réalisés conjointement avec Romain Lupino. Comment s’est déroulée leur élaboration ?
Étant un grand fan de l'artwork Death Metal du début des années 90, avec des « copier-coller » grossiers mais foisonnants de détails et sémantiquement riches, je lui ai demandé de me filer un coup de main technique pour utiliser directement une matière première numérique. Nous les avons travaillés ensemble et son savoir-faire technique a servi à polir les contours de mes idées pour aboutir au rendu actuel dont la finition est très fidèle au style et aux prétentions d'Aezh Morvarc'h.

 

On peut lire sur votre bandcamp que vous êtes l’auteur du logo du groupe. On y reconnaît bien sûr le cheval au centre, pouvez-vous nous éclairer sur la signification des autres éléments ?
Je ne vois d'éléments nécessitant un éclairage que la frise séparant le titre du blason qui est un élément iconographique de l'édition de 1926 d'un ouvrage de Camille Le Mercier d'Erm, pionnier du nationalisme breton, intitulé « La Chanson Des Siècles Bretons ». On peut lire, en sus de la devise en latin, une devise en breton : « Bepred Breizhad », Breton toujours ; en effet, je suis un ardent défenseur de l'idée qui consiste à nourrir la mémoire et à s'interdire d'oublier, de déprécier la culture locale sous prétexte de l'extension des échanges humains à des ensembles de plus en plus grands. Aezh Morvarc'h n'est pas que la simple fantaisie de remettre au goût du jour un patrimoine artistique d'un autre âge, c'est aussi utiliser un potentiel d'évocation onirique à des fins culturelles dont l'existence des valeurs qui y sont liées est le fruit d'un combat encore quotidien.

Pour le reste, tout est figuratif et le sens des différents éléments se révélera à quiconque s'attardera à en regarder les détails.

 

Sur le site de LADLO Productions, la page du groupe mentionne un nouvel EP qui devrait sortir prochainement. Pouvez-vous nous révéler quelques informations à ce sujet ?
Le second EP, intitulé Lacus Oblivionis, clôturera le cycle des maturations de Morvarc'h. Comme son nom l'indique, il sera de moins grande envergure mais non moins essentiel. Si Mare Humorum se situe sur la face éclairée de la lune, Lacus Oblivionis en exploitera quant à lui la face cachée, ce qu'il est difficile de s'avouer, consciemment ou pas, et des petites morts à s'imposer permettant de briser les schémas prédictibles ; l'oubli étant l'allégorie bretonne du personnage de l'Ankou il renseigne également sur la condition du fonctionnement de la mémoire : ce qui résiste au temps est le plus important, ce à quoi on revient tôt ou tard.

 

Les parties de batterie ont été enregistrées par Isarnos (OXXO XOOX, Anus Mundi, Lugnasad, Wormfood). Quel a été le point de départ de votre collaboration ?
La chance. C'est Myrme le Bossu, auteur du clip de PESTE NOIRE « Dans ma nuit » et rebaptisé Izelvor pour le travail qu'il s'apprête à réaliser dans le cadre de ce second EP, qui glissa un mot du projet à Isarnos le soir de son anniversaire. Les lignes de batterie sont à ce jour achevées. Je m'estime très chanceux d'avoir pu bénéficier de sa participation car Isarnos est à mes yeux un musicien à part, humble et en même temps extrêmement exigent de lui-même, recherchant sans cesse à se dépasser. J'ai donc apprécié qu'à son initiative il demande à être imprégné de toutes les impressions et descriptions figuratives dont je pouvais lui faire part afin qu'il exprime ce que Lacus Oblivionis contiendra d'énergie sombre.

 

Le bandcamp du groupe indique que vous êtes à la recherche de nouveaux membres. Une fois le line-up complet, aura-t-on le plaisir de vous voir sur scène ?
Je l'espère, surtout qu'Aezh Morvarc'h ne proposera pas seulement une interprétation live de sa musique mais pensera également ses prestations comme une réelle traversée visuelle des mers celtiques.

