Les acteurs de l'ombre

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Interview Collection d'Arnell-Andréa

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Suite à leur concert du 29 mai au Petit Bain, très heureuse de retrouver sur scène ce groupe devenu un classique de la scène goth/darkwave/néoclassique française au fil des décennies, j'ai envoyé ces quelques questions.


Entretien avec Jean-Christophe d'Arnell

1) Depuis près de trente ans que vous œuvrez dans la scène darkwave/néoclassique française, beaucoup de choses se sont passées pour vous… Depuis vos début en 1986, une quinzaine d’albums et des concerts, des festivals… pourriez-vous donner globalement un ressenti sur ces décennies écoulées, certes sans rentrer dans trop de détails car cela nous ferait une première question un peu longue, mais… en revenant peut-être sur quelques évènements/ éléments qui vous auraient le plus marqués ?

Effectivement le tout début de CDAA remonte à 1986, mais je préfère situer le véritable commencement de l’aventure en 1988 avec la sortie de notre premier disque, « Autumn’s breath for Anton’s Death », un maxi 4 titres sorti sur un petit label anglais. Sur cette longue période, les moments forts correspondent d’abord à l’enregistrement de chacun de nos 9 albums studio, aux concerts, bien entendu, mais aussi aux différentes collaborations et rencontres que toute création artistique implique.

2) Vous voir sur scène, comme le 29 mai dernier au Petit Bain ou bien en 2008 à la Loco est à chaque fois un grand bonheur… trop rare hélas. Expliquez-vous cette rareté scénique par le fait que vous soyez tous-tes assez occupés-es par des projets en parallèle du groupe ?

Nous n’avons jamais véritablement cherché à effectuer des tournées, parfois par manque de disponibilité certes, mais également pour que chacun de nos concerts demeure un évènement vraiment singulier et important. Nous fonctionnons au coup par coup, et lorsqu’un organisateur, ou un festival nous contacte, nous essayons toujours de faire aboutir le projet ; puisque nous recevons peu de propositions les concerts de CDAA demeurent assez rares !

Sinon, les projets parallèles menés par les uns ou des autres (Carine, Franz et Thibault) ne constituent jamais un véritable obstacle pour l’organisation d’un concert de CDAA, éventuellement quelques tiraillements pour fixer des dates de répétition, mais rien d’incontournable !

3) A propos de vos performances scéniques, pourriez-vous revenir sur certains évènements auxquels vous avez participé, comme par exemple le Wave Gothic Treffen il y a deux ans ? J’imagine que ce fut un bon souvenir, et aimeriez-vous parler d’autres festivals ou concert que vous avez particulièrement apprécié de faire ?

Nous avons tissé un lien particulier avec le WGT de Leipzig ; notre première participation à ce festival remonte à 1993 (2ème édition du festival) et nous y avons joué à 4 reprises. La Belgique où nous sommes souvent allés, occupe également une place particulière au niveau des concerts, mais également Londres, Paris (bien entendu !), le Printemps de Bourges, Milan, Madrid et Leiria plus récemment…

Les organisateurs sont toujours des gens passionnés, et le public, souvent fidèle depuis plusieurs années, sait également nous témoigner toute son attention et son chaleureux soutien…

4) Vous vous êtes aussi produits à « La Nuit des Fées » en 2007 à Clisson, organisée par votre Label Prikosnovénie… l’occasion que l’on parle de cet évènement, de votre ressenti sur ce moment que j’imagine très beau… et de votre label que je connais bien et apprécie beaucoup.

C’est précisément à l’occasion d’un concert à Cognac en 2000, que j’ai rencontré Frédéric (Prikosnovénie) ; j’avais évoqué le projet de notre album néo-classique « Tristesse des Mânes », et mon désir de changer de label (nous étions chez Last Call), compte tenu de la couleur musicale particulière de ce disque : compositions pour alto, piano, violoncelle et voix, dans l’esprit des musiques de chambre de la fin du 19ème siècle.

« Tristesse des Mânes » marqua donc le début d’une longue et belle histoire avec Prikosnovenie, qui peu de temps après me proposa de réaliser la réédition de « Villers-aux-Vents » (2003). Maintenant tous nos albums (rééditions et nouveaux albums) figurent donc au catalogue Prikosnovenie.

