C'est avec plaisir que nous avons rencontré Klaus Meine, dans les coulisses du Zenith de Paris, le jour du premier concert de leur tournée, mais aussi de la sortie en avant-première en France du nouvel album 'Humanity - Hour 1'.Bonjour, alors ça vous fait quoi d’être de retour en France et de commencer ce soir avec le Zénith ?
C’est génial… On a déjà joué dans cette salle il y a quelques années… mais justement ce qui est bien à Paris c’est qu’on a eu l’occasion de jouer dans plusieurs salles extraordinaires comme le Zénith, Bercy et la dernière fois le légendaire Olympia. Nous avons été très honorés de monter sur cette scène où sont passés les plus grands noms, de Edith Piaf à Johnny Hallyday en passant par les Rolling Stones ou Jimmy Hendrix. Et aujourd’hui nous sommes de retour, on s’apprête à jouer au Zénith une nouvelle fois et cela promet d’être mémorable, surtout que c’est la date de sortie de notre nouvel album, « Humanity - Hour1 ».
Effectivement cela doit être très excitant que l’album sorte aujourd’hui …
Oui c’est quelque chose de très excitant, surtout après les mois de studio à Los Angeles, la préparation de la tournée, le booklet, l’artwork… tous ces détails qu’il fallait régler en temps et en heure pour la sortie de l’album. Bref, tout s’est très bien passé, l’album sort aujourd’hui en France et c’est fantastique de voir depuis ce matin des fans qui arrivent, avec le nouvel album qu’ils viennent à peine d’acheter et qui me disent « Klaus peux tu me le signer s’il te plait ! ». C’est génial que ce soit mis dans les bacs le jour de notre concert à Paris.
Pourquoi avoir choisi la France comme premier pays de sortie ?
Je pense que c’est une sorte de retour en force de Scorpions dans ce pays, après quelques années de silence. Avant, le groupe était très populaire en France et que tu le crois ou non, nous avons même été responsables du Baby Boom dans les années 80 et des titres comme « Still Loving You » ou « Wind Of Change » ont fait un carton. Il y a toujours quelque chose de fort entre Scorpions et le public français, mais dans les années 90, le monde de la musique a complètement changé et les français sont devenus beaucoup moins réceptifs à notre musique. Mais c’est revenu ces dernières années et je crois que c’est notamment dû à nos projets tels que l’enregistrement avec l’orchestre philarmonique de Berlin et « Acoustica » qui ont connu du succès, mais rien de comparable à « Unbreakable ». Quand l’album est sorti en 2004 les fans de Rock ont clamé « Les Scorpions sont de retour et ils déchirent ! », cela nous a redonné beaucoup de crédibilité et nous a donné envie de revenir en France, surtout après cet époustouflant concert à l’Olympia il y a deux ans…ou trois je ne sais plus.
Effectivement cela fera deux ans en juillet.
Donc après ce concert… il y a deux ans, nous avons voulu aller plus loin et c’est la raison pour laquelle la tournée commence en France. D’ailleurs nous ne jouons pas seulement à Paris mais également à Dijon, Rouen et Nantes pour montrer à tous nos fans français que les Scorpions sont de retour, qu’il sont terribles et que leur dernier album est très puissant. Je pense que la France était un bon choix, après nous continuons avec l’Europe puis le monde entier. Mais je crois que de toute manière en commençant une tournée par Paris on ne peut pas se tromper car nous y avons une histoire faite de shows fabuleux… (ndlr : Le public qui vient d’entrer dans la salle se met d’un coup à acclamer le groupe)… Et voilà ! ils sont là nos fans. Nous sentons que nous devons vraiment revenir en force dans ce pays et que ça vaut le coup d’y mettre toute notre énergie pour que revienne notre public français. Il y a quelques semaines nous avons fait une conférence de presse au Hard Rock Café de Paris et il y avait beaucoup de journalistes de Hard Rock, Rock Hard, Metal Hammer et on sent que ça vient de cet album. On peut désormais définitivement dire que « Humanity – Hour I » sera un grand album de Scorpions et la France fait partie de son histoire car nous la commençons ici. Pour les allemands c’est comme si l’album sortait dix ans plus tard. La France est la première !