 

Dans le monde du métal français, la Bretagne est notamment connue comme le berceau de Belenos, dont l’album Yen Sonn Gardis est écrit intégralement en breton. Que pensez-vous de la scène bretonne ?
Je pense que Belenos a pris une sage décision en décidant de faire traduire ses textes en breton par des gens instruits, car jusqu'alors nous n'avions droit qu'à du plaquage de mots bretons sur de la grammaire française par des personnes qui avaient plus le souci du vernis que de la profondeur ; en témoignent des traductions maladroites comme Beleg Eus Fall (le groupe a splité, il y a donc prescription). Je ne citerai pas d'autres groupes du même acabit car je ne veux pas prendre cette interview en otage pour témoigner de ma déception au sujet de démarches très superficielles qui réduisent le Black Metal à un style musical finalement très facile d'accès dans lequel l'hermétisme est souvent l'alibi de la coquille vide. Au niveau de la démarche générale, le Black Métal est pour moi une expérience alchimique qui requiert d'évoluer à chaque étape et pour cela, demande de s'instruire. Si l'auteur d'une œuvre ne s'est pas servi de l'occasion de la produire pour se transformer intérieurement, que peut-il avoir la prétention de communiquer ou de transmettre ? Utiliser des mots d'une langue dont on ne sait rien est comme poser pour une photo, une épée à la main, sans connaître l'art de s'en servir ; c'est typique de l'orgueil du paresseux et du parasitisme culturel : prendre des raccourcis pour flatter l'ego sans effort. Si vous êtes saturé.e.s de ce genre de sous-produits marketing, un geste à faire : faites péter un bon Sadistik Exekution ou un vieux Carpathian Forest et Fuck You All !!!

 

Que pouvez-vous nous dire sur la place du breton dans le métal ? Avez-vous l’impression qu’il connaît un regain d’intérêt ou Aezh Morvarc’h fait-il figure d’exception ?
Je ne me tiens pas au courant de ce genre d'information. À mon avis, il y aurait matière mais la sauce peine à prendre. Les groupes se comptent toujours sur les doigts de la main car, depuis Operarcane et son live au Mondo Bizarro de Rennes, en passant par Anken, il n'y a guère, à ma connaissance, que Burtul et Belenos qui s'y soient mis. Le groupe Sentinelles en a persillé frileusement ses textes et le chanteur guitariste de Morkelvyz n'a pas encore franchi le pas bien qu'il le parle, tout comme Corven de Nehëmah (tout du moins jusqu'à il y a 20 ans). Je suis d'ailleurs toujours à la recherche de musicien.nes bretonnant.es... visiblement très très discrets. J'espère que les quelques albums qu'Aezh Morvarc'h fera paraître dans les années à venir seront autant de coups de pied au cul des consciences métalleuses en Bretagne et qu'elles s'intéresseront de plus en plus à la défense de cette belle langue voire iront s'inscrire en cours du soir ou en formation intensive.

 

De votre point de vue, quelle est la situation du breton en Bretagne ?
On est dans la situation contradictoire, d'une part de sa présence croissante dans la vie publique, d'une reconnaissance assumée et positivement connotée, fruit du combat quotidien de tous les gens qui se mobilisent pour elle et, d'autre part, d'une baisse proportionnelle de ses locuteurs. Parallèlement à cela, le gouvernement français aidé de Bretons gagnés à sa cause, loin d'avoir changé son fusil d'épaule, déguise sa politique d'éradication des langues de son territoire autre que le français de Paris, héritée de la Révolution, par une offre publique dans les écoles, qui est trop faible pour être autre chose que de la poudre aux yeux et assurer une relève de bilingues.

Ma position à ce sujet est que je laisse aux analystes de faire des pronostics sur sa survie. Ce qui m'importe à mon échelle est de faire du breton une langue de mon quotidien, ici et maintenant, et d'incarner ainsi le changement que j'aimerais voir à l'échelle de mon pays ; c'est-à-dire ne pas attendre que les choses se fassent. Il faut se responsabiliser en prenant des décisions concrètes et choisir la vie qu'on veut mener sans attendre quoi que ce soit de nos représentants légaux qui sont à maints égards non légitimes et travaillent pour leurs carrières.

 

Croyez-vous qu’il y ait un lien privilégié entre la scène black et les « langues régionales » en général ? Je pense par exemple à des groupes comme Numen, qui chante en basque. Il n'y a de lien que ceux qu'on crée. C'est encore notre liberté que de l'inventer. Le Black Métal exprime pour moi, par ses sonorités, cette énergie de défense agressive primaire qui force une stratégie tyrannique à relativiser son omnipotence fasse à l'imminence d'un danger physique inattendu. Le Black Metal reste une arme pour qui sait l'employer. Je mets celui d'Aezh Morvarc'h au service de valeurs ancestrales : cultiver les forces vitales pour protéger et rechercher du savoir authentique pour progresser, contre le conformisme lâche et le formatage asservissant.

 

Merci d'avoir répondu à ces questions, je vous laisse le dernier mot....

 

Aezh Morvarc'h a zo True Breton Black Metal !

Ma revr gant an drevadennourien ! Breizh da viken !*

 

*Aezh Morvarc'h est du True Breton Black Metal !

Colonialistes, je vous emmerde ! La Bretagne à jamais !

 

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