5) Enfin pour finir sur le sujet des concerts, j’ai eu le grand plaisir de vous revoir sur la scène du Petit Bain, donc, en mai dernier. Parlez-nous un peu de cette soirée s’il vous plait et… dites-moi qu’il y en aura d’autres ! ;-)

Ce concert figure sans aucun doute parmi nos plus beaux souvenirs de concert. Là encore, une organisation parfaite, un organisateur adorable, et un public que nous avions hâte de retrouver (notre dernier concert à Paris datait de 2007) ; si j’ajoute l’originalité du lieu et la présence de Jad Wio…

6) J’ai beaucoup apprécié la mise en scène de votre concert –et si mes souvenirs sont bons, c’est ce procédé à chaque spectacle- : le fait de projeter des images d’archives qui s’intègrent à merveille à votre univers, votre musique… Pouvez-vous nous dire quelques mots là-dessus ?

Nous avons toujours utilisé des projections d’images durant nos concerts ; notre consigne pour les éclairages consiste encore souvent (au grand dam des éclairagistes !) à privilégier les images projetées en fond de scène plutôt que les musiciens ! Longtemps nous avons déplacé notre batterie de projecteurs ciné (8mm et 16mm) et une opératrice procédait à un mixage des images en direct. Depuis peu, Chloé qui se charge principalement de la partie « images », a réalisé un montage des images sur un format numérique de façon à optimiser leur force et aussi, à libérer un peu de place dans le minibus !

7) Parmi vos très nombreuses sources d’inspiration, nous pouvons citer la Nature, les saisons (et particulièrement l’automne), l’art et l’Histoire… pourriez-vous nous en dire un peu plus, et comment se passe le procédé d’écriture, si vous vous concertez et comment, ou si les textes sont plutôt composés par une seule personne, etc.

J’écris la quasi-totalité des textes en utilisant les lignes de chant créées par Chloé lors de l’élaboration des morceaux comme contrainte supplémentaire (versification, thèmes, langue retenue, concept de l’album) d’écriture. Il y est souvent question de l’Homme en proie à ses émotions, ses doutes, ses souvenirs et de sa relation particulière à la Nature, pouvant être traitée à la fois comme un refuge ou comme un tombeau.

8) J’ai un peu envie de vous poser la même question pour ce qui est des compositions instrumentales… Vous êtes nombreux dans le projet et donc je me demandais s’il y avait une ou des personnes en particulier qui s’occupaient de cela.

Dans une phase initiale je compose les morceaux (ligne de basse sommaire + des accompagnements) à partir des synthés, boites à rythmes et/ou piano. Alors Chloé commence à chanter et à l’issue d’une forme d’improvisation, nous fixons, petit à petit des lignes de chant quasi définitives. A partir de là chacun des musicien va apporter son regard, et ses lignes mélodiques sur cette base. Bien entendu de nombreuses heures de composition collective permettront d’ajuster l’harmonisation générale des morceaux, notamment concernant la structure de ceux-ci : durée, rupture, intro, fin, etc….

Enfin, le travail en studio avec notre ingénieur du son permet encore de modifier, voire d’améliorer l’ensemble des morceaux ; cette dernière étape grâce au numérique permet d’intervenir beaucoup plus qu’auparavant sur les structures des compositions et bien entendu sur le son en général.

9) Outre la beauté de votre musique, le visuel joue un rôle important dans votre univers, vos inspirations… Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vos pochettes d’albums, que j’imagine choisies chacune avec le plus grand soin, afin que la délicatesse de la photo/l’illustration emblématise le mieux possible les chansons contenues dans le disque...

Effectivement, nous avons toujours considéré le visuel des pochettes et digipacks comme le prolongement logique de la musique que nous proposons, donc nous nous impliquons totalement dans l'artwork. La pochette doit parvenir à introduire le concept de chaque album ; par exemple nous avons souvent utilisé des photos originales réalisées par Chloé (un Automne à Loroy, Vernes-Monde…), des photographies plus anciennes du 19ème siècle ou tout début 20ème (Villers-aux-Vents, Au Val des Roses, Les Marronniers) mais aussi des peintures d’artistes contemporains (Exposition, Cirses des Champs, Tristesse des Mânes). Nous sommes accompagnés et précieusement aidés dans ce travail de création par un graphiste (Christophe / Factum) avec qui nous avons réalisé l’intégralité des rééditions de notre discographie.