Mais ils peuvent aussi prendre leur voiture et venir l’acheter ici.
Plus que jamais, maintenant que nous sommes tous rassemblés en Europe. C’est génial d’ailleurs, nous sommes dans cette ville si excitante qu’est Paris et en même temps nous sommes en Europe donc à la maison. Nous ne sommes pas un groupe Allemand mais un groupe Européen et même international. Nous commençons en Europe où nous allons jouer dans de gros festivals comme le Arrow Rock en Hollande ou le Sweden Rock en Suède et nous avons notre propre festival, le Scorpions Festival à Athènes en Grèce, ce sera la première fois que nous jouerons dans le grand Karaiskaki Stadium. Après nous irons en Amérique du Sud puis au Canada. Nous sommes impatients et très excités à l’idée de jouer les nouveaux morceaux en live avec en plus des invités comme Uli Jon Roth aujourd’hui et Michael Schenker en Angleterre, tous deux guitaristes légendaires de Scorpions dans les années 70. Nous allons d’ailleurs jouer quelques titres de Uli ce soir, c’est un peu comme si le passé rencontrait le présent et le futur, cela va être un très grand moment !
On ne peut pas parler de votre nouvel album sans mentionner la participation de Desmond Child, quel a été son rôle et pourquoi l’avez-vous choisi ?
Parce que Desmond n’est pas qu’un producteur de légende mais aussi un compositeur renommé. Nous avons toujours suivi ce qu’il faisait car nous sommes bons amis avec Bon Jovi et qu’ils ont fait beaucoup de choses ensemble. Pour moi c’est quelqu’un de très spécial et de talentueux qui a écrit de grands tubes Rock pour Aerosmith, Bon Jovi, Kiss, Alice Cooper. Donc quand tu prends la décision de travailler avec lui, tu prends également la décision de l’inclure dans le processus de composition. Nous avons rencontré plusieurs autres personnes quand nous cherchions un producteur mais notre désir était d’avoir un album rock qui puisse être un classique mais qui sonne également comme du Scorpions 2007. L’été dernier nous avons eu quelques concerts en Californie et on en a profité pour rencontrer Desmond à Los Angeles. Rudolf et moi sommes allés déjeuner avec lui et il nous a dit « Ok les gars vous avez peut-être des passeports allemands mais je vous traiterai comme… enfin de toutes façons pour moi vous faites partie de la famille du Rock international. » Donc en octobre nous sommes tous allés à Los Angeles entourés de Desmond avec James Michael en tant que coproducteur et quelques uns des meilleurs compositeurs de Rock tels que Erik Bazilian, Marti Frederiksen, en fait des gens avec qui on avait déjà travaillé auparavant. Desmond est arrivé avec le concept d’« Humanity - Hour 1 » et à partir de là nous sommes entrés dans une aventure très excitante, un tourbillon de créativité, des idées venant dans tous les sens de personnes qu’on respecte et avec qui on aime travailler, c’était fantastique. Je sais que beaucoup de gens ont eu peur qu’on sorte un album de Pop à cause de la masse de tubes écrits par Desmond pour des artistes comme Cher, Ricky Martins ou Kelly Clarkson. Mais nous ne voulions pas de ça, nous voulions que cet album soit une affirmation artistique et une pièce maîtresse dans la carrière de Scorpions qui nous projette au niveau supérieur. Quelque chose d’un peu moins « Let’s Rock Baby » mais de plus mature avec des paroles plus profondes. Un message pour nos fans et pour la jeune génération en essayant de rassembler le monde grâce à la musique, pour que nous soyons ensemble et que la musique soit un pont qui nous amène à un monde meilleur.
Est-ce qu’on peut considérer « Humanity - Hour 1 » comme un concept album ?