10) Vous êtes désormais un « classique » de la scène gothique/heavenly/néoclassique… au cours de votre longue carrière, vous avez dû croiser bien d’autres groupes de cette scène, -française ou non-. Parmi eux, il y a-t-il certains groupes/projets que vous affectionnez particulièrement, avec qui vous avez partagé des scènes, des festivals ?

Les concerts sont l’occasion de découvrir d’autres groupes, et aussi parfois de tisser quelques liens. Je pourrais citer les Legendary Pink Dots (avec qui nous avons joué à 3 reprises) Olen’k, Opera Multi Steel ou The Breath Of Life.

11) Toujours à propos de ces groupes, il y en a-t-il certains avec qui vous seriez tentés de faire une collaboration musicale à l’avenir ?

Le principe d’une collaboration est toujours séduisant ; en général je préfère rester concentré sur CDAA, mais suis ouvert à toute proposition : un peu de piano sur le dernier album de Matthieu Malon, des arrangements pour Louisa John Krol…

12) Plus généralement, au niveau de la musique, de la musique classique notamment, pouvez-vous citer les compositeurs que vous avez aimé depuis toujours et qui vous auraient donné envie, à votre tour à l’époque de vos débuts, de vous lancer sur les chemins de la création musicale ?


Fauré, Ravel, Debussy, Duparc, Schubert, Arvo Pärt, Philip Glass, pour ce qui est de ma sélection « classique », mais aussi l’énergie et l’inventivité de : Devo, Kraftwerk, Virgin Prunes, Cure, Christian Death, etc….

13) Parmi tous vos albums, je serais bien en peine de dire mon préféré tant chacun possède quelque chose qui me touchera/m’envoûtera tout particulièrement. Néanmoins, je vous une affection particulière pour « Exposition-Eaux-Fortes et Méandres », de 2007. Le principe du concept-album me plait particulièrement, notamment ici le fait de composer des chansons à partir de peintures… Dites-m’en un peu plus, je vous prie, sur cet album qui me fait vibrer à chaque écoute, de bout en bout !

Il y avait d’abord, et depuis longtemps, une véritable passion pour la peinture. Comme je l’ai dit précédemment, les art-works de trois de nos albums « Cirses des champs », « Tristesse des Mânes » , « Exposition » ont été directement développés à partir de tableaux ; de peintres contemporains certes, mais dont l’inspiration s’inscrivait directement dans un autre siècle…Nous avons essayé d’éviter le piège de l’illustration musicale, au profit d’une appropriation plus personnelle des tableaux : l’idée consistant à prendre quelques indices picturaux pour imaginer un contexte nouveau, raconter une histoire, inventer un passé aux différents personnages représentés sur les toiles. L’idée d’associer chacun des textes, donc chacun des morceaux à un tableau, souligne également le lien que nous avons toujours essayé d’entretenir entre « l’image » et « la musique », au sein du groupe.

Certains « grands classiques », comme L’angélus de Millet, Ophélie de Millais ou L’île des morts de Böcklin se sont imposés assez rapidement, mais certains textes sont également inspirés d'œuvres un peu moins connues que j’ai découvertes au hasard de visites de musées, d’expositions ou de consultations de catalogues, comme par exemple Femmes portant du foin sur une civière de Pissaro. Tous ces tableaux, qui sont des paysages (à l’exception de La grande ombre de Tischbein) abordent la relation fondamentale de l’Homme à la Nature, dans ce qu’elle a de troublant, de funeste et d’éternel….c’est vraisemblablement tout cela qui a guidé mon choix ! Mais il est certain que beaucoup d'autres tableaux auraient facilement pu trouver leur place dans notre "exposition"!

14) Pouvez-vous dire un peu quels sont vos différents projets (concerts, albums, écritures, collaborations…) à venir, à court et moyen terme ?

La préparation d’un 10ème album…

15) Je vais vous remercier, j’espère vous revoir en scène très vite et je vais vous laisser le mot de la fin…


Un grand merci pour l’attention que vous portez à notre musique…Automne et amitiés !

 

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