On peut le considérer comme un concept album dans le sens où il se trouve entre fiction et réalité. Sur la pochette tu peux voir ce cyborg regardant dans la direction d’un cratère qui représente en quelques sorte l’humanité, nous qui fonçons droit dans le mur. « Humanity – Hour 1 », l’heure 1 représente les 10 000 ans de l’humanité. Mais au bout du compte qu’avons nous fait ? Nous sommes en perdition et nous le savons donc ne serait-il pas temps de faire machine arrière et d’agir comme des êtres humains à nouveau, de s’aimer et de se respecter. Ce n’est donc pas un concept album dans le sens où chaque chanson fait partie d’une histoire mais il y a dans cet album douze chansons liées à cette chose que je viens d’expliquer. Certaines décrivent les pire aspects du monde comme « The Cross » où nous avons un invité au chant Billy Corgan des Smashing Pumpkins. Il y a aussi des titres comme « Love Is War » qui parle des champs de batailles qui se trouvent derrière les portes closes. Des appartements où les gens s’aiment, se détestent, se disputent et se détruisent parce que leurs vies changent pour beaucoup de raisons et qu’ils se perdent en chemin. A l’opposé nous avons beaucoup de morceaux parlant de l’espoir comme « Love Will Keep Us Alive » ou « The Future Never Dies ». Mais quoi que l’on fasse à l’échelle du monde ou même à celle de la famille, il suffit d’allumer la télévision et de regarder le journal, ce qui se passe en ce moment est impensable, on ne peut pas baisser les bras et se dire qu’on ne peut rien changer surtout par respect pour la génération à venir car demain, c’est à eux que va revenir la responsabilité de la planète. En tant qu’artiste on ne peut que mettre le doigt là-dessus et dire aux autres « regardez vous n’êtes pas seuls », ensemble nous pouvons faire la différence et changer les choses. Et même si nous sommes conscients qu’une chanson ne peut pas changer le monde, nous avons pu constater en jouant dans des pays comme le Liban ou Israel que la musique a le pouvoir de rassembler les peuples et qu’elle est importante dans le chemin vers la paix.
Pour finir, peux tu nous dire comment tu as vécu le concert spécial de plus de deux heures et demi que vous avez donné au Wacken 2006 avec entres autres Michael Schenker, Uli Jon Roth et Herman Rarebell ?
Jouer à Wacken était une expérience très spéciale. Nous avions déjà joué avec Uli à Colmar il y a trois ans car on nous avait dit que cela serait génial si on jouait des titres de nos débuts et remonter sur scène avec Uli a été fantastique. Avec le Wacken nous avons repris ce concept à une plus grande échelle et nous avons joué avec Uli, Micheal Schenker et Herman Rarebell pendant quasiment trois heures. Au début il y avait quelques sceptiques qui trouvaient qu’on avait pas notre place au Wacken car on est surtout connus pour nos ballades donc nous avons mis cinquante chansons sur internet et nous avons demandé au public de choisir ce qu’ils voulaient qu’on joue. Au final nous avons eu beaucoup de plaisir, presque trois heures de show devant 60 000 personnes, on se sentait à la maison c’était comme crier « On est toujours là et on arrache tout, on a peut être des ballades connues mais nous ne sommes pas un groupe à ballades, nous sommes un groupe de Rock ». C’était le message de cet soirée et c’est également celui de ce nouvel album. Ecoutez cet album, constatez par vous-même puis venez nous voir en live. C’est d’ailleurs suite à cette expérience que nous avons eu l’idée de prendre Uli et Michael avec nous sur certaines dates de la tournée. Aujourd’hui nous commençons à Paris avec Uli Jon Roth et nous allons jouer quelques chansons comme « Fly To The Rainbow » que nous n’avons pas joué depuis qu’il a quitté le groupe. Cela fait si longtemps que je ne saurais dire si nous sommes excités ou effrayés de les jouer à nouveau mais ce soir à Paris et pour les quelques shows à venir nous essayons d’établir une connexion entre le Scorpions d’hier et celui d’aujourd’hui, de « Fly To The Rainbow » à « Humanity – Hour ». Nous sommes heureux d’être ici et de voir au-delà de nos fans restés fidèles, de jeunes gens qui n’étaient même pas nés quand nous avons écrit des chansons comme « Blackout », « The Zoo » ou « Rock You Like A Hurricane » et pourtant ils connaissent les paroles par cœur et chantent avec nous, c’est tout simplement fantastique